Le serpent qui se mord la queue

Avis sur Barton Fink

Avatar sebero
Critique publiée par le

Commençons par le positif, premièrement l’interprétation Goodman/Turturo c’est du solide. Belle performance de Goodman aussi bien crédible en gros benêt simple d’esprit qu’en tueur sans pitié tout droit sorti des flammes.
Deuxièmement, la réalisation et plus précisément la photographie certains plans sont réellement magnifiques, IL arrive (bah oui Joël sans Ethan) à rendre beau une tapisserie un couloir d’une laideur sans nom.
Mise à part ça sous couvert d’une grande maitrise ce film est l’exemple type du serpent qui se mord la queue.

On est ici dans le film métaphorique, genre au combien sujet à la branlette mais ici qu’est-ce qu’on métaphorise ?
Barton Fink c’est une métaphore sur le dualisme entre l’élite intellectuelle et « les hommes du peuple »comme le dit Barton, sur l’incompréhension, le détachement qui existe entre ces deux mondes.
Joel Cohen veut ici fustiger la ségrégation entre ces deux castes intellectuelles (et non sociale les deux avatars vivent dans le même hôtel miteux).

Comment cette dualité est-elle ici mise en scène ?
L’élitisme intellectuel est incarné dans le film par Barton. « L’homme du peuple » est incarné plus particulièrement par Charlie. La situation et surtout l’opposition entre les personnages dans ce film est un subtile parallèle avec la situation du peuple allemand durant la montée du Nazisme des années 30.
En effet, lors du meurtre des deux policiers Charlie lâche un « heil hitler » il est l’incarnation de cet « homme du peuple » dont le sentiment d’être incompris par les élites a poussé vers les extrêmes. Charlie est incompris il l’avoue à Barton « tu parles et tu n’écoutes jamais rien ».

Le personnage de Barton est également incompris. Il est incompris des producteurs (pour le coup ces derniers représentant une caste aussi bien différente socialement qu’intellectuellement de celle de Barton) qui vulgarisent et méprisent son travail.
Il est également incompris par « les hommes du peuple » représentés cette fois par des militaires. Lors d’un bal, Barton est pris à partie par une foule vindicative après les avoirs pris de haut. Scène iconique que cet affrontement.
Le judaïsme du personnage principal est également mis en avant, il est clairement méprisé pour cela par les deux inspecteurs en plus de sa position intellectuelle. (rappelons qu’il était reproché au peuple juif d’être une oligarchie culturelle).
D’ailleurs Barton ne serait-il pas ici une représentation d’Hitler ? Au final le scénario de Barton est rejeté, il devient un artiste raté au même titre qu’Hitler fut un peintre raté. Je ne pousserai pas plus loin les spéculations, film métaphorique= appel à toute sorte de spéculations/branlettes intellectuelles.

Au final ce que je reproche à ce film est qu’il constitue un véritable paradoxe, il incarne en partie ce qu’il dénonce.
Ce film n’est-il pas au final l’incarnation de tout ce que l’on vient de voir, d’un côté pour «l’ homme du peuple » lambda Barton Fink n'est en définitive qu'un film en grande partie incompréhensible, pire il éprouve au final uniquement la frustration d’avoir perdu 2h de sa vie, ce film fut d’ailleurs un échec total en salle lors de sa sortie.
De l’autre côté le film fut un réel succès critique, apothéose il reçu 3 prix au festival de Cannes incarnation annuelle d’un certain élitisme culturel.
Le Serpent s’est-il mordu la queue ? Certainement.
Je n’ai vu le film qu’une fois, certains éléments m’ont certainement échappés, je n’ai pas l’intention de le revoir il paraît que ça rend sourd.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2302 fois
39 apprécient · 4 n'apprécient pas

Autres actions de sebero Barton Fink