Le temps de l'amour, le temps des regrets et de l'amertume...

Avis sur Before Midnight

Avatar Ƭhomas Ƥérillon (LBDM)
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Tous ceux qui ont vu Before Sunrise et Before Sunset savent combien ces deux films sont deux petites pépites underground, deux longs-métrages minimalistes et intimistes précieux car touchés par cette grâce cinématographique qui nous embarque pour 90 minutes de bonheur cinéphile et spirituel aux côtés de ce tandem merveilleux composé de Jesse et Celine. A l’issue de leurs retrouvailles parisiennes, neuf ans après leur inoubliable nuit viennoise, nous avions laissé Jesse chez Céline, à deux doigts de rater son avion. Nous les retrouvons en Grèce, après un nouveau bond dans le temps de neuf ans. Cette fois-ci, la question du « SI » n’est plus hypothétique. Pendant tant d’années, ils s’étaient demandé quelle aurait été leur vie s’ils avaient pu se retrouver plus tôt, après leur rencontre. Before Midnight nous offre la réponse.

La magie est rompue...

Celle que nous proposent Julie Delpy, Ethan Hawke et Richard Linklater (qui ont de nouveau écrit le scénario à trois) est désenchanteresse. En effet, la magie est rompue, tant pour le couple Jesse/Celine que pour la flamme de leur histoire. Nous retrouvons un homme et une femme qui ont visiblement été dépassés par la vie, la passion ayant laissé place progressivement à l’amertume, la frustration et la banalité d’un quotidien où l’éducation de leurs filles jumelles prend beaucoup de place. La crise de la quarantaine n’est plus une menace, elle est là. Céline se sent enfermée dans son rôle réducteur de mère et d’épouse. Jesse regrette de ne pouvoir voir son fils grandir. La rancoeur se nourrit des non-dits et de la frustration. Before Midnight n’est pas un film facile, quelle que soit l’affection que l’on prête aux personnages. Il évoquera forcément à des couples de longue durée quelques sentiments reconnaissables, tels que l’érosion de la passion ou la relative banalité des conversations. Bien sûr, on retrouve la saveur de leurs savoureuses joutes verbales, tout en ressentant qu’il y a quelque chose de cassé, tant dans leur histoire que dans l’aura de Jesse et Céline – pour ceux qui chérissent les deux premiers volets.

Ce troisième volet était-il nécessaire ?

Before Sunset était exemplaire de subtilité, de finesse d’écriture et de poésie. Before Midnight rompt le charme et nous met la réalité en face. Nous ne sommes plus dans l’illusoire hypothétique mais dans le concret : ils ont vécu leur conte de fées. Ce qui est regrettable dans ce volet est que l’on sent beaucoup trop la présence (et la personnalité) de Julie Delpy qui vampirise le trio. C’est son identité qui ressort davantage du film plutôt que cet équilibre miraculeux qui se dégageait des deux premiers films. Ses défauts (l’humour gras et décomplexé abondant, le féminisme exacerbé…) sont beaucoup trop mis en avant, comme ce fut malheureusement le cas dans son décevant 2 days in New-York. La sensibilité de Hawke et la fluidité habile de Linklater se font beaucoup moins ressentir malgré quelques très beaux passages et plusieurs échanges riches. Les dialogues restent toutefois très naturels, le jeu des acteurs également. Hawke, Delpy et Linklater se connaissent parfaitement et cela se ressent dans leur jeu. La mise en scène est toujours aussi bonne, avec cette caméra discrète, accompagnant les deux personnages au gré de leur promenade. Si l’on considère Before Midnight comme le troisième volet du triptyque Before, alors celui-ci est manifestement celui qui excelle le moins. Il n’en demeure pas moins une réussite.

Une rom-com verbeuse, drôle et attachante

Ainsi, détachée de toute considération sentimentale – nourrie de l’attachement et de l’envoûtement suscité par les deux premiers chapitres – on peut facilement considérer Before Midnight comme une comédie romantique réussie, drôle et attachante, avec ses moments woodyallenesques, ses reproches remplis d’amertume et ses réconciliations faites d’humour improbable, qui fait parfois aussi le charme d’un couple qui se connaît si bien mais parvient toujours à se surprendre et à s’attendrir. Une romcom caractérielle et douce-amère qui nous évoque la déliquescence passionnelle, le temps et la vie qui passent entre deux êtres et quelques fondamentaux essentiels qui subsistent, malgré tout. La vie ne peut être contrôlée et la satisfaction est rarement garantie. Faut-il pour autant se résigner ?

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