Fantasmes, inconscient et désirs refoulés : Freud selon Buñuel

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Buñuel est sûrement le cinéaste freudien par excellence quand on voit comment il traite dans ce film inconscient et désirs refoulés. Ce qui est tout d'abord intéressant à relever est la multitude de détails qui, en n'ayant l'air de rien et relevant parfois d'une banalité confondante, donnent toute sa profondeur à l’œuvre : que ça soit un vase cassé, un flacon renversé, deux lits pour un même couple, des yeux perdus dans le vide, des dialogues riches en sous-entendus ou des lunettes de Soleil en plein hiver, chaque détail dans la mise en scène et dans le jeu des acteurs (et surtout de l'actrice principale, magnifique Deneuve) a son importance car chaque détail raconte quelque chose : un couple qui ne consomme pas son mariage, l'inconscient qui se répercute de manière de plus en plus manifeste et envahissante dans la vie d'une jeune femme ou encore un trouble flagrant d'identité. L'ingéniosité avec laquelle Buñuel déroule l'intrigue de son film relève de la psychanalyse pure et simple avec une linéarité qui ne cesse d'être suspendue par les rêves et les fantasmes de la protagoniste, tourmentée par ses pulsions et ses désirs refoulés. J'ai trouvé très déroutant cette manière de raconter des histoires (souvent fantasmées) à l'intérieur de l'histoire, jusqu'au point de faire perdre pied au spectateur vis-à-vis du fil des événements, le point d'orgue étant cette formidable scène de la cérémonie religieuse (quelque peu blasphématoire/iconoclaste, Buñuel semblant fidèle à lui-même), baignant dans un irréalisme affirmé mais dans laquelle il est absolument impossible de distinguer avec certitude s'il s'agit d'un fantasme ou d'une réalité concrètement vécue par le personnage de Deneuve (au contraire du reste du film où il est toujours plus ou moins aisé de faire la distinction grâce aux envolées surréalistes parfois très comiques qui caractérisent très généralement les scènes de fantasme (la scène de la lettre entre Piccoli et Deneuve est d'ailleurs très amusante)). Ce qui semble intéresser ici le cinéaste, c'est notamment de montrer par ces procédés, tant scénaristiques qu'au niveau de la mise en scène, les différentes facettes que peuvent prendre les désirs humains, les facettes condamnées de manière hypocrite par la société mais qui demeurent profondément ancrées en elle : les maisons de passe interdites mais qui continuent néanmoins à survivre clandestinement grâce à la fidélité de nombreux clients, ou même Deneuve qui condamne avec suffisance le comportement sado-masochiste d'un de ses clients quand elle-même en fantasme et vient se prostituer pour apaiser ses propres tourments. Freud parlait de censure séparant le conscient et l'inconscient dans lequel se trouve, selon sa théorie, tous ce que la société rejette car ne se conformant pas aux normes qu'elle impose. Et c'est bien de ça dont il est question dans Belle de jour, qui se révèle ainsi comme une formidable analyse des mœurs humaines par le subtil portrait de femme et de couple intimiste qu'il dresse.

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