Le Maillon Faible.

Avis sur Blackfish

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Critique publiée sur Kultur & Konfitur.

Tombé dessus par hasard entre deux matchs de la coupe du monde 2014, ça a sévèrement entamé mon moral pour regarder le deuxième match.

On s'attend à un truc assez démago sur l'emprisonnement animal et l'immoralité de faire aux animaux ce qu'on dénonce dès qu'il s'agit d'humains, sur les risques que l'on prend en le sachant et l'argent plus fort que la vie. Tous ces éléments sont bien dans le documentaire, comme cela a été souligné dans pas mal de critiques, et malgré le caractère convenu de la chose ça fait partie des sujets qui parviennent à me tirer les larmes, quand on voit cette bête gigantesque dans ces quelques mètres cubes, errer sans but, à faire le tour du bocal tel un poisson rouge, la nageoire repliée. Encore plus dur quand on sait que, comme la plupart des gamins, on était émerveillé par ce monstre magnifique dressé et obéissant à l'homme. Le contraste avec la vie sauvage rend la vie dans le parc d'autant plus dure à visionner. D'un côté, cette nageoire, cet enfermement, cette vie limitée, et de l'autre un animal qui semble diablement intelligent, social et libre. L'enfermement chez l'humain, sans généraliser et en outrepassant toutes les nuances nécessaires, ôte ce lien social (malgré la sociabilité qui existe en détention), cette possibilité de mouvement, où tout est cadré, dressé. Ce qu'on dénonce chez l'homme, on l'accepte chez l'animal. Ça rejoint tous les débats sur les expérimentations faites sur les rongeurs ou autres bêtes qu'on justifie par les effets positifs sur l'homme. Au prix de la vie des bestioles, jugées si inférieures à l'humain, et qui renforce cet incroyable sentiment de prétention de l'Homme sur le reste du monde.

Whale done

Le documentaire montre bien la facilité pour les parcs, malgré de nombreux incidents, plus ou moins mortels, de conserver cette manne économique. Eliminer l'animal, c'est s'attirer les foudres du public qui, heureux de le voir s'ébattre en détention, ragerait que pour un accident qui serait une faute potentielle du dresseur, on se débarrasse d'un être qui, après tout, a lui aussi droit à la vie. une vie d'enfermement, mais une vie. L'hypocrisie. Autre souci, c'est qu'en flinguant le bestiau, on se prive d'un revenu conséquent et d'un reproducteur chevronné. C'est là le prétexte principal pour faire sauter ce "maillon faible", le dresseur sur lequel on rejette la faute ("les risques du métier"), qui s'il n'est pas content sera remplacé ("c'est la crise") et qui ne peut pas dire grand chose, surtout quand il est mort. Les échelons du haut et l'animal sont donc sauvés, les éléments nécessaires à l'économie. Celui que l'on sacrifie, c'est l'échelon intermédiaire entre ceux qui ramassent le fric et l'orque qui en est le producteur. Fusible éjectable, humain donc faillible, et après tout une exception mineure qui ne remet pas en cause le traitement des bêtes dans le parc, si préférables aux conditions dans le vrai monde.

A noter ces prises de vue en mer, très belles, assez contemplatives, montrant la force de la bête comme un hommage à la force de celle-ci, et qui constituent peut-être la plus forte dénonciation, au-delà de tous les témoignages, à l'asservissement de cette puissance intelligente.

Autour d’un sujet que l’on pouvait craindre trop manichéen, le documentariste réalise un film engagé et militant, mais sans tomber dans l’exhibitionnisme ni dans la leçon de vie. Cette critique a été rédigée lors de la sortie du film sur ARTE, sans trop croire à la puissance ou l’impact de celui-ci. On ne peut que se réjouir de voir qu’au contraire ce manifeste a su aller plus loin que la simple indignation, avec un impact réel sur le chiffre d’affaires de SeaWorld. Les bassins seront agrandis… mais agrandir une prison, est-ce un réel progrès ?

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