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Avis sur Below Sea Level

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Le cinéma vérité, c'est l'épreuve ultime pour tester l'intelligence d'un homme. Les cinéastes les plus médiocres sombrent d'emblée dans l'un des multiples écueils du genre : le misérabilisme, le compassionnel, la naïveté, le voyeurisme, l'émerveillement, le nombrilisme... Tout transparait dans la façon de poser la caméra, de cadrer, de se placer en proximité ou à distance de son sujet et de monter. Gianfranco Rosi, indéniablement, est un cinéaste intelligent. Avec Below Sea Level, il atteint une justesse totale sur un sujet des plus casse-gueule, où chacun des écueils listés ci-dessus risquait à tout moment de venir gangréner et pourrir notre expérience de spectateur.

Le film nous immerge dans le quotidien de marginaux, habitant en plein désert sous leurs tentes, mobil homes et autres caravanes de fortune. Ces quasi clochards ont été repoussés loin de Los Angeles, comme l'explique l'un des premiers intervenants, par rejet successif des urbains, dont les lois interdisent la pauvreté sous couvert de rejet du vagabondage (l'occupation illicite de l'espace public). Gianfranco Rosi nous montre une poignée d'individu dans leur quotidien de débrouille et de bricole pour se créer un chez-soi. Ces individus ont tous connu la vie de l'américain moyen, du fameux citoyen-consommateur, ce maitre-étalon de la vie états-unienne depuis le milieu du 20e, avant de connaitre la clochardisation après un drame personnel sur lequel ils ne s'appesantissent pas d'emblée.

Dans ce gigantesque champ de ruines, ces marginaux s'entourent de vieux objets au bord de la panne, d'une multitude de petites bricoles obsolescentes que la société a rejeté à sa périphérie. Dans cette région « hollywoodienne », Below sea level nous donne à voir une galerie de personnages pittoresques, qu'on croirait tout droit sortie du cinéma américain des seventies et de sa « contre-culture » underdog. Mike, le vieux barbu, passe ses soirées à penser et à écrire, notamment des poèmes. Ses pensées sont spirituelles et pleines d'humour, comme souvent celles de ses camarades d'infortune, comme « Insane Wayne », cette vieille caricature du sud qui hurle vouloir « tuer dieu ».

Below sea level était jusqu'à présent un film rare. Il avait remporté le Grand Prix Cinéma du Réel en 2009, mais n'avait pas pour autant été distribué dans les salles de cinéma françaises. Il n'était disponible depuis que par la collection DVD publique du centre Pompidou. Cette année, les éditions Montparnasse proposent ce film dans un coffret avec deux autres œuvres de Rosi, El Sicario, chambre 164 et Le passeur, qui ont l'air tout aussi intéressantes et justes.

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