Qui es tu, Deckard ? D'où viens tu ? Où vas tu ?

Avis sur Blade Runner

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La première version du film de Ridley Scott date de 1982, bientôt 40 ans, et n’a pas pris une seule ride, il serait à l’affiche de nos jours qu’il passerait facile dans le move. Je l’ai vu pour la première fois l’année de sa sortie, il ne me restait plus que de vagues souvenirs. Deckard qui mange des nouilles chinoises, les pirouettes de Pris et puis cette atmosphère de semi-obscurité dans laquelle se déroule le film. Les acteurs baignent ainsi dans la pénombre où souvent l’on devine plutôt qu’on ne voie. Un jeu d’ombres chinoises en quelque sorte, ce n’est pas pour rien qu’une grande partie de l’action se déroule dans un Chinatown cosmopolite et surpeuplé.

Los Angeles novembre 2019, la mégalopole surpeuplée est plongée dans le brouillard, la pluie, la pénombre, zébrée de néons multicolores, de grands panneaux lumineux pour des pubs telles que « Enjoy Coca-Cola » ou « Budweiser » et des lumières des voitures volantes. Des réplicants modèle Nexus-6 débarquent sur la Terre où ils sont interdits de séjour (Ils n’ont pas leur attestation de déplacement dérogatoire). Deckard est un chasseur de réplicants, un blade runner. On n’arrête pas un réplicant, on le retire c'est-à-dire on le tue. Il a donc ordre d’abattre les 4 réplicants survivants. En chemin il rencontre Rachel employée à la Tyrell Corporation (un immense building en forme de pyramide Aztèque) là même où sont élaborés ces fameux androïdes. Le Big Boss Eldon Tyrell lui révèle la véritable nature de celle-ci. Rachel est un prototype de réplicant ultra-perfectionné auquel on a ajouté une mémoire, des émotions, des sentiments hautement humains comme la colère, la tristesse, le chagrin, l’amour, les pleurs... A son tour Rick avoue à Rachel qui elle est vraiment, bingo ils tombent amoureux ! Rachel se met hors la loi en ne se présentant pas à son taf. Veuillez noter que pour plus de sécurité le réplicant a une durée de vie limitée, quatre ans pour le modèle Nexus-6, d’où la venue sur Terre de Roy, Pris, Leon et Zohra en quête sinon d’immortalité du moins d’une vie plus longue. Zohra est retirée par notre cher Harrison Ford (Deckard) Leon va buter Deckard mais Rachel sauve ce dernier en dégommant Leon. Roy dessoude Tyrell, le Big Boss de bio-mécanique, en lui broyant le crâne entre ses mains puis dézingue l’innocent JF Sebastien, un généticien atteint du syndrome de Mathusalem (La progéria, une sorte de sénilité précoce) Grosse baston entre Pris, la meuf de Roy, et Deckard au dernier étage d’un immeuble à la lueur de lumières blafardes. Après quelques pirouettes et retournés acrobatiques dont elle a le secret Pris se fait exploser par notre beau blade runner. Arrive Roy, joué par le non moins charmant Rutger Hauer, qui est grave énervé. Deckard se fait sacrément secouer par Roy qui lui casse deux ou trois doigts au passage. S’ensuit un jeu du chat et de la souris qui se termine sur le toit de l’immense bâtisse. La pluie tombe averse. Deckard rate son saut, réussit quand même à s’accrocher à un pylône en ferraille, glisse, tombe dans le vide mais contre toute attente Roy le sauve in-extremis. Ce dernier tient dans ses bras une colombe blanche. Il est assis au pied d’un pylône, ruisselant sous cette pluie qui n’arrête jamais. Le réplicant vit ses dernières minutes, il le sait. Il livre un dernier discours, appelé « monologue des larmes dans la pluie » au chasseur de réplicants que je ne peux m’empêcher de vous livrer ici (parait que Rutger a improvisé) : « J’ai vu tant de choses que vous humains ne pourriez imaginer, des navires de guerre en feu surgissant de l’épaule d’Orion, j’ai vu des rayons C briller dans l’obscurité près de la Porte de Tannhäuser, tous ces moments se perdent dans le temps comme les larmes dans la pluie. It’s time to die. » Roy is dead et la colombe blanche s’envole dans le noir du ciel.
Rick Deckard retrouve Rachel et s’enfuit avec elle, les portes de l’ascenseur se referment. A noter que dans la version d’origine Deckard et Rachel s’enfuient en voiture dans la campagne, sous un ciel bleu éclatant tranchant ainsi avec le sombre de la grande cité.

Blade runner nous interroge sur notre statut d’humain sur cette planète. Qui sommes nous vraiment ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Les trois questions fondamentales, si je puis me permettre de jouer le philosophe de confinement. Des êtres de chair et de sang mues par notre émotionnel ? Des coquilles vides semblables à des automates auxquels l’on aurait implanté des pulsions cognitives ? Deckard en est un bel exemple, est il un réplicant ou un humain ? L’ambigüité prend de l’ampleur à mesure que le film avance. Rachel qui lui demande si lui-même a passé le test de Voight-Kampff (Test censé repérer un réplicant grâce aux mouvements des yeux, la dilatation de la pupille) L’amour qu’il porte à cette même Rachel (les réplicants ne peuvent se reproduire mais peuvent éprouver de l’affection pour un de leur congénère) Le fait que Roy lui sauve la vie, malgré qu’il ait tué Pris, parce qu’il est le seul à pouvoir sauver Rachel ? Cet origami représentant une licorne qu’il découvre à la fin en s’enfuyant avec Rachel. Gaff, le flic adjoint, sème des origamis tout au long de l’enquête. Quant à Deckard il fait un rêve dans lequel galope une licorne (un rêve implanté ?) Ce qui supposerait que Gaff est déjà passé, n’a pas tué Rachel et qu’il est au jus pour Deckard.
Belles prestations des quatre acteurs principaux, Harrison Ford déjà tout frétillant dans le rôle du blade runner Rick Deckard, Rutger Hauer que je trouve vraiment excellent dans le rôle de Roy, à mon sens tout aussi bon si ce n’est même meilleur que ce bon vieil Harrison, Sean Young, si fragile, toute en finesse, émotionnellement envoutante, belle à lui murmurer à l’oreille « I wanna be your replicant», et Daryl Hannah bondissante et punky dans celui de Pris. Je tiens à citer également Edward James Olmos qui joue Gaff l’assistant de Rick, en semeur d’origamis, au patois incompréhensible. Quant à la musique c’est Vangelis, du grand Vangelis, pas besoin d’en dire plus. Le film est dédié à Philip K.Dick dont Ridley Scott s’est inspiré. (Do Androids Dream of Electric Sheep?)

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