La vie est un songe

Avis sur Blow-Up

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Blow up est un rêve brumeux, une horloge sans aiguilles ; tout se dilue dans l'oubli, rien ne dure.
C'est la présentation d'un monde libéré de vieilles entraves, de vieilles conventions, y compris la convention d'un cinéma porteur de sens, manifeste et explicite.

Dans un Londres en apesanteur,Thomas, un peu imposteur, règne sur ses modèles, comme un poisson dans l'eau, mais se sent menacé par l 'irréalité de sa vie, d'où la plongée en usine du début, à la recherche de ceux pour qui la vie est réelle, d'où ses mouvement brusques pour se secouer de l'apathie et de l'ennui des photos de mode.

Antonioni reste le cinéaste de l'opacité, il est celui qui présente le monde comme une énigme ouverte, un jeu de pistes incertain, sans pouvoir de persuasion, il n'impose rien, n'inflige rien, sauf l'ennui diront ses détracteurs.
L'apparente absence de sens, l'enquête vaguement oisive du photographe, tout n'est que brouillard, pointillisme,
abstraction, apathie, détachement ; Londres devient fantomatique, rien n'a de réalité, rien n'a réellement de sens, car à chaque seconde, ce monde irréel passe. Même la mort n'est plus certaine, comme ce corps qui disparaît un jour de vide dans un parc désert et sans sons.
L'enquête n'a plus de solution ; si la mort n'est plus là, la vie non plus, et les spectateurs des Yardbirds sont comme des mannequins immobiles et anesthésiés devant le bruit tranchant des guitares.

Blow Up serait presque un concept, un manifeste de l'irréalité, une toile de Rothko.

A la fin s'esquisse un sourire paisible sur le visage de Thomas, les mimes et leur partie de tennis ont peut-être tout compris, rien ne blesse pour ceux qui arrivent à se détacher et jouer la comédie. Un des mimes invite Thomas à faire partie du jeu, et celui ci, après un moment d'hésitation, accepte.

Pour chercher des membres de la même famille, il faut aller aller frapper à la porte d' "Accident" de Losey, ou de "Deep End" de Skolimowsky.

Blow Up n'est pas assez spectaculaire pour être qualifié du mot éclaboussant de chef d'oeuvre, c'est moins que ça mais bien plus ; c'est un objet hors du commun ; une sensation, un après midi pluvieux, un coup de vent, un jour étrange, une déclaration d'absence.

C'est une question sans réponse, ou bien une réponse en creux.

Incolore et essentiel comme l'eau.

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