Une affiche du film à oublier, mais un BladeRunner 2049 qui restera dans les mémoires ! (MAJ: 17/11)

Avis sur Blade Runner 2049

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Blade Runner est un monument du Cinéma. J'étais bouillant à l'idée de retrouver cette atmosphère si particulière et à la fois très inquiet de voir l'héritage de Ridley Scott piétiné.

Denis Villeneuve a réussi brillamment - ce que j'imaginais impossible - un film maîtrisé, équilibré, captivant, qui semble à l'opposé d'un Blade Runner si riche et parvient pourtant dans la continuité du 1er film à nous happer dans son univers. Blade Runner 2049 est une excellente suite. Matérialisé par un univers, plus froid, plus distant, le monde a changé quelque peu : un blackout (une explosion électromagnétique) est passé par là, ayant endommagé tous les systèmes électroniques importants de la planète ainsi que les données bancaires et archives de l'ancien Monde. Les bâtiments sont vides, ou presque, les décors plus froids que jamais, la technologie est partout mais ne semble pas tellement plus avancée. Un monde où la femme objet est toujours prisée et où le matraquage / tapage publicitaires des multinationales s'affichent côte à côte avec la misère et la pauvreté humaine. Les humains n'ont d'ailleurs plus leur place, ils survivent dans les escaliers des immeubles et dans les rues. Par le biais d'insultes - "sale peau de robot" - ils témoignent leur hostilité vis à vis des nouvelles générations de robot, les Nexus 8, qui peu à peu les remplacent dans leur travail, par exemple en tant que policiers ou prostituées. Ils n'ont plus droit au logement et sont devenus de simples ouvriers sans pouvoir d'achat, qui ne se battent plus dans cette société où ils sont complètement relégués au second plan. Dans ces lieux tristes et vides, les robots et les IA ont pris clairement le dessus. Sans réellement savoir comment, un certain Wallace (Jared Leto) a su profiter de la situation. Tyrell Corporation n'est plus. C'est dans ce contexte qu'un certain Officier K (Ryan Gosling), un Nexus de 8ème génération, va faire son apparition et lancer l'intrigue à travers une enquête de police.

Cette intrigue se dévoile et prend corps à travers une bande son magnifique. Un travail admirablement accompli par le duo de compositeurs (Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch). Dans la continuité de son prédécesseur, ce sont des sons déformés, synthétisés, de violons puis de basses percutantes qui réapparaissent. Ils retentissent à nouveau mais cette fois dans des tonalités beaucoup plus modernes, avec semble-t-il, les mêmes instruments utilisés par Vangelis pour la BO du premier film. Pour ce qu'ils dégagent, ces sons contrastés, colorés, mécaniques, vibrent et introduisent ainsi le premier personnage, permettant à Denis Villeneuve de crédibiliser l'œuvre et d'imprimer un rythme particulier au film. Les yeux fermés, nous pouvons sentir et vivre ces décors. Ces coups de canons au loin détonnent, se perdent et rendent visible ce Los Angeles bétonné, froid, à perte de vue, déshumanisé. Contrairement à Ridley Scott, qui a souhaité développer un Blade Runner coloré, détaillé, riche en dialogues parfois même poétiques, Denis Villeneuve a préféré, lui, épurer cet univers et a permis à la musique d'avoir une place plus importante encore (alors qu'elle semblait davantage parachever la partition déjà bien fournie du premier opus). Ce travail remarquable n'est pas la seule raison de sa réussite ; la photographie sublime du film, les décors parfaitement mis en scène sont à souligner et vont de pair avec la fabrication de l'ambiance sonore.

(PARTIE SPOILER)

Ryan Gosling - que je ne porte pas en grande admiration - qui, à défaut de proposer un jeu d'acteur innovant - mais souvent juste - est dans le bon ton : un rôle dans la retenue, frémissant timidement d'émotions, le regard parfois perdu et qui colle parfaitement à son personnage. Dans son rôle de Blade Runner obéissant à la vie illimitée, il est conçu pour une seule mission : traquer et tuer les anciens modèles Nexus 6, comme Deckard autrefois. En robot moderne, il évolue dans sa routine quotidienne, verre de whisky à la main, avec sa belle IA (Joi) qui l'attend sagement chez lui. Un thème déjà vu, qui revient, certes moins puissant et moins profond qu'avec le solitaire, nostalgique, mélancolique et murgé du matin au soir, aka le Blade Runner Deckard.

Wallace ayant racheté et modelé Tyrell Corporation à son image, se dresse semble-t-il en adorateur d'un style de vie épuré. Tel un Amon-Ré, Dieu de la fertilité, il a pour objectif de repeupler la Galaxy toute entière de ses créations. Comme Tyrell avec Rachel, Wallace a un gout à la fois fasciné et désintéressé pour les femmes. Tantôt, la femme apparait en objet de perfection qu'il tente désespérément d'obtenir, de posséder allant jusqu'à les tuer mécaniquement (on voit bien que le temps et la résignation ont fini par effacer de son visage la moindre émotion).Tantôt, en assistante/avatar méthodique et cruelle - mais néanmoins émotive - telle que le personnage de Luv (Sylvia Hoeks), que Wallace considère comme un ange. Ce qui est intéressant, c'est qu'il est un personnage qui donne l'occasion à Villeneuve de se détacher de l'héritage Blade Runner et de faire avancer les questions inhérentes à la création des robots. Tyrell était brillant, réaliste, raisonné mais convaincu des limites imposées par la création - qu'il tenait en respect - avec laquelle il avait pris ses distances, là où Wallace semble investi d'un rôle divin qui le pousse toujours plus loin dans la recherche du modèle qu'il souhaite parfait.

