Au nom du père, du fils et du sein esprit

Avis sur Bad Boy Bubby

Avatar Clode
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Oubliez Saw, The Conjuring, Insidious et autres pseudos films d'horreur à faire glousser une bonne soeur, rien ne sera jamais plus glauque que les premières 20 minutes de Bad Boy Buddy.

Dans une cuisine grisâtre, crade et pouilleuse, un homme se tient debout dans un saut de métal rouillé pendant que sa grosse mère le frotte, le lave. Puis, il la frotte et la lave à son tour. Elle lui sert ensuite du pain couvert de sucre et de lait chaud, lui demande de lui mettre du rouge à lèvre, le rose princesse, et quitte la pièce en enfilant un masque à gaz des années 40 pendant qu'elle interdit à l'homme de bouger. S'il le fait Jésus le saura. S'il sort le poison ambiant qui règne dehors le tuera. Alors il reste là, immobile sur sa chaise dans son T-shirt troué taché de sueur, et finit par se pisser dessus en attendant qu'elle revienne.

Et alors que votre cerveau tente d'assimiler le degrés extrême de bizarrerie malsaine que vous regardez, les choses deviennent encore plus étrangement morbide. Dans un lit tout aussi minable que la cuisine, la volumineuse mère chevauche son fils pendant qu'il lui caresse ses énormes seins, en lui murmurant d'une voie sensuelle, “good boy... good little boy Bubby”.

Bubby Boom

La bouche légèrement entrouverte, les yeux grands ouverts, mystérieusement rivés sur cette immonde cuisine, cuisinés par tant d'immondices, hypnotisé par ce spectacle macabre, émerveillé par tant de monstruosités, des blattes, un chat, des rouleaux de cellophane et le père de Bubby, Pop, qui s'avère être père dans la vie de tout les jours et qui revient après 35 ans d'absence vers les gros seins d'une femme ignoble qu'il trouve toujours aussi belle, entrent en scène. Il découvre qu'il est père, redécouvre les étreintes potelées de sa grosse femme, et Bubby, rongé par la jalousie de ses seins à jamais perdus, entre dans une folie destructrice. Et le tout se termine dans une tempête de cellophane.

Après un huis-clos oppressant génialement dérangeant d'une bonne vingtaine de minutes, Bubby doit sortir vers le monde extérieur. Pour la première fois depuis 35 ans. A travers le regard de cette homme à moitié attardé qui n'a jamais connue la vie en société, qui miaule, qui aboie et ne fait que répéter les quelques phrases qu'il entend, majoritairement composées d'insultes obscènes, c'est notre société qui parait folle. Malade. Il navigue de manière parfois un peu trop décousue de rencontres en rencontres, toujours un peu à la marge, de ruelles sombres à moitié en ruines aux lumières fluos délavées en petit bar sombres un peu miteux aux lumières à moitié éteintes, magnifiquement captés par l'un des 32 directeurs de la photographie mobilisés pour l'occasion par le réalisateur australien.

Bubby ne peut se faire au monde extérieur, s'intégrer à cette société bien trop différente de l'environnement dans lequel il a grandi et vécu toute sa vie, conditionné à vivre éternellement dans cette pièce à moitié en ruine de 10 mètres carrés, où rien ne semble jamais avoir vue la lumière du jour. Et alors que Bubby est sur le point d'abandonner, de laisser tomber l'identité rejetée de Bubby pour revêtir celle de Pop, convaincu que sa mère avait raison et que le monde extérieur n'est pas fait pour Bubby, le malsain extrême des premières minutes, qui avait déjà laissé place à un humour sec et attendrissant, voit germer à travers la découverte de la musique, la rencontre d'un chat abandonné, la capacité de comprendre les handicapés et l'amour d'Angel et de ses seins parfaitement massif, un enthousiasme pour la vie, pour la compassion, pour le développement personnel. L'émouvant surgit du répugnant. La beauté de l'ignoble.

Alors le charme hypnotique de De Heer s'estompe, vous sortez doucement de votre torpeur et revenez vers vos vaines existences dans cette société demeurée, l'image de Bobby et de son incroyable destin, de la prison morbide de la cuisine de sa mère à la parfaite petite vie familiale avec Angel, la maison et le petit jardin, enfouit pour toujours au plus profond de votre mémoire, enroulé dans une fine pellicule de cellophane.

Seincèrement unique.

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