Les pathétiques, ou la médiocrité d'une génération.

Avis sur Bigflo & Oli : presque trop

Avatar Sar_Altaira
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Vous croyez que j'exagère ? J'aurais bien aimé.
Gênant. C'est le mot qui qualifie en premier lieu un documentaire dont tout le monde se serait bien passé. Je l'ai regardé en désespoir de cause, le genre de truc qu'on mate avant de partir au taff, tout en faisant la cuisine : le style qui ne nécessite pas d'avoir les yeux collés à l'écran. Le souci majeur ? Vous m'voyez venir : ce sont les deux "protagonistes" d'un métrage ni fait ni à faire, inutile au possible. N'est pas Avicii qui veut, et le documentaire alors consacré à l'artiste décédé était, lui, autrement plus enrichissant, pertinent et digne de se voir visionné, commenté, débattu.
Bref, voici mes arguments :

• Pathétique. C'est bien le seul mot digne de qualifier de manière concise ce film d'une fausseté frisant le chef d'oeuvre absolu. Pathétiques d'abord Big Flo & Oli, pour lesquels mon niveau d'empathie est proche de zéro. Rien ne m'émeut chez ces deux garçons toulousains (comme moi) : ni leur parcours inexistant (à aucun moment le film ne pose le doigt sur un élément biographique, même mineur, un tant soit peu remarquable ou remarqué et capable de les rendre un minimum touchants), ni leur personnalité (qui se résume à aimer ce que tout le monde aime en matière de Pop culture, ainsi qu'à employer le vocabulaire de la fausse street en permanence : "frère" ; "la famille" ; "faut kiffer" ; "j'ai trop kiffé") et encore moins leur musique (hormis un morceau ou deux m'ayant parlé sur quelques rimes, je trouve leur production musicale d'un basique affligeant, tant symphoniquement qu'en termes de paroles).

• Le problème lorsque des artistes se savent filmés en permanence, c'est toujours le risque de souffler sur les braises d'un égo déjà bien boursouflé. Quand on pense à notre génération déjà bouffie d'orgueil, les artistes de cette même génération n'ont donc plus rien à nous apprendre en matière de suffisance ni de prétention. Il n'y a qu'à voir leur enfance scrutée par les caméras familiales jamais très loin et le cabotinage à la limite du supportable des gosses ; c'est aussi comme ça qu'on forge le narcissisme dès l'âge du biberon. Dès les premières minutes, le résultat s'avère puant : c'est un enchaînement de punchlines vides voire claquées au sol, vagues, détestables ou ridicules, une mise en scène permanente d'eux-mêmes dénuée de la plus infime part d'authentique. Bref : un show minable qui se résume à rire comme des attardés ou sauter partout pour montrer qu'on est contents, à se rouler par terre en pleurant pour montrer qu'on est émus, à froncer les sourcils parce que "gngn ça m'énerve les gens qui veulent prendre des photos avec moi", etc. Tout est comme ça : au ras du sol. Très vite, les deux frères déjà fortement antipathiques à mon goût se parent d'une armure de puanteur plus compacte encore, et c'est à en saigner des yeux et des oreilles. Comme s'ils avaient passé cinq ans à mater tous les biopics possibles et imaginables réalisés sur des artistes musicaux, et qu'ils s'étaient revêtus de toutes les mimiques, de toutes les attitudes, du vocabulaire et des postures qu'ils savaient bonnes pour "émouvoir" un public abruti car nourri à l'émotion la plus grasse possible. Vous persistez à penser que j'exagère ? Si seulement.

• Une publicité géante, c'est toujours bien, en 2020. Alors on dit merci Oasis, Apple, Coca, Redbull et j'en passe. Des marques bien sûr très friendly, auxquelles le public peut s'identifier sans mal, et qui viennent souligner au passage un autre point bien plus problématique : le conformisme atterrant qui émane de cette bulle commerciale. Il n'y a rien de particulier, chez Big Flo & Oli. Rien pour faire polémique, pas de trajectoire artistique dont les messages pourraient avoir une portée véritablement universelle ou humaine, rien sur quoi s'interroger, ni même réfléchir. Il n'y a rien. S'habiller comme tout le monde, être pote avec tout le monde, faire des checks avec tout le monde, faire des câlins à tout le monde, parler comme le peuple des cités, ce parler populaire qui ne veut plus rien dire aujourd'hui, jouer les gentils, les généreux, avec toute l'absence de pudeur que cette époque s'ingénie à porter (vous souhaitez donner 500 000 euros au Secours Populaire les gars ? Parfait, mais cessez de le porter comme un étendard perpétuel ; vous souhaitez inviter des gens qui n'ont pas pu s'offrir vos billets à temps ? Pourquoi le faire devant un objectif, putain ?). Big Flo & Oli, c'est le vide de deux individus sans passé notable, et probablement sans avenir notable non plus. Sans culture (à quoi bon se revendiquer du formidable lycée Saint-Sernin, si c'est pour incarner une telle vacuité ?), sans vocabulaire, sans thème puissant autre qu'une mélancolie adolescente vague et superficielle. Evidemment que la masse silencieuse peut se reconnaître dans ces deux pantins lambdas. Tout s'explique. Ce docu m'aura au moins permis de mettre le doigt là-dessus.

Big Flo & Oli, c'est une incarnation rare de la médiocrité du XXIe siècle et plus particulièrement des dix dernières années à travers la génération des gamins nés à partir de 1998 ou 2000. Un niveau tiré tragiquement vers le bas, à tout point de vue (scolairement, culturellement, spirituellement). Une heure vingt-quatre minutes de mélodrame qui n'a rien à dire, rien à montrer, dont la caméra épileptique se perd à ne plus savoir quoi filmer, le tout enrobé de musiques d'un pathos à gerber, littéralement.

Presque trop, ouais.
Sans déconner.

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