"Je ne veux pas que tu sois drôle !"

Avis sur Balada Triste

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Seconde incursion personnelle dans l'oeuvre du cinéaste espagnol, après le très sympa mais décrié par les fans Crimes à Oxford, Balada Triste de Trompeta est une œuvre dense, complexe et généreuse. On pense à la version sincère d'un Robert Rodriguez qui aurait mis son post-modernisme de côté. De la Iglesia ne cherche en effet jamais à être plus malin que son sujet et livre une bobine qui transpire la générosité.

Le film s'ouvre par les débuts de la guerre civile espagnole pour laquelle un clown est réquisitionné pour se battre aux côtés des Républicains. Dès cette introduction, le style est clairement posé notamment lors de cette scène voyant ce clown encore maquillé égorger du franquiste au ralenti. Ici, l'Histoire sera donc relue par le prisme du genre avec un goût très prononcé pour le déviant. Puis, on s'intéresse au fils de ce clown qui décide de devenir, sur les conseils de son défunt père, un clown triste. Intégré à un cirque, il fait la connaissance de Natalia, la copine de l'Auguste. Son confrère donc, personnage terrifiant que tout le monde semble craindre dans la compagnie et qui tabasse volontiers sa compagne devant les regards gênés de ses camarades. Immédiatement amoureux de Natalia, Javier, notre clown triste, va tenter de ravir la belle à son collègue.

On se retrouve donc avec un schéma classique de l'amour impossible au départ avec un personnage gros, timide et complexé qui tombe amoureux de la fille la plus inaccessible et forcément en couple avec le salaud de l'histoire. Mais c'est sans compter sur de la Iglesia qui dynamite ce schéma classique pour partir dans tous les délires possibles. Le cinéaste veut s'amuser et faire plaisir à son public. Pour cela, il se donne a cœur joie et livre une avalanche d'idée à la minute, toutes plus improbables les unes que les autres. Javier, pris de folie défigure complètement Sergio (l'auguste) alors que celui-ci couchait avec Natalia (le cinéaste s'amuse d'ailleurs à filmer deux scènes de sexes visuellement généreuses) puis s'enfuit dans les bois où il vit comme un animal avant d'être récupéré par un général de Franco qui en fait son esclave (scène surréaliste où il rapporte les faisans abattus avant de mordre la main du Caudillo). Dans un nouvel excès de folie, il se défigure a son tour, se grimant en clown à vie et commence a semer la terreur dans les rues.

A travers ce parcours, il y a bien sûr la volonté de dépeindre une Espagne franquiste complètement déviante et moribonde mais surtout l'envie d'offrir un spectacle déjanté et qui doit avoir quelque chose de très personnelle dans le fond. En effet, difficile de ne pas voir la personnalité du cinéaste transparaître à travers ce personnage mal dans sa peau, qui s'estime pas assez drôle pour séduire la femme qui lui plaît et qui finit par en devenir fou. La fin est d'ailleurs réellement surprenante et démoralisante.

Mais ce côté foutraque rend le film parfois indigeste, faute a un montage parfois trop hystérique. Cela se ressent notamment dans la première partie, où les péripéties s'enchaînent un peu trop vite. Aussi, tout le passage avec le père n'a pas énormément d'intérêt dans l'histoire si ce n'est de permettre de filmer des scènes de batailles jouissives. Aussi, Javier retrouve les membres de son cirque un peu trop rapidement après les avoir quittés plusieurs mois lors de son périple forestier. Mais qu'importe, le spectacle est tellement improbable, honnête, sincère et généreux que l'on ressort du film secoué et plein d'énergie.

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