Avis sur

Black Book par MisterPH

Avatar MisterPH
Critique publiée par le

L'approche n'est pas héroïque, mais authentique. Ici, pas de longs plans où les héros regardent l'horizon et le soleil se coucher sur la musique d'un orchestre symphonique comme chez Spielberg. Non, fort heureusement, Paul Verhoeven ne commet aucune maladresse de ce genre. Black Book, Zwartboek en version originale. Paul Verhoeven, après vingt ans à Hollywood a réalisé ce film intégralement aux Pays-Bas, avec des acteurs néerlandais et allemands s'exprimant dans leur langue, dont la charmante compatriote de Monsieur Verhoeven, Carice Van Houten.
Le film est un flashback, il commence et se termine en Israël en 1956. C'est un film noir, un film dur, inspirés de faits réels, loin des clichés du genre. Laissez-moi vous faire un rappel historique que le film ne vous donnera pas.

En septembre 1944, sous l'impulsion du général anglais Montgomery est lancée la plus grande opération aéroportée de l'Histoire, l'opération Market Garden. S'inscrivant plus dans une idée de satisfaction de l'ego de Montgomery que dans un réel plan d'ensemble stratégique, cette opération ambitieuse, si elle avait réussi, aurait tout de même eu le mérite de faire contourner aux Alliés la ligne Siegfried et d'ainsi déboucher directement sur la Ruhr puis sur Berlin, leur permettant de remporter la victoire dès la fin 1944. Hélas, cette opération fut un échec et les Pays-Bas durent encore attendre la fin de l'hiver 1945 avant d'être libérés.

Dans ce contexte, en septembre 1944, aux Pays-Bas, Allemands, Résistants et collabos savent que la fin de la guerre approche. Il faut comprendre que les personnages du film sont conscients de cela. Celui-ci commence donc en septembre, Rachel Steinn, une jeune femme juive vit cachée dans une famille de paysans. Alors qu'elle était sortie, un bombardier américain en difficulté, poursuivi par la chasse allemande, lâche du lest (c'est-à-dire une bombe) au-dessus de la maison de ceux qui la cachaient.

Seule, elle rejoint un ami de sa famille à La Haye qui la met en contact avec un homme pouvant leur faire faire, à elle et sa famille, la traversée vers la Hollande méridionale, déjà libérée. Une patrouille allemande les intercepte dans le détroit du Biesboch. Rachel est l'unique survivante.

Elle rejoint alors la Résistance de La Haye et, sous le nom de Ellis de Vries, infiltre le service de renseignement allemand allant jusqu'à être contrainte de séduire le capitaine de la Gestapo Mûntze. Je vous laisse découvrir la suite de cette histoire palpitante, ainsi que la complexité de chacun des personnages, aussi bien le capitaine Mûntze que Rachel ou Ronnie, la collaboratrice de Rachel à la Kommandantur.

Loins des clichés, le film aborde de nombreux points sombres de l'Histoire ; la barbarie nazie ; la Résistance, regroupant des gens animés par des ambitions diverses, les communistes, les royalistes, mais aussi des gens plus prompt à satisfaire leur intérêt personnel ; l'antisémitisme, qui peut ressurgir à la première occasion, même chez certains résistants ; les règlements de compte qui ont eu lieu à la libération, punissant les coupables, mais aussi, parfois, s'acharnant sur des faibles et laissant impunis des salauds, une administration alliée qui utilisait les ennemis de la veille pour se préparer à affronter aux ennemis de demain.

Un film bien documenté, et évoquant des thèmes qui portent tous à réfléchir. Un "carnet noir" a, paraît-il, effectivement existé. Le personnage de Rachel est lui aussi inspiré de plusieurs jeunes femmes résistantes néerlandaises. Malgré tout, il ne s'agit pas d'un documentaire diffusé par la chaîne Arte, il s'agit d'un film divertissant, plein de rebondissements et qui a le mérite d'apporter quelque chose en plus de tout cela.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 302 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de MisterPH Black Book