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Blanche-Neige et le Chasseur par AntoineRA

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Blanche-Neige et le Chasseur avait tout du film improbable. À son annonce, on se rappelait encore la catastrophique adaptation plus sombre du Petit Chaperon Rouge, démolie par les critiques. Alors qu'un inconnu (Rupert Sanders) revisite le classique qu'est Blanche-Neige, en incorporant plus d'action à travers le personnage du Chasseur, et avec Kristen "Bella" Stewart en tant que plus belle fille du royaume, ça a de quoi refroidir. Surtout que la sortie a lieu quelques mois après le burlesque Mirror Mirror, basé lui aussi sur le même conte. Néanmoins, au fur et à mesure que la production se développait, que de nouvelles images et vidéos apparaissaient, et surtout que l'univers choisi se révélait, le film a commencé a gagner son public, même parmi les premiers réfractaires. Pour cause, le côté visuel semblait travaillé, le ton loin d'un Disney, et puis avec Chris "Thor" Hemsworth et l'envoûtante Charlize Theron au casting, il y avait de quoi faire pencher la balance.

Pour cette œuvre, prenez le côté épopée fantastique d'un Seigneur des Anneaux, le monde fabuleux des premiers Narnia, ainsi qu'un bestiaire magique et l'aspect adulte des deux derniers films Harry Potter, et vous obtenez à peu près la palette des univers que Blanche-Neige et le Chasseur fait intervenir. L'atmosphère du film n'en est pas pour autant totalement éclipsée, et le long-métrage de Rupert parvient à conserver un certain charme. L'ambiance sombre, tirée du personnage de la Reine Ravenna donne lieu à des environnements dépouillés, menaçants et contraste habilement avec les paysages verdoyants et hauts en couleurs ravivés par Blanche-Neige. Les décors, en majorité réels, sont très bien rendus à l'écran et ce grâce au soin apporté à la photographie.

Les deux premiers tiers du film bénéficient ainsi de jolis plans, très aériens, et donnant ce côté plus mature au film. La réalisation se veut donc plutôt lente, mettant parfaitement en valeur ses sujets et nous laissant profiter d'une œuvre vraiment belle. Dans le dernier tiers, on perd toutefois cet esprit de contemplation pour des scènes essentiellement dynamiques, et une réalisation sans réelle saveur, bien plus classique. Car sur les séquences qui bougent, même si l'action est bien retranscrite, l'on aurait pu espérer meilleur travail du réalisateur au vu de ce qu'il présente dans un premier temps. D'ailleurs, pour les familiers de l'histoire de Blanche-Neige, même si la trame générale est suivie, avec quelques détours pour pimenter l'intrigue, le troisième arc risque bien de les faire crisser. En effet, le conte se transforme alors en une attaque de château, avec la belle en armure (!), simplement rajoutée pour avoir une dose d'action, finalement loin d'être indispensable. Toutefois, l'on peut noter que l'on ne nage pas dans les scènes niaises et cucul pendant deux heures. Il y a, parfois, quelques longueurs, et deux-trois dialogues un peu plus mielleux, et des moments prévisibles mais, dans l'ensemble, Rupert a réussi à conserver un ton juste et appréciable.

Le contraste entre les deux univers du film fait appel à de nombreux effets spéciaux, surtout avec l'emploi de diverses créatures (troll, flore enchantée, animaux merveilleux, ....). Toutes ces bêtes sont bien réalisées, parfaitement dans le ton assez onirique du film, même si les CGI sont souvent évidents - sans doute ce côté trop fabuleux. Du côté de la Reine, les effets sont plus cinglants et lugubres, comme des éclats de verre noir, les corbeaux, une armée sinistre, ou les vieillissements et rajeunissements successifs du visage de Theron. Du bon boulot. Mais l'effet le plus "classe" est assurément celui de "l'Homme Miroir", sorte de personnification liquide entièrement drapée d'or. Un effet qui m'a tout de suite rappelé le cinéma visuel de Tarsem Singh, au même titre que les costumes magnifiques attitrés à la Reine, ou la colorimétrie de certaines scènes avec des contrastes forts et teintes saturées.

Pour ce qui est de la bande-son, j'étais dubitatif sur James Newton Howard, par rapport à ses derniers travaux. Le compositeur m'a prouvé qu'il était encore capable d'abattre un excellent travail. Il est parvenu à conserver une harmonie et correspondance rares entre les pistes sonores et les scènes à l'écran. Tout concorde presque trop facilement. L'aventure dans les bois sombres se rapporte ainsi sur dissonances et bruitages angoissants, tandis que les orées féériques bénéficient d'un accompagnement merveilleux justement dosé. Tout le long, l'orchestre parvient à garder cette touche fantastique, sans trop en faire, et rythmer convenablement les actions jusqu'à la bataille finale, toute en percussions guerrières tonitruantes. Pour autant, James Newton Howard ne propose pas une musique des plus innovantes, mais on ne lui en demande pas plus que d'habiller correctement le visuel, et il le fait bien.

Contrairement aux acteurs qui, eux, ne sont pas tous convaincants. Commençons par les moins importants, les Nains. C'est marrant de retrouver des têtes d'acteurs connus sur des petits corps (Ian Mcshane, Nick Frost). Les Nains sont propices à apporter de l'humour dans un univers à la base assez sombre, donc s'ensuivent pas mal de petits gags, dits ou corporels. À noter qu'ils ne sont pas vraiment sept comme dans le conte d'ailleurs. Parmi cette bande de petits hommes, on navigue du jeu correct au pas très bon, en passant par le forcé. Peut-être, également, que leur miniaturisation extériorise davantage leurs expressions. Expressions que Sam Claflin (dans le rôle de William) a bien du mal à avoir justes ; le jeune homme est décidément peu crédible. Tandis que Chris Hemsworth agit plus par sa stature. Difficile de ne pas y voir Thor. Le personnage du Chasseur est toutefois bien rendu, peut-être un peu trop neutre sur les moments d'émotion. Sam Spruell joue très bien le frère méchant, mais son allure lui donne parfois l'air d'un simplet. Quant à Kristen Stewart, en Blanche-Neige, sa prestation est aussi irrégulière. Il est déjà difficile de la voir dans la peau de la belle princesse tant elle est constamment débraillée. Mais tout le début du film est bien joué de sa part ; assez facile puisqu'elle ne parle quasiment pas et erre le regard hébété. Par la suite, elle a plus de mal à garder un niveau juste, alors qu'elle doit passer par des sentiments de ravissement, de joie, de colère, elle peine à les transmettre au mieux. Surtout à la toute fin. Clôturons ce paragraphe avec la star du film, Charlize Theron, magistrale et envoûtante dans les habits de la Reine Ravenna. Elle se veut très démonstrative, à tel point qu'elle en devient, par moments, terrifiante au travers des ses expressions faciales.

Au final, Blanche-Neige et le Chasseur est un film plaisant, divertissant, qui parvient à recréer tout un imaginaire et un nouveau cheminement de l'intrigue autour du conte des frères Grimm. Par ailleurs, l'atmosphère, plus soignée qu'elle n'y paraît, ainsi que l'absence de niaiserie constante, permettent de passer outre les maladresses persistantes le temps du visionnage. Qui plus est, bien que ce long-métrage demeure classique pour son genre, il contentera assurément les amateurs de cinéma fantastique et, plus spécifiquement, de merveilleux.

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