C'est dans ce monde façonné par Wallace à l'équilibre fragile, une enquête va tout faire basculer. D'un côté le duo lieutenant Joshi (Robin Wright) / Officier K en acteurs de l'enquête, et le duo Wallace / Luv en fauteur de trouble forment un bel équilibre. Ce qui est intéressant et - pas forcément visible lors du premier visionnage - c'est combien ce duo se répond l'un à l'autre, autant par leur caractère que leur fonctionnement.

Joshi est une lieutenante humaine buvant un peu trop, est au bord de la rupture lorsqu'elle prend connaissance des premiers éléments de l'enquête sur laquelle travail l'agent K : une naissance inimaginable entre un homme et un robot. Elle comprend les retombées dramatiques que cela aurait sur cette société et souhaite prendre des mesures radicales pour enrayer la menace. A l'opposé de ce duo, ce tient Wallace - peut être Nexus lui aussi, on ne sait pas très bien - au discours philosophique bien arrêté, commente les émotions éprouvées par les humains et les robots. A ses côté Luv (Nexus 8), est celle qui incarne le bras armé d'un Wallace aveugle, ne pouvant voir le monde qu'aux travers de galets en lévitation. Luv n'est pas sans émotions - elle pleure, cris - au contraire de l'officier K . Alors que Joshi par empathie se projette dans de l'officier K rien de tel entre Wallace et Luv. Ce duo est presque un miroir déformant de l'autre. L'écriture des personnages est bonne. Un chassé-croisé intéressant. Je regrette peut-être que le développement de Joshi / Wallace ne soient pas assez poussés ou trop en retrait comparé aux deux autres cités plus haut. Cela va cependant dans le sens du film et de l'histoire, afin de mettre en avant les deux agents, et ainsi produire une confrontation entre les deux nexus 8. Cette confrontation permet de mettre en évidence la question sous-jacente révélé par l'intrigue, d'une génération de robots qui semble plus humaine que les humains eux même.

Une génération de robot qui dans l'ombre s'organise et souhaite s’émanciper en dépassant les clivages humain / robot, avec pour objectif final la reconnaissance, en faisant parti intégrante du monde des vivants. L'idée développé est puissante. En révélant lors de l'enquête que les "réplicants" Nexus 6 doués d'émotions, sont en mesure de dépasser les caractéristiques propres aux humains, à savoir la procréation, la barrière ultime du "vivant" vole en éclat. Le film ne se cantonne pas de nous dévoiler ce simple fait, cette capacité, ce "miracle" engendré par l'amour entre une réplicante (Rachel) et un humain (Deckard) ; mais en se jouant de nous, notamment avec cette double intrigue - la recherche de l'enfant et les questionnements de l'officier K - il nous pousse à la réflexion, sur ce qui fait de nous des êtres vivants plutôt que des robots ?

Ce thème contemporain a été mis en avant par anticipation dans le premier Blade Runner, avec une réflexion sur le "je" et la conscience de "soit" du robot, à une époque où la robotique en était encore à ses balbutiements ; question mainte fois traitée à cette époque-là, produite notamment à mesure que la technologie progresse, en partie par la peur d'un robot ; pouvant penser par lui-même, capable d'émotions, de remise en question, semblant humain, à tel point que cela puisse provoquer chez nous une forme d'empathie : elle même partagée par les robots et révélé pendant la mort de Roy dans les derniers instant du premier film Blade Runner. En pensant être l'enfant de cette union impensable, l'officier K se retrouve chamboulé au point de développer une forme d'humanité. Cette prise de conscience - pourtant basée sur un mensonge - va le faire passer d'un robot obéissant et sans histoire à un humain avec une cause à défendre. Sommes nous humains dès lors que s'émancipe des limites imposées ; quelles soient biologiques, idéologique ? Blade Runner 2049 a poussé la réflexion plus loin et apporte des éléments de réponses spécifiques à des problématiques de notre temps. Il n'y a plus de doute quant au fait que nous soyons capables de produire des robots suffisamment intelligents pour devenir autonome. Des robots remplaçant l'humain dans ses tâches et prendre des décisions plus ou moins stratégique dans nos sociétés; mais aussi des robots qui se mélangeront aux humains, qui par amour ou curiosité tentent de procréer. Comme les premiers Hommes - aux temps Préhistoriques - ont eux aussi et à multiples reprises, tenté, de se mélanger à d'autres espèces qui leur étaient contemporaines. Blade Runner 2049 met parfaitement en lumière ces questions-là, tout en prenant le soin de laisser des zones d'ombres nécessaire à l'imaginaire et la réflexion.

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