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I, Robot

Avis sur Blade Runner 2049

Avatar Albiche
Critique publiée par le

Il n'est pas peu dire que Blade Runner 2049 a fait l'objet d'une attente fébrile chez moi. Rarement je n'avais autant préparé le terrain avant le jour de la séance fatidique. Il s'agissait du film de 2017 que j'attendais le plus, devant The Last Jedi et pour cela je m'étais effectivement bien mis dans le bain comme il fallait. J'ai pris le temps de lire l'oeuvre originale de Philip K. Dick, j'ai bien évidemment revisionné le chef d'oeuvre de Ridley Scott, j'ai vu la bande-annonce un nombre incalculable de fois et j'ai jeté un coup d'oeil aux courts-métrages réalisés par Luke Scott. Appréciant énormément Denis Villeneuve et le considérant comme l'un des meilleurs réalisateurs des années 2010 aux côtés de Christopher Nolan, bien qu'il m'ait tout de même déçu plusieurs fois contrairement à ce dernier (je pense à Enemy et Sicario en particulier, qui m'ont laissé sceptiques), et au vu du casting impeccable choisi pour la suite du film de 1982, j'avais toutes les raisons d'être confiant et c'est dans cet état d'esprit que je me suis rendu au cinéma hier soir. J'étais même persuadé que j'allais préférer le cru 2017 au film de Ridley Scott, que je considère comme un très grand film mais que je ne place tout de même pas tout en haut du panthéon des films de SF. En sortant de la salle à une heure très tardive, j'étais pourtant assez mitigé : avais-je apprécié ce film ? Je ne savais pas trop.

Qu'on soit clair, l'idée de développer une suite à un film qui n'en nécessitait pas forcément une ne m'a posé aucun problème. Le film de Ridley Scott étant déjà très différent du livre dont il est tiré, on ne peut pas vraiment parler de trahison de l'oeuvre originale en racontant quelque chose qui ne figure pas dans le livre. J'ai personnellement beaucoup aimé le livre, mais Blade Runner version cinéma était sans doute encore meilleur, grâce notamment au magnifique travail d'ambiance recréé et au score parfait de Vangelis. Certes, ce film se suffit à lui-même mais l'idée de la possibilité d'un rafraîchissement avec les moyens techniques actuels et la confiance que j'avais en Villeneuve m'emballait fortement.

Et effectivement, la première chose à dire, c'est que niveau rafraîchissement, nous avons été extrêmement bien servis. Blade Runner 2049 est sans conteste le plus beau film de l'année 2017, et sans doute l'un de plus beaux du XXIème siècle. Le film nous gratifie de plans vraiment magnifiques du début à la fin, et contrairement au film de 1982 qui se passait uniquement de nuit, là les décors sont plus variés et beaucoup plus riches : que ce soit la scène d'ouverture dans la ferme de Sapper Morton, les scènes se déroulant à Los Angeles, mais surtout celles se déroulant dans les locaux où se trouve Neander Wallace et celles qui concernent le Las Vegas radioactif, toutes nous en mettent plein la vue. Beaucoup de couleurs vives sauteront aux yeux, en particulier le jaunâtre propre au cinéaste, et l'orange. Sur ce point, Blade Runner 2049 surpasse largement son aîné, mais ce n'est pas surprenant au vu de la différence d'époque entre les deux films. Je pensais qu'il serait difficile de surpasser certains films comme Interstellar au niveau de la photographie, et que la technique avait atteint certaines limites, mais force est de constater que ce n'est pas du tout le cas et qu'il est toujours possible de faire mieux.

J'ai en revanche était déçu par la bande originale du film, qui ne m'a absolument pas marqué. Malgré sa volonté de coller à celle de Vangelis par moments, elle n'arrive malheureusement pas à sa hauteur, Hans Zimmer nous ayant clairement habitués à mieux. Après il est vrai qu'elle colle bien à certains passages du film et sait se faire discrète aux moments opportuns, les silences pesants étant assez nombreux et jouant parfois avec nos nerfs.

Et c'est là où j'ai eu un peu plus de mal avec ce film, c'est que le travail d'ambiance est tellement au centre du film que cela se fait au prix d'une énorme lenteur. Je qualifie volontiers ce film de contemplatif, tant la caméra de Villeneuve s'attarde sur les décors et les personnages au prix de dialogues qui passent parfois au second plan, avec un Gosling absolument pas surprenant, qui occupe son rôle habituel de personnage presque muet et énigmatique. Je ne cache pas m'être ennuyé par moments, et je ne comprends pas pourquoi Villeneuve a choisi une telle durée (2h40 !) pour son film, là où l'histoire aurait clairement pu être bouclée en 2 heures, avec un peu plus de dynamisme. Les deux premières heures sont en effet d'une extrême lenteur, et seules les 45 dernières minutes fusent. Je salue néanmoins ce parti pris, qui va à contre-courant des blockbusters modernes et qui est un vrai risque pris par le réalisateur, mais malheureusement ce n'est pas trop ma tasse de thé. Comme dans le premier film, l'action n'est pas très présente, et ce n'est pas pas ça qui me dérange, tant je déteste les films qui se basent uniquement sur les combats et les courses-poursuites, mais je pense qu'il aurait fallu trouver un juste milieu. Blade Runner premier du nom avait aussi une ambiance très lancinante, mais cela m'a beaucoup moins dérangé car le film se concentrait sur l'essentiel et durait moins longtemps.

L'histoire en tout cas est vraiment intéressante, de toute façon dès que ça parle d'intelligence artificielle et des questions métaphysiques autour de ce sujet, je suis comblé. Le personnage de l'agent K/Joe est un répliquant en quête d'identité et il ose espérer être différent de ses compères. Cela m'a rappelé les thèmes traités dans Westworld, à savoir les robots qui souhaitent être plus humains que les vrais humains, et dans les deux cas, c'est fait avec brio. La question du souvenir est aussi centrale, et encore une fois, ça m'a rappelé la série d'HBO. Beaucoup ont comparé le personnage de Joi, la petite amie de K, qui est en fait une intelligence artificielle, à celui de Scarlett Johansson dans Her, à juste titre selon moi. Ce personnage est très réussi, et on regrettera qu'on ne le voit pas plus souvent.

La scène où Joi fusionne avec une véritable femme pour faire l'amour à l'agent K est absolument saisissante, et pleine de lyrisme. Le plan à 3 2.0 en somme.

Je déplore aussi la rareté à l'écran du personnage de Jared Leto, Neander Wallace. On pourrait presque le considérer comme une arnaque, les bandes-annonces le présentaient comme le principal antagoniste du film, mais en réalité il n'en est rien, Luv occupant une place plus prépondérante. Neander Wallace aurait gagné à être mieux développé tant il offrait des perspectives intéressantes, j'aurais aimé en savoir plus sur son passé et ses intentions.

Cependant, Blade Runner 2049 s'en sort largement avec les honneurs, je suis simplement obligé de constater qu'il ne s'agit pas du chef d'oeuvre que j'attendais. Selon moi, il reste en-dessous de l'original et aurait gagné à être moins long et plus dynamique pour m'emporter totalement. En tout cas, au niveau des thèmes traités, de l'inventivité du scénario, du visuel époustouflant et du jeu d'acteurs, le cahier des charges est plus que rempli. Une déception, certes, mais un film que je vous encourage à voir.

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