Barberousse ou bisounours ?

Avis sur Barberousse

Avatar guyness
Critique publiée par le

Depuis un moment, chaque fois qu'il vous prend la folie de défendre des thèses ou des principes simples et humanistes, tels que la fraternité possible entre les peuples, les respects des libertés individuelles, le refus de la peine de mort quelle que soient les multiples exceptions auxquelles voudraient la soumettre votre voisin, votre collègue ou votre boulangère, au grè des craintes collectives du moment (viols, meurtres d'enfants, terroristes...) il est devenu systématique de se voir rétorquer que vous vivez dans un monde imaginaire, que vous êtes un inconséquent "droit-de-l'hommiste", que votre côté bien-pensant et politiquement correct vous rend sympathique mais un peu simplet, et/ou que vous vivez au pays des bisounours.

Ainsi donc, et pour revenir à un de ces thèmes, pourrai-je me sentir le semblable, le frère fantasmé, l'alter-égo d'un docteur de l'autre bout du monde (et en une époque reculée pour rendre l'exercice encore plus improbable) ?
Sa vision du monde pourrait être la mienne ?
Pourrai-je m'écrier "Akira, c'est moi !" ?

Barberousse, grâce au génie de Kurosawa, permet de rendre vains de nombreux débats devenus immédiatement stériles après sa vision, par sa beauté et sa puissance.

En montrant les affres d'un responsable de dispensaire (Mifune, prodigieux) perdu dans une bourgade de province japonaise au 19eme siècle dans un film tourné en 1965, il nous prouve de manière irréfutable et absolue que les différences de cultures ou de mœurs ne sont que des leurres.
Que lutter contre une administration qui tente de réduire les dépenses d'un lieu de soin n'a rien d'exceptionnel ou de contemporain, que d'écouter et comprendre quelqu'un que tout accuse n'est pas une hérésie, ou que détourner des règles et principes parce que la situation est exceptionnelle et que votre conscience vous le demande est une marque intemporelle de qualité et de courage.

Bien-pensant peut-être, mais lumineux, et chauffé par la force absolue de l'évidence.

Grâce à Kurosawa, nous avons une preuve que la grandeur d'âme n'a pas de frontière, et l'humanité (une de ses facettes les plus nobles, en tout cas) pas d'époque.
Un manifeste brûlant en faveur de l'universalisme.
Peace, bro. Don't bogart....

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2427 fois
58 apprécient · 2 n'apprécient pas

guyness a ajouté ce film à 14 listes Barberousse

Autres actions de guyness Barberousse