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Parlez-moi d'amour...

Avis sur Birdman

Avatar Kalopani
Critique publiée par le

Ce n'est pas facile tous les jours d'être un artiste !
Vous comprenez, dans ce monde où l'argent est roi, où la rentabilité régit l'existence, on peut difficilement faire de l'art pour de l'art !

Ce n'est pas facile tous les jours d'être un véritable cinéaste !
Vous comprenez, dans ce monde où les grands studios hollywoodiens dictent leur loi, où seuls comptent les chiffres du box-office, on peut difficilement faire du cinéma pour du cinéma !

Iñárritu, lui, se considère comme un artiste, un vrai ! Il n'est pas comme ces misérables tâcherons qui pullulent à Hollywood, multipliant les blockbusters les plus vulgaires simplement pour le pognon et la célébrité ! Ils sont pitoyables !
Iñárritu le sait bien, lui ! On ne devient pas un artiste, du jour au lendemain, tout simplement parce que le box-office vous a sacré roi ou parce que les critiques mondaines vous encensent. Tout ça, c'est du vent, de la poudre aux yeux, une illusion dans laquelle vous risquez de vous perdre à jamais ! À la manière du mythe d'Icare, celui qui se croit artiste, sans en être un, ne pourra que se brûler les ailes à la lueur de la célébrité. La célébrité n'est pas la reconnaissance ! Une star n'est pas un artiste ! Il n'y a que nous-même, qui pouvons décider de notre propre valeur !

"A thing is a thing, not what is said of that thing"

Cette phrase, qui résume le film, Riggan Thomson l'a affiché sur le miroir de sa loge pour bien s'en souvenir. Lui, il fut une vedette auparavant ! Il a connu la gloire et l'argent grâce à un rôle en toc, un rôle de super héros, Birdman ! Mais cette époque est révolue, aujourd'hui il n'est plus rien, ou tout juste un has been. Alors, pour montrer sa valeur (artistique), il prend la direction de Broadway pour réaliser l'adaptation théâtrale d'une nouvelle de Carver, "Parlez-moi d'amour"... évidemment !

Ainsi, derrière la démarche de Riggan, se dessine une réflexion, pour le moins intéressante, faite par Iñárritu sur la condition de l'artiste, et plus particulièrement sur la condition de l'acteur. Comme la fameuse phrase l'annonce, il semble distinguer deux types d'acteurs : celui qui jouit librement de son art et celui qui est prisonnier d'un système. D'un côté on trouvera un artiste qui pourra s'épanouir pleinement, tandis que de l'autre on aura un simple besogneux qui ne pourra se défaire d'une image ou d'une étiquette. Iñárritu arrive donc à valoriser ceux, qui comme lui, ne perdent pas leur identité en allant se prostituer pour de l'argent et une gloire qui sera éphémère ! L'acteur doit avoir une vraie intégrité, il doit "être" et ne pas chercher à "paraître". Cette réflexion est, d'ailleurs, remarquablement bien mise en image dans "Birdman". Sur le fond, on retrouve ce questionnement sur l'art, sur le distinguo entre une vedette et un artiste, sur l'aspect éphémère du succès et sur la dimension factice de la célébrité (par le biais des blockbusters, des réseaux sociaux, etc). Sur la forme, la mise en scène se veut également brillante avec ce plan-séquence, virtuose, qui multiplie les allers-retours entre la scène et les coulisses avec une fluidité déconcertante. On se dit alors qu'Iñárritu a réussi son coup, avec ce film aussi brillant que malin ! Cela serait sans doute vrai si le monsieur n'avait pas tout dit et tout montré en une demi-heure ! Le problème, c'est qu'il reste 1h30 de film à remplir, soit 90 minutes ou 5400 secondes...

Alors comme il faut bien parler de quelque chose, Iñárritu va "brillamment" accumuler les stéréotypes et "vaillamment" enfoncer les portes ouvertes. Sa charge contre le show-business va ainsi se limiter à une énumération des pires clichés liés à ce milieu : l'ancienne gloire qui n'arrive pas à tourner la page, les acteurs mégalos et narcissiques, les producteurs affreusement cupides, les critiques purement haineuses, les spectateurs moutons-consommateurs, etc. Iñárritu parle de tout, insiste lourdement sur les travers des uns et des autres, mais sans rien creuser ni développer. Alors forcément, les 90 minutes restantes ne sont plus qu'une redite de la première partie ! Iñárritu se répète, encore et encore, insiste un peu plus sur les difficultés familiales de Riggan, sur ses états d’âme, sur le côté "méchant" de la critique, en citant Flaubert forcément... Les acteurs parlent et insistent, encore et encore, sur ces mêmes travers, sur ces mêmes poncifs. "Birdman" est un film brillant mais qui tourne vite en rond et qui parvient, surtout, à brasser de l'air.

Mais le pire, c'est que sur la forme, c'est la même chose ! Le plan-séquence du début peut se voir comme une brillante illustration de ce nivellement qui se fait entre coulisse et scène. Finalement, le vrai artiste pour Iñárritu n'est pas celui qui cherche à "paraître" mais celui qui "est", qu'il soit sur scène ou non. Seulement, au bout de quelques minutes l’intérêt du plan-séquence s'épuise vite ! Pourquoi le prolonger pendant 90 minutes de plus, si ce n'est par pure vanité ! D'ailleurs son exploit est assez futile puisqu'il est aidé par le numérique. Birdman est un film brillant mais qui fatigue et épuise très vite le spectateur par sa forme employée. Tout paraît artificiel, redondant, prétentieux...et teinté d'amertume. Et c'est un peu ça le plus gênant, à la fin. Derrière la critique, pas très fine, élaborée par le cinéaste se cache à peine son propre désir de reconnaissance. Il ne fait pas dans le blockbuster, lui, mais il le pourrait : la preuve, il filme des monstres, des explosions, des super héros. Et puis, il est capable de prouesses : vous avez vu son "énorme" plan-séquence ! Il ne mange pas de ce pain-là mais il le pourrait et il veut que vous le sachiez !

Ainsi, au bout de deux heures de péloche bruyante, tourbillonnante, tape à l’œil et finalement superficielle, on ne retient rien des personnages (malgré le talent des acteurs) et presque rien du propos (a part les clichés habituels) ! On a simplement en tête un truc étrange, qui ressemble à une parodie de film d'auteur, qui ne dit pas grand-chose mais qui reste beau à voir. On ne retient, finalement, que le besoin d'être aimé d'un cinéaste qui ne devrait pas tarder à rencontrer Oscar ; c'est écrit...

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