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Battleship: un film d'action de société

Avis sur Battleship

Avatar VernonMxCrew
Critique publiée par le

Tout commence à l'entrée du cinéma. Le film est déjà commencé, mais toi t'as pas fini ton kebab et tu sens au fond de toi même qu'il n'y a pas le feu au lac (faut attendre la dernière demi-heure du film pour ça).

T'entend des dialogues à demi-étouffé par les portes à double battants. Par l'alternance des cuivres et des cordes, tu schématises dans ta tête l'ouverture du film, principalement axée sur la présentation rapide des personnages, ceux qui vivrons jusqu'au bout, ceux qui mourront tôt, ceux qui mourront moins tôt, ceux qu'on sait pas trop et puis ceux qu'on s'en fout.

Tu regrettes juste d'avoir raté l'entrée de Rihanna mais, bordel, tu ne vas quand même pas jeter tes frites.

Le ventre finalement plein, tu t'assoies en échangeant un sourire d'impatience avec ton voisin. Trois minutes plus tard, un immeuble gigantesque s'écrase sur une rue bondée. Tu te félicite de ton timing et tu sens que ce film va être un pur bohneur.

C'est le genre de film qui te laisse totalement libre. D'habitude tu te sens comme ligoté à l'histoire, te lever serait risquer d'en perdre un bout. Avec Battleship, tu n'as pas ce problème. Tu peux aller pisser ou sortir pour téléphoner sans culpabiliser. Battleship, c'est comme un manège dont les tours dureraient 3 minutes et dont le principe changerait à chaque fois:

Parfois c'est du looping, c'est de la pyrotechnie, c'est de la magie. C'est de la bravoure et de l'alien invincible (jusqu'à ce que la bravoure se rende compte qu'en tirant dans le ventre, ça bute l'alien).

Parfois c'est de la sociologie. C'est la caricature franche d'une nation qui croit depuis trop longtemps posséder le monopole de la classe. C'est un jeune rebelle qui sauve son pays par son esprit d'initiative, son leadership et son cultissime "On moura tous, mais pas aujourd'hui". C'est du vétéran de 70 ans qui lache les béquilles et reprend les armes, car on n'est jamais trop vieux pour sauver une nation bénie des Dieux.

Parfois, c'est de la philosophie. C'est notre dénie de la fatalité. C'est notre représentation tronquée mais rassurante de la réalité, représentation dans laquelle les aliens, dotés d'une technologie de pointe, oublient d'apporter une antenne et ne parviennent donc pas à mener leur plan à termes.

Parfois, c'est de l'humour, par l'absurde. C'est l'absence de raisonnement, et donc de but. C'est des histoires qui commencent, des éléments de résolution qui s'établissent, des réflexions qui se mettent en place... pour être très vite oubliées. On se joue du spectateur, et le spectateur s'en amuse. Ce dernier est désabusé gratuitement, et de plus en plus grossièrement. De nombreuses fois, le spectateur rigolera comme s'il avait été la vicitme d'une caméra caché, en se disant "C'était bien joué, j'y ai vraiment cru. On ne m'y prendra plus"

Battleship c'est ça, c'est un monument à l'effigie de l'absurde. Ce film, par charité éducative, anéantit le peu de sens que notre vie était parvenue à conserver. En mettant en scène des personnages déterminés dans un univers sans logique, il nous ramène à notre propre image, nous, caricature à l'agonie, sautillant de certitude en certitude et voguant inlassablement au sein d'un brouillard sans fin.

Battleship est bien un voyage au sein d'un brouillard épais. Mais Battleship nous dit aussi ceci: peu importe si tu ne vois pas la terre, pour peu que la navigation soit plaisante.

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