Plus blanche la neige ?

Avis sur Blanche-Neige et le Chasseur

Avatar Rémy Virtuel
Critique publiée par le

Par quel bout prendre la critique ?
Par les défauts du film qui n'en est pas exempt ou par ses qualités dont il n'est pas non plus orphelin ?

En préambule peut-être que je dois dire que j'ai vu le film quatre ans après sa sortie, c'est bien que je n'attendais pas ce film comme un messie dans les bois et je n'avais donc aucun préjugés : au pire ils étaient mauvais à cause de Kristen Stewart mais au mieux ils étaient bons grâce à Charlize Theron. C'est un film Netfix, c'est à dire pour moi un film du dimanche soir, il n'y a rien à la télé comme on lance un film random parce l'affiche à l'air sympa et que l'on n'a pas envie de trop réfléchir. Et mine de rien, l'état d'esprit que l'on a lorsque l'on va vers un film conditionne beaucoup sa réception.

Bref, revenons à Blanche Neige et le Chasseur, un film dont le scénario nous parle de Blanche Neige et de son Chasseur, il parle aussi de la méchante belle-mère qui tient le rôle central dans l'affiche mais pas dans le titre. Sans surprise, mais non sans plaisir, le film nous offre une relecture et une libre adaptation du conte de Blanche Neige. L'histoire proposée ici est bancale, pleine de trous, de bosses, d’ellipses invraisemblables et de trahisons ou de travestissements au conte d'origine, mais vous savez quoi ? On s'en fout. Et si on s'épargne le fait d'être un ayatollah de la vraisemblance et d'une hypothétique vérité narrative dans un conte de fait, on découvre une histoire très agréable à suivre qui navigue entre le conte, la relecture de Disney et une forme de low-fantasy. Cette façon très libre que l'histoire a de flirter d'un récit à l'autre en butinant à divers références c'est ce qui rend le visionnage du film très agréable parce qu'en tant que spectateur on s'amuse faire ce va et vient pour débusquer les liens de parenté et les aberrations entre les différentes versions du conte, c'est une posture inévitable qui rend le film très stimulant et cela même si la trame de cette histoire est branlante plus d'une fois.

Mais je voudrais en venir à ce qui est me semble t il le point fort du film, c'est sa photographie, ses images, ses lumières, son cadre, c'est du très bon travail. Et quand un film assure déjà sur ce point, la moitié du chemin est fait pour que l'on ai plaisir à regarder le film, même si les acteurs ou le scénarios sont imparfaits, le décor et sa mise en scène offrent une belle tranche de dépaysement et parviennent à donner une forme de souffle épique. Heureusement d'ailleurs que les images sont là, parce que le scénario peine à insuffler ce souffle de révolte et les acteurs, surtout Kristen Stewart, semblent totalement se désintéresser de cet enjeux. Mais bonjour la photographie, et bonjour les décors. Je disais plus haut que le film jongle sur différents registres qui sont autant de variation du conte, une forme de fantasy très simple, et que je range dans de la low-fantasy - mise à part la scène WTF dont je parlerai plus loin -, il va aussi dans une forme de "noirceur" et là je mets des guillemets parce qu'il y a dans les contes de fées, surtout si on revient aux origines et que l'on s'éloigne des versions populaire, un potentiel de noirceur très fort, les dimensions symboliques et psychanalytiques offrent de beaux morceaux de noir à celui qui veut regarder les contes en face. Malheureusement ce n'est pas dans cette direction que le film cherche la "noirceur" mais plus dans un aspect cosmétique et décoratif. Ce qui n'est qu'à moitié péjoratif dans le contexte de ma phrase, parce que l'obscure forêt où se perd Blanche Neige et qui tient le rôle du lieu noir et torturé est une belle réussite. Pour en revenir à la photographie du film, elle semble prendre l'option d'une forme de réalise cru, les lumières sont froides, presque mortes, elles lancent sur les landes une lueur blafarde qui éclaire tout sous un jour sans ambages. C'est assez curieux et assez marquant, beaucoup de scène, surtout en extérieur et en plan large donne dans ce registre réaliste qui cherche à ancrer une partie du film ni dans la fantasy ni dans la noirceur mais dans une vérité nue, austère, aride, boueuse, minérale qui tente de faire basculer Blanche Neige et le Chasseur dans une œuvre naturaliste. C'est volontiers excessif comme jugement, pourtant je trouve que ça fonctionne très bien et que ça aide à créer une forme d'incertitude des genres qui donne un aspect diffus mais trouble à ce film.

Même si je disais en préambule qu'en tant que spectateur on s'amuse volontiers à suivre le récit dans ses mutations du conte de fée, la force du film réside aussi dans le fait qu'il nous fait parfois oublier que nous sommes dans un conte de fée en nous mettant les pieds dans la boue. Au point que lorsque Blanche Neige et son chasseur se font faire prisonnier par des hommes de petites tailles il m'a fallu plusieurs minutes pour réaliser qu'ils étaient les sept nains du conte. Et cette force réside pour moi dans la photographie de ce film qui est une grande réussite.

