Derrière un bon rappeur ne se cache pas forcément un bon réalisateur.

Avis sur Banlieusards

Avatar Thomas Bonnet
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Bof, je le savais : telle fût ma réaction face au final qui se veut sublime de Banlieusards, puisque la fin était anticipée dans mon esprit dès les premières secondes du film. Finalement, "bof" est le terme résumant le mieux le film de Kery James.

Si Jammeh Diangana et Bakary Diombera jouent ici à merveille, tirant ce film vers le haut, il est saboté par Chloé Jouannet, dont le jeu ruine totalement l'immersion que le film tente d'amener tout au long du visionnage, nous offrant une interprétation mi-théâtrale, mi-pathétique. Attente de la réplique trahie par le corps, mouvements faciaux surjoués au possible et absence totale de compréhension du rôle, après pas moins de 6 films pourtant : elle est le gros point noir du casting. Bof donc.

Le scénario quant à lui est bâclé, avec de nombreuses facilités scénaristiques, et un plot twist vu des milliers de fois auparavant. Pourtant, il y avait des aspects qui auraient vraiment pu être intéressants, et des portes ouvertes dans lesquelles on aimerait s'engouffrer avec la trame scénaristique. Mais ces portes sont vites refermées par un portier nommé Facilité. Alors que Banlieusards pourrait dessiner un à deux aspects importants, et en faire une belle peinture détaillée et complète, nous nous retrouvons confrontés à un enchaînement de petites anecdotes qui en deviennent clichées. D'excellentes idées sabordées par un rush de mise à l'écran, bof donc.

La musique est absolument banale, du piano quand on doit être triste, j'ai failli lâcher ma larme. Du reste, il n'y a que peu de musique, probablement parce qu'à la réalisation, on a dû se dire "nous ne savons pas quoi mettre ? Ne mettons rien !". Et bordel, que j'aurais préféré voir un film sans musique. Les rares moments musicaux sont gênants, et lorsque le personnage interprète Lettre à la République seul face à son miroir, je me suis mis à trembler de tout mon corps : le malaise était palpable.

Enfin, aspect tout aussi important : Kery James lui-même. Scénario, réalisation, acting... Il est partout ! Sauf qu'à trop vouloir en faire, l'ensemble est bâclé. Plutôt que de se consacrer uniquement à la rédaction d'un bon scénario, ou à la direction d'acteurs à potentiel, ou bien encore simplement dans l'interprétation d'un personnage complexe et structuré, on se retrouve avec un final bâclé, tout autant que l'est le film en général.

Kery James aurait gagné à se concentrer sur une seule problématique, la tourner dans tous les sens possibles, et livrer un film qui aurait été beaucoup plus intéressant et abouti. Ici, trop de pistes sont évoquées, aucune n'est réellement exploitée. Et, loin de trouver ici un grand film, nous ne pouvons qu'assister à un besoin extrême de se mettre en avant de la part de Kery James, dont le nom me suffit à rajouter une étoile à ma note finale, et aura certainement poussé la plupart des spectateurs à visionner son oeuvre.

Poète et artiste engagé, Kery James gagnerait à perfectionner son film comme il le fait habituellement avec ses chansons. Ici, nous n'assistons qu'à une représentation banale de la banlieue imaginée et fantasmée, avec des dialogues assez creux, un jeu d'acteur médiocre dans l'ensemble, mais, malgré tout, quelques qualités qui pointent le bout de leur nez, nous laissant avec un intime espoir que le prochain film n'en sera que meilleur. Tout le monde a le droit à l'erreur, non ?

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