Marvel's back in black.

Avis sur Black Panther

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Si l’on a beaucoup vendu Black Panther pour le défi qu’il relevait, en mettant en scène pour la première fois un super-héros noir en tant que protagoniste, il ne faut pas s’y méprendre : le film n’est pas qu’une opportunité de surfer sur la vague de l’ouverture d’esprit, mais propose de vraies qualités cinématographiques portées disparues ces derniers temps chez Marvel. Un vent de fraîcheur qui fait du bien et redonne confiance avant Infinity War pour les sceptiques qui, comme moi, n’attendaient plus grand-chose du MCU.

Black Panther réussit, avant toute chose, par le sentiment de nouveauté qu’il éveille. Les terres du Wakanda permettent un dépaysement que l’on accueille volontiers, loin des environnements urbains habituels où l’on n'a que trop l’habitude de voir s’effondrer des grattes-ciels, exploser des voitures et voler des vitres en éclats. L’Afrique donne lieu à des environnements plus aérés, allant des grandes plaines aux longs canyons, en passant par les cascades gigantesques et les chemins boisés. La scène de survol de cette nature sauvage, soutenue par la musique aux couleurs africaines, permet d’apprécier ce panorama qui sera à 80% le terrain de jeu des personnages (avec une séquence d’action en Corée du Sud, et quelques brefs passages aux États-Unis). Le film est artistiquement une réussite : le mélange entre la nature luxuriante et les installations technologiques est bien rendu, tout comme les couleurs vives des uniformes qui font l’identité des différents peuples ou tribus. Cependant, j’ajouterais un léger bémol à certains effets spéciaux étonnamment peu soignés, à l’image de fonds verts parfois grossiers et de CGI pas toujours convaincantes (notamment le rendu des animaux, très lisse).

L’autre point fort du film est son détachement total du reste du MCU. Hormis la scène de la perte du père, liée à Civil War et qui revient sous forme de réminiscence, Black Panther trace son propre chemin sans l’aide de personne. Contrairement au dernier Spider-Man, où la présence de Tony Stark était parfois discutable, l’histoire se construit ici sur table rase. Pas de caméos inutiles, pas de liens forcés pour ancrer le film dans la continuité de ses frères, peu de références si ce n’est aucune à l'univers Marvel. Non, Ryan Coogler crée son propre mythe sans s’appuyer sur ce qui a déjà été construit, comme pour mieux signifier que son monde et ses personnages n’ont besoin d’aucune béquille pour tenir debout, mais au contraire se suffisent à eux-mêmes.

Le scénario n’a rien de révolutionnaire, évidemment, mais a le mérite de poser des enjeux à échelle humaine. Exit les Ultron ou autres villains voulant conquérir le monde ou le détruire ; les « méchants » de Black Panther ont des motivations personnelles, égoïstes, qui témoignent de leur étroitesse d’esprit et finalement de leur simple humanité. Et d’ailleurs, ceux-ci sont bien mieux développés qu’à l’accoutumée, du moins pour l’antagoniste principal qui a le droit à ses scènes de flashbacks et de réflexions, approfondissant un background trop souvent négligé dans les autres productions du studio. Et cela est d’autant plus appréciable qu’on a envie de s’intéresser à ce personnage d’Erik, bien aidé par un look qui fonctionne et un charisme naturel évident. L’autre bad guy, Klaw, campé par un Andy Serkis impérial et terrifiant de perversité, est bien plus superficiel, soulignant son unique recherche de pouvoir, d’argent ou la satisfaction d'autres petites ambitions personnelles. Un personnage anecdotique par son impact scénaristique mais toujours très appréciable à l’écran (l’acteur aidant beaucoup, ne nous voilons pas la face).

Pour l'entourage de Black Panther, personnage peut-être un peu lisse (semi-déception de ce côté-là) bien que Chadwick Boseman l’incarne avec justesse, le casting fait aussi des merveilles. Tous les personnages sont charismatiques, plutôt marquants et attachants – ce qui est loin d’être toujours le cas chez Marvel –, jusqu’à voler parfois la vedette au super-héros éponyme : Danai Gurira, guerrière badass qui excelle décidément dans ce registre (cf son rôle de Michonne dans The Walking Dead), la sœur espiègle qui n’hésite pas à remettre les hommes à leur place, le vieux sage joué par un Forrest Whitaker fidèle à lui-même, et bien sûr le compagnon de route Martin Freeman (seul blanc avec Andy Serkis… mais pas des moindres) qui apporte une touche british délicieuse et sa candeur habituelle, contrastant intelligemment avec la férocité de la majorité des protagonistes.

L’humour, d’ailleurs, est pour le coup parfaitement dosé. Hormis une ou deux scènes où l’on s’en serait peut-être passé (bien que ça ne soit pas vraiment dérangeant), le film conserve un ton sérieux constant permis par des personnages qui n’ont rien de loufoque. La bouffonnerie n’a pas sa place au Wakanda, et ce n’est pas plus mal. Cela n’empêche pas quelques dialogues qui forcent le sourire, tout comme certaines situations comiques qui savent être raisonnables. Si Black Panther ne fait pas dans la finesse concernant ses personnages, son humour n’est quant à lui (presque) jamais lourdeau.

Finalement, ce sont peut-être les scènes d’action qui sont un peu convenues. Certes, la bataille finale est bien réalisée ; dans les airs, dans les plaines, dans les sous-terrains : il y a de la variété. Mais les combats du héros n’ont rien de mémorable en eux-mêmes, composés essentiellement de corps à corps et de projections de l’adversaire, sans réelle violence physique qui donnerait une impression de brutalité bestiale inhérente à son personnage. C’est dommage, surtout après les séquences de Civil War dans lesquelles c’est lui qui avait selon moi les meilleurs morceaux de bravoure.

En tout cas, l’ensemble est bien orchestré, en terme de mise en scène comme de bande-son puisque les musiques sont vraiment un gros point fort du film : le mélange entre sonorités urbaines (hip-hop/rap) et chansons africaines plus « traditionnelles » (style Roi Lion, disons-le clairement) est d’un équilibre parfait, et les rythmes/basses apportent un vrai quelque chose aux scènes, quel que soit leur registre. Bref, l'ambiance générale du film est très appréciable.

Si l’on m’avait dit que j’écrirais une critique de Black Panther dès ma sortie de la salle, je n’y aurais pas cru. Désintéressé par les bandes-annonces, ennuyé par un marketing un poil trop focalisé sur le caractère inédit de ce nouveau Marvel, j’y allais à reculons en espérant toutefois être agréablement surpris. Ce fut le cas. Non exempt de défauts (un villain toujours trop manichéen malgré les efforts de nuances, des visuels inégaux, etc), mais jouissant d’un rythme impeccable et d’un casting qui à ce stade là fait bien plus que le café, Black Panther me semble bien parti pour redonner un souffle inespéré à cet univers super-héroïque qui selon moi stagnait. Il n’y a plus qu’à espérer que le prochain Avengers continuera dans cette veine, mais ses défis sont si gros qu’il est difficile d’imaginer les Russo s’octroyer autant de liberté que Ryan Coogler, qui, contrairement à eux, avait ici carte blanche (huhu) puisque tout était à faire. Et c’est tout à son honneur d'avoir aussi bien réussi.

(EDIT : les deux scènes post-crédit sont franchement inutiles, notamment la deuxième qui confine plus à l'incompréhension qu'à la hype)

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