Les enculés d'en face, y' font moins les malins !

Avis sur Bernie

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Bernie peut être interprété de deux façons. La première, la plus plaisante pour le spectateur lambda mais non moins averti qui cherche seulement à se marrer un bon coup devant sa télé, est celle d'un délire total, où l'on suit avec rigolade et attendrissement le parcours hors du commun et complètement fou de cet attardé répondant au doux nom de Bernie, avec le lots de répliques cultes, de scènes trash , de grands moments d'hystérie et de séquences émotions que cela implique.

La seconde, beaucoup moins drôle, mais sans conteste la plus intéressante, dépeindrait Bernie comme un film noir, troublant, perturbant, voire même malsain. Eh oui, sous un autre angle, le massacre à coups de pelles, suivi de la sodomie nécrophile, ça ne fait plus rire. Ici, Bernie c'est un fou, un vrai, qui ne dispose d'aucun élément pour déterminer ce qui est bien ou mal, catapulté dans le monde réel, mais pourtant toujours renfermé dans son monde à lui, celui d'un enfant qui n'aurait jamais grandi et qui ne se base que sur du ressenti. Et puis alors, entre un croc de canari et un tuyau de gouttière dans la face, il s'achète un appart' avec les thunes qu'il a hérité, s'invente un complot justifiant le pourquoi du comment il s'est retrouvé dans un orphelinat, les responsables étant les fameux "enculés d'en face". Il part rencontrer son père, qui lui est plus conscient, mais pas vraiment plus sain d'esprit. Ils vont à la recherche de la mère de Bernie, une bourgeoise de derrière les fagots, brusquement ramenée à la réalité lorsque les deux hurluberlus débarquent chez elle en perpétrant un massacre.

Et alors, Bernie, qui raconte face caméra sa propre interprétation de tous ces événements, comme un enfant tiendrait un journal intime, rencontre l'amour avec une toxico, la présente à ses parents, organise un dîner. C'est une vie de famille normale, tout le monde est content. Dans la tête de Bernie. Et tout s'accélère. Les parents se bataillent dans une scène de ménage puissance mille à coups de têtes dans le micro-ondes, de main tranchée au hachoir mais que le père s'en fout "parce qu'il est gaucher", et puis ils meurent ensemble, dans un dernier élan amoureux. Bernie est bien triste. C'est la faute des enculés d'en face, tout ça. Il en a marre. Alors, il part avec sa copine la toxico (après que son gros porc de père qui lui pourrit la vie se soit fait démonté).

Ils cavalent, tous les deux en voitures, les corps des parents de Bernie dans le coffre de la voiture. Et puis Bernie il met les corps sur un petit radeau, il le laisse flotter. Il regarde ses parents partir à tout jamais. Il comprend, mais il ne comprend pas. Ils continuent leur route, lui et sa copine. Ensuite ils s'arrêtent. Ils s'amusent à cracher sur des fusibles pour faire sauter les plombs, c'est joli et rigolo. Il initie sa copine la toxico aux plaisirs simples du monde à lui. Après c'est à son tour de l'initier au sien, le monde réel, le monde des adultes. Ils font l'amour. Bernie ne comprend pas, mais ça fait du bien. Alors il se laisse faire. C'est bien beau tout ça, mais ensuite, les flics rappliquent ! Et oui. Les enculés d'en face arrivent. Ils tirent sur Bernie, la balle le touche, mortellement. Mais Bernie s'en fiche. Il dit qu'ils l'ont raté. Ils leurs rigolent à la figure, d'abord. Ils s'enfuient un peu plus loin. Sa copine la toxico lui donne des drogues en lui disant que c'est bon, alors il prend les drogues, Bernie. Et puis, enfin, les drogues font leurs effets, il est transporté dans un doux rêve. On voit son père le visage ravi. Sa mère sur un cheval. Sa copine qui n'est plus toxico. Tout le monde est heureux. Les enculés d'en face ne sont plus là. C'est bien. Bernie est mort. Mais il s'en fout.
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Un film à ne pas mettre entre toutes les mains, d'un côté ou de l'autre, mais chacun y trouvera son compte. Pour ma part, j'ai visionné le film des deux façons énoncées dans ma critique, et les deux réservent leur moments comiques, voire hilares en ce qui concerne la première, mais la deuxième est plus profonde, avec ce décalage face à la réalité qui subsiste et met mal à l'aise, mais qui continue d'émouvoir. Bernie, t'étais marrant, t'étais un chic type quelque part, mais ce monde c'était pas pour toi, va falloir que t'y aille.

Et pourquoi est-ce que je pleure, moi ?

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