Au niveau des acteurs nous avons là une panel très discutable de performance. Il y a Kristen Stewart qui fait du Kristen Stewart en toute circonstance, l’œil torve, la moue boudeuse et le cheveu noir. Les événements semblent glisser sur elle de façon identique qu'elle rencontre son amour d'enfance ou qu'elle mène l'assaut dans son armure brillante. C'est dommage, on peine à voir en elle une quelconque alter ego de la méchante marâtre. Et c'est bien dommage parce que de l'autre côté de l'équation féminine se trouve Charlize Theron donc dans le rôle de la belle-mère, méchante, cruelle, sorcière et névrosée. De son côté Charlize Theron en fait des tonnes, mais ça colle parfaitement au personnage, elle est outrée, outrancière, outrageuse, grotesque, baroque, folle, furieuse, épique, elle s'en donne à cœur joie et joue autant qu'elle jubile dans ses costumes d’apparat et sous les maquillages qui exagèrent ses états d'âmes. Mais quoi que l'on en dise, je n'en attendais pas moins d'une marâtre, que l'obsession narcissique à fait tomber dans la folie. Du côté des mâles les seconds rôles des nains sont plutôt bien trouvés et apportent un peu de fraîcheur, même s'ils sont de petite tailleur, logique ce sont des nains, qu'ils dansent et qu'ils chantent, ils s'éloignent doucement de la clic à Tolkien ce qui n'est pas pour me déranger. Mais surtout, sur l'affiche il y a Chris Hemsworth venu jouer un chasseur et qui pour l'occasion à troquer son marteau contre une hache. Je trouve qu'il peine à se départir du cliché du mauvais garçon en quête de rédemption, et lorsque le chasseur retrouve sa proie alias Blanche Neige, s'instaure un duo bad guy et pucelle candide des plus ridicule et des plus chiant.

On a donc avec ce film une histoire plutôt divertissante et amusante à suivre, portée par des acteurs aux performances relativement moyennes mais filmés dans des décors et avec une photographie aux petits oignons qui sert vraiment le film. On peut se demander quel a été l'impact et l'intérêt de Rupert Sanders l'homme aux commandes de ce film qui se trouve être son premier long métrage. Ce réalisateur est un parfait inconnu pour moi, je sais juste qu'il a fait quelques spots de pub avant de se retrouver là. Je pense que c'est à lui du coup que l'on doit les quelques scènes très clinquantes, très publicitaires en d'autres termes, comme celle où l'on peut admirer Charlize Theron nue qui se plonge dans un bain de lait (était-ce bien du lait ?), avant d'en ressortir totalement blanche comme si elle sortait d'un bac de peinture, le tout filmé de manière très esthétisante. Ce n'est pas désagréable comme plan, voir Charlize Theron dénudée à l'écran est toujours un plaisir, mais ces plans marquent une rupture très nette avec le reste de l'esthétique du film qui est plus naturalisante. Et c'est la parfaite transition pour vous parler de la fameuse scène WTF qui me semble être entièrement le fait de monsieur Rupert Sanders.

Ce scène se déroule dans la forêt merveilleuse (désolé si ce n'est pas le terme du film, je ne m'en souviens pas, mais il faut prendre cette forêt comme l'opposée de l'Obscure Forêt), une forêt pleine de fleurs, d’insectes merveilleux, de plantes colorées, de couleurs chatoyantes et de guimauves verdoyantes. Au petit matin notre Blanche Neige explore l'endroit, et on s'étonne de voir à l'écran de petites créatures humanoïdes blanches, fruit contre nature des sylvains, créatures de la forêt dans Princesse Mononoke et des Minimoys d’Arthur. A ce moment là on est seulement intrigué, mais quelques instants après, voilà que Blanche Neige fait face à un grand cerf blanc qui tient fièrement à la surface d'une petite marre. Un des nains qui assiste à la scène précise au chasseur qu'il s'agit du grand esprit de la nature, ou de la forêt, et que notre demoiselle est une élue. Qu'importe ce qu'ils disent d'ailleurs, parce qu'à ce moment là le spectateur averti et totalement abasourdi de se trouver nez à nez avec une scène de Princesse Mononoke. Je me disais, non, ce n'est pas possible, il n'a pas osé. Pourtant si, il a osé. Il reprend la scène presque plan pour plan. Ce n'est pas du plagiat, c'est de l'hommage je suis d'accord, mais ce mixe hallucinatoire de Blanche Neige et de Princesse Mononoke est très étrange. Ce qui me fait dire que ce n'est pas du plagiat, et que c'est bel et bien un hommage que Rupert Sanders fait de lui même témoignant ainsi de son amour et de sa connaissance de l'animation japonaise, c'est que ce réalisateur, pour son second long métrage, est aux commandes de l'adaptation live de Ghost in the shell avec Scarlett Johansson. Alors écoute moi bien mon bon Rupert Sanders, tu peux faire mumuse avec Blanche Neige autant que tu veux ça ne me dérange pas, en plus tu t'en es pas trop mal sorti. Mais attention à ce que tu fais de Ghost in the shell, parce que pour moi si Blanche Neige est un classique de la culture populaire, Ghost in the shell est un monument de la pop culture.

Voilà, je termine donc cette critique sur une note positive, si on laisse de côté les invraisemblances du scénario et que l'on se laisse prendre par sa volonté de divertissement, si on regarde la beauté minérale et crue de la mise en scène, des décors et des lumières qui portent une souffle puissant et que l'on oubli un peu la pauvre Kristen Stewart, alors on est devant un film vraiment agréable à regarder.

Ceci étant dit, avec cette marâtre incarnée avec outrance par Charlize Theron, je commence à voir s'esquisser un univers de jeu de rôle où les royaumes et les pouvoirs seraient détenues par des reines ou des sorcières déviantes. Un matriarcat corrompu par la sorcellerie tenue par des mains élégantes comme celle de Charlize Theron dans Blanche Neige et le Chasseur ou celle d'Angelina Joli dans Maléfique.

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