Á rebours, ou Blade Runner 1982

Avis sur Blade Runner

Avatar Angie_Eklespri
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  Il y a des films qui vous accompagnent comme ça, dans la vidéothèque imaginaire. J’avais une seule appréhension. Comment a vieillit Blade Runner 1982 ? Tout le monde sait que les films de SF ça vieillit en accéléré. Exemple : Le film débute en novembre 2019 à Los Angeles. Est-ce que ça fonctionne quand on visionne le film en mars 2018 ?

 Les films d’anticipation ont tendance à se faire rattraper par le calendrier, logique. Et bien non. Ça marche comme sur des roulettes. J’ai souvent tendance à oublier que les films se déroulent dans un espace-temps parallèle. Et certains détails ne trompent pas. Los Angelesc’est devenu une colonie chinoise. Certains détails ne trompent pas. On pensait à l’époque, que les chinois domineraient le monde en l’An 2000. LA c’est une gigantesque plaine qui brille de mille feux, dans une nuit perpétuelle. Pas de soleil. Il y a des voitures volantes. Marrant. La coïncidence veut que j’ai entendu à la radio une info. Un prototype a été mis sur le marché. 300 000 $. Je trouve que BR1982 s’en sort pas mal, au jeu des comparaisons réalité-fiction. La pub directement sur les immeubles, en permanence, la seule source de lumière, en somme.

Une femme asiatique nous sourit. Enjoy C¥ca Cola. Et le plus beau. Les répliquants.

Artificiels qui imitent l’humain à la perfection. Nous entrons dans la transhumanité. Les chercheurs cherchent, et veulent vaincre la mort, ou plutôt le temps. Prothèses, nano-technologie, rallongement de la longévité, vie augmentée. On ne parle que de ça. Et je crois même qu’il ya un « fou », qui construit une fusée, et projette d’aller sur Mars. La seule façon de démasquer un répliquant, c’est un test en forme de QCM. La machine se trahit au détecteur de mensonges. Mais nous avons un problème. Un groupe de répliquants renégats s’est échappé, et ça crée un trouble à l’ordre public. Á leur tête, une forte de tête, blond aux yeux bleus. Un Nexus 6, de la dernière génération, très dangereux. Dick Deckard (Harrison Ford), reprend du service. C’est un nettoyeur, Dick. Harrison Ford, avec son rictus de beau gosse désabusé est parfait pour le rôle. On dirait un Chris Marlowe au bout du rouleau. Il retire de la circulation les « illégaux » ; de nos jours on dirait, les sans-papiers. Au fait, « retirer » est un euphémisme, pour dire exécution sans sommation.

   On est sauvé du kitsch par l’économie de moyens, voulut par Scott. Les effets juste ce qu’il faut. Ville, nocturne, silence, atmosphère de polar, noir. Simplicité monolithique. La nuit, tous les chats sont gris. Deckard tombe sous le charme de Rachel, beauté BCBG, qui s’avérera être répliquant elle-aussi. Problème. La musique de Vangelis, elle est là, mais on l’entend de moins en moins. Elle s’est minéralisée avec le temps. Elle s’est fondue dans le décor, et pourtant là, en demi-teinte. On ne l’entend presque plus, (et c’est un compliment).

 Trop d’effets de manche auraient bridés le film. Trop de brillance se serait muée en nostalgie. Monde triste, mais sans passé pour s’accrocher, voilà le futur hypothétique de la SF moderne. Un présent perpétuel, où on échange peu. Enjoy ! C$ca Cola. Un monde artificiel, où la seule issue c’est de consommer. Et les répliquants femelles sont spécialisées. Souvent objet de désir, (Daryl Hannah). Objet de plaisir. Se vendre. Donner.

Le héros parle peu. Il n’a aucune vie sociale. Manger. Dormir. Aller au boulot. Chercher. Exécuter. Manger. Dormir. Recommencer. Et Deckard rêve. D’un monde meilleur. Un monde artificiel, où la seule issue c’est de rêver. Une licorne ? Il aimerait jouer du piano. Mais pourquoi il s’attache çà cette fille ? Il voit bien que c’est une machine quand même ? Ça va mal finir.

Ridley Scott a pris parti. Il est du côté des machines. Les exécutions de Deckard, ressemblent à des sacrifices. Ralentis. Longueur. Acharnement du Blade Runner. On voit bien que ça le dégoute un peu, mais qu’est-ce que vous voulez. Le sale boulot quelqu’un doit bien le faire, non ? Et voilà Rutger Hauer. Film hollywoodien oblige, on penserait voir le méchant arriver avec de gros sabots. Nexus 6. Le répliquant ultime. Parfait. Surhomme. Au physique de jeunesse hitlérienne sculpté par la muscu. Nexus 6 se meurt, car même les répliquants meurent. Il veut accomplir son destin avant de mourir. Rencontrer son créateur. L’humain surdoué qui a donné vie aux répliquants, et vendu les droits d’exploitation à une corporation, (pour ne pas changer). C’est pas tous les jours qu’une créature rencontre son créateur, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas cet insecte, cet humain de Deckard qui va faire faire le poids faire à cette machine de guerre qu'est le Nexus 6.
Il n’en à cure de Deckard. Il veut rencontrer son auteur, et lui demander plus de vie, plus de temps. Même les répliquants ont peur de la mort. Et où l’on voit peu à peu l’homme et la machine s’échanger des brides d’humanité, et de mécanicité ; Deckard sans pitié doit tuer, c’est la loi. Nexus 6 veut sur-vivre, c’est la règle. Nexus 6 qui a des allures de demi-dieu aux pieds d’argile. Il parle comme un livre, maîtrise le jeu d’échecs. Il a des relents christiques. Se révèle martyr. Monstre. Il l’est. Empathie. Il l’apprend ce que c’est que l’empathie. Grandir peu à peu. Deckard semble bien pâle à côté. Petit fonctionnaire minable. De plus en plus petit. Et la chasse continue. Le chasseur, chassé à son tour. Et soudain c’est la fin…

Une fin elliptique qui surprend tout le monde. Avec ce petit détail qui tue. Merde !

Deckard c’est un humain, ou un répliquant ? Question.

Polar SF plus que jamais culte. Modèle du genre impossible à renouveler. Arriver à ré-adapter aussi bien, un bouquin de Philp K Dick au ciné, c’est chapeau. Rempli des fondamentaux de la SF attitude contemporaine. Nous parlions de trans-humanité, je crois ? Chapeau à Scott pour l’essai. Il fonctionne, même à rebours.

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