Anatomie du souvenir

Avis sur Blade Runner 2049

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À l’image du réplicant, Blade Runner 2049 est un prototype singulier. C’est un objet mouvant, troublant et colossal, bercé par une sorte de mélancolie désabusée, de désillusion teintée de soupçons d’espoir, où l’action s’incarne dans un monde désolé, souvent désert, silencieux et surtout solitaire.

C’est dans ce cosmos désincarné, pourtant peuplé d’emblèmes et d’hologrammes que se situe l’officier K, ou Joe, ou Ryan Gosling, dont la sobriété n’a d’égal que son élégance, errant, en quête de lui-même et voulant, contrairement aux autres, s’incarner même sans être né et croire. Mais croire à quoi ? Croire, lui aussi, ainsi que Joï (Ana de Armas) à la possibilité d’une existence et d’une réalité tangible (« At least, I’ll be a real girl » finit-elle par lui dire). Le minimalisme, tel qu’on le connaît chez Denis Villeneuve est porté à son paroxysme, côtoyant l’indigestion, éprouvant le spectateur dans une expérience radicale qui provoquerait presque l’asthénie. C’est sans doute le principal défaut du film, qu’on retrouve par exemple dans Enemy : un symbolisme exacerbé, une atypie qui en évincera certains et en repoussera d’autres. Une chose est sûre : rares sont les objets visuels aussi beaux et contemplatifs, osés, rappelant, à la manière d'un écho, ceux d'Andreï Tarkovski.

Blade Runner 2049 est un des rares blockbusters qu’on pourrait qualifier de philosophique. À travers cette quête identitaire, le cinéaste nous renvoie à notre moi profond, composé de souvenirs d’enfance, d’amulettes prenant l’apparence d’un petit cheval de bois, auquel Joe aimerait donner vie, comme véritable béquille à laquelle se raccrocher quand on a la sensation de n’exister pour rien et d’errer dans un monde gagné par le spleen, où même les icônes ont été reléguées au statut de fantôme et d’hologramme.

Car tout l’enjeu de Joe est de parvenir à créer un souvenir sans même en avoir un, à donner du sens à quelque chose qui n’en a pas, par la seule volonté d’aimer et d’exister. Sans conteste, le futur dépeint dans Blade Runner est si dépressif qu’il ne peut que saisir d’effroi : on s’imagine en 2049, dans une salle vide avec des icônes mortes - Elvis et Marilyn -, au milieu d’un désert brumeux et orangé. Et c’est au terme de la quête que les émotions fusent et s’emparent des personnages dans un raz de marée semblable à celui de Solaris, et finalement à même le sol et la neige, permettant à Rick Deckard et à Joe de s’accomplir dans un monde où chacun est étranger à l’autre.

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