Danse macabre

Avis sur Black Swan

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1872, Piotr Ilitch Tchaïkovski s'amuse à imaginer pour sa famille, un petit ballet qui s'inspire d'un conte allemand, « Le lac de cygnes »**. Trois ans plus tard, le compositeur est chargé par le théâtre de Moscou de signer un ballet sur le même thème. Si le succès est au départ modeste, il est aujourd'hui l'un des spectacles les plus joués dans le monde. Toile de fond dans « Black Swan », « Le lac des cygnes » n'est qu'un prétexte pour Darren Aronofsky. Le réalisateur aborde non pas la danse mais la douleur qu'elle engendre. Pieds sanguinolents, chevilles tordus, membres raidis... comme dans « The Wrestler » où il détaillait un Mickey Rourke tuméfié, il film ici la souffrance des corps au service d'un art.
Il y a dix ans, Aronofsky en parlait déjà à Natalie Portman autour d'un café. Promesse tenue. L'actrice tient le haut de l'affiche et le rôle d'une vie. Durant dix mois, elle s'est entraînée tous les jours pendant cinq heures sous la tutelle des plus grands professeurs. En plus d'avoir sué sang et eau, ses études de psychologie à Havard n'ont pas dû être de trop pour finir de peaufiner son personnage. Elle est Nina, jeune ballerine prometteuse qui obtient le rôle très convoité de la reine des cygnes. Si elle n'a aucune difficulté pour se glisser dans la peau du cygne blanc, son double maléfique lui pose problème. A mesure que les répétitions avancent, Nina est de plus en plus terrifiée par l'idée de se faire voler le rôle par sa principale concurrente, Lily. Incarnation même du cygne noir, elle est libre, vivante, sensuelle, et sauvage. Tout ce que Nina n'a pas. Cela provoque à la fois de l'attirance et de la répulsion chez elle. De l'innocence du cygne blanc à la perfidie du cygne noir, il n'y a alors qu'un pas. Frustrée par une mère castratrice et obsédée par une vaine quête de perfection, Nina se laisse envahir par son personnage. Au point de se perdre.
Aronofsky signe un film abouti, proche du chef d'œuvre. Ce que le film aurait sans doute été, s'il avait poussé à l'extrême, la confusion qui s'empare de Nina. A cet égard, le personnage de Winona Ryder, danseuse étoile sur le déclin qu'un accident finit de détruire, n'est pas assez exploité.
Toutefois, « Black Swan » est une expérience intense. Des apparitions du doppelgänger* de Nina à la vision de son corps en pleine mutation, on ne sait plus si Aronosfky tourne un thriller psychologique quasi horrifique ou un film fantastique.
A l'instar de Nina, le spectateur est longtemps perdu. Jusqu'au dénouement final. Une libération sublimée par la puissante musique de Tchaïkovsky où Natalie Portman est littéralement transcendée. L'actrice livre une incroyable performance. Digne d'un oscar, assurément !

*doppelgänger: jumeau maléfique

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