Cacophonie scénaristique

Avis sur Batman v Superman : L'Aube de la Justice

Avatar BlindMown
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Commençons cette critique en jetant un pavé de franchise décomplexée dans la mare des opinions majoritaires : j'aime bien Snyder.

On peut reprocher ce qu'on veut à ce réalisateur, l'esthétique qu'il déploie dans ses films me parle, avec ses scènes sombres, presque ternes, comme pour laisser plus de place à une action surréaliste. 300 et Man of Steel notamment, s'ils n'ont pas brillé par la complexité de leur intrigue, m'ont ravi par l'espèce de débauche visuelle et sonore qu'ils proposaient. En un sens, on pourrait les comparer à la saga Transformers, qui joue elle aussi de sa forme plus que de son fond. Pour autant, Man of Steel parvenait à présenter de manière relativement crédible le dilemme d'un héros rejeté pour sa différence, différence qui pourtant fait sa force et le pousse à protéger ceux qui l'ostracisent.

Autant dire que Batman v Superman, le film relatant l'affrontement entre le chevalier noir et le demi-dieu extraterrestre, le conflit entre deux êtres défendant les valeurs positives d'une société qui les refuse, le choc de la justice implacable contre la justice utopique, le duel entre la rationalité froide d'un justicier cynique et l'idéalisme d'un jeune super-héros, je l'attendais VRAIMENT. Aucune pression.

Et le résultat a été... au mieux mitigé.

On a d'un côté une réflexion intéressante sur la manière de rendre justice, sur l'importance d'un sens moral chez ceux qui détiennent le pouvoir, et sur ces fameuses "grandes responsabilités" qu'impliquent les grands pouvoirs, quitte à devoir se sacrifier. De ce même côté, on a des combats dantesques,

(avis à qui a trouvé le finale de Zod trop extrême : vous n'avez encore rien vu)

une bande originale et une direction artistique encore au rendez-vous, et quelques personnages bien campés.

De l'autre côté, on a un bouillon d'incohérences monstres et un certain nombre de choix très discutables quant à certains autres personnages. Pour résumer sans le fameux "divulgâchage" chers à nos amis québécois, je vais devoir invoquer le sacro-saint "comics de référence", l'argument facile qui permet de taper allègrement sur n'importe quelle oeuvre dont on juge que son infidélité confine à l'adultère. Facile certes, mais mérité, je peux vous le garantir (voir plus bas pour les spoils).

Mais surtout, les trois grands rebondissements du scénario sont plus artificiels qu'un chewing-gum tomate-mozza, et rendent l'intrigue si bancale que mon siège en tangue rien que de l'évoquer.
Quand on passe une moitié de film à construire un scénario psychologique, qu'on expédie ensuite en deux coups de cuiller à pot pour dévoiler une trame simpliste qui justifie à elle seule les trois quarts du budget d'effets spéciaux, c'est un peu...décevant.

L'affrontement entre Batman et Superman notamment, est un événement que le film construit de manière à nous faire comprendre qu'il est incertain, voire improbable. Chaque personnage enquête à sa façon sur l'autre, la tension monte, Batman présente son argument du "1% de risque pour l'humanité" et... et puis une poussette façon petite frappe dans une provoc' de rue, et tout l'argumentaire vole en éclats. C'était bien la peine de s'enquiquiner à faire monter le suspense.

Mais rassurez-vous, le combat est vite écourté car notre cher Lex Luthor, passé d'homme d'affaires machiavélique au sang-froid reptilien dans le comics, à adulescent toqué de génétique douteuse sur le grand écran, créée rien de moins que Doomsday, oui oui, le fameux archnémésis de Superman censé être né des mains d'un ennemi qui ne sera teasé que deux films plus tard. Comment ? Par une recette digne du pudding à l'arsenic, revisité façon Frankenstein. Deux gouttes de sang humain dans une piscine kryptonienne, ajoutez un cadavre de général Zod, et vous obtenez une aberration grise et glabre de quatre mètres de haut, portée sur la bibine nucléaire et au tempérament pour le moins... explosif.

Heureusement quand même que Batman avait prévu de se fritter avec Superman dans ce même film ! Entre donc en scène, vous l'avez deviné, la célébrissime kryptonite verte, initialement joker (sans mauvais jeu de mots) de Batman pour égaliser le terrain entre lui et Superman. Et qui c'est qui va se charger de suriner le gros pas beau avec une arme qui l'affaiblit rien qu'à la tenir dans ses petites mimines ? Bingo ! Superman lui-même ! Heureusement que Wonder Woman, avec sa super-force et sa super-vitesse et surtout insensible à la kryptonite, ait été à au moins dix mètres de là, sinon elle aurait encore volé la vedette et sauvé tout le monde.

En conclusion, Batman v Superman est un film qui m'a laissé dubitatif, tant en tant que cinéphile qu'en tant que fan modéré du comics. Il est loin du niveau abyssal d'un Suicide Squad sur le plan des défauts, et on retrouve la patte de Snyder qui fait le charme (bourrin et sombre, certes) de ses oeuvres. Malgré tout, il reste décevant sur de nombreux points, qu'il s'agisse du traitement des personnages ou de "rebondissements" qui sonnent faux.

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