Misha, le grand frère

Avis sur Benni

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Après une poignée de courts-métrages et un documentaire sur une communauté Mennonite, Nora Fingscheidt passe au long-métrage fictionnel avec Benni.
Adoptant le point de vue de l’enfant, le récit ouvre sur une séance d'auscultation. Nous prenons ainsi directement conscience des conséquences tragiques liées à son comportement.
En commençant ainsi, l’autrice capte instantanément notre attention. Elle montre la fragilité de l’être et fait donc appel à notre empathie.

Le scénario est construit afin que l’information soit transmise via l’action et non dans l'explicitation. Les diverses confrontations servent à obtenir une vue d’ensemble sur le passé de la jeune fille ainsi que sa situation présente. Dans son entourage, trois personnes se démarquent : l’éducateur Micha, l'assistante sociale Madame Bafané et la mère Bianca.

Ces trois protagonistes ont des rôles essentiels tant dans la dynamique du récit que dans la description d’un système peinant à gérer ces enfants en difficultés.
Les deux premiers personnages sont les archétypes des individus expérimentés dans leur domaine et dont la rencontre avec cette jeune fille va les ébranler.

La figure maternelle, quant à elle, brille principalement par son absence. Ses rares interventions mettent en exergue son incapacité à gérer la situation. Loin de créer un être méprisable, l’autrice prend le temps d’expliquer les raisons d’un tel comportement. On ne cautionne aucunement ses actes, mais on est amené à comprendre son raisonnement.

Évidemment, le cœur du récit, et surtout sa trajectoire émotionnelle, réside dans la relation liant Benni à Micha. L’évolution est loin d’être surprenante, mais de par la caractérisation de ces personnes, l'alchimie fonctionne. On est émue par leurs interactions et les épreuves auxquelles ils doivent faire face.

Outre la création d’une galerie d’individus crédibles et profondément humain, la réalisatrice à la brillante idée d'opter pour un traitement sensoriel pertinent afin de retranscrire, aux mieux, les crises vécues par l'enfant.

En résulte des instants inconfortables où Nora Fingscheidt sature notre ouïe et notre vue. Le choix est payant. On comprend parfaitement tout le processus autour de cette pathologie, autant sur les raisons qui la déclenchent, que la manière dont elle se manifeste.

De même, le découpage s’adapte intelligemment aux situations. Ainsi, les moments d’accalmie passent par des plans lents, posés. Les instants plus énergiques, eux, se ressentiront aussi dans la réalisation.

En somme, l’œuvre est une belle réussite. Elle est émouvante sans appuyer sur l’aspect larmoyant du sujet. Elle nous éclaire sur cette situation sociale sans oublier de créer une intrigue autour de sa thématique. Elle élève une trajectoire scénaristique classique par une réalisation ingénieuse.
Pour son premier long fictif, Nora Fingscheidt passe le cap d’une main de maître !

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