Quand Galadriel rencontre Gollum

Avis sur Blue Jasmine

Avatar Orian Gissler
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Dès le départ, on sent que c’est un film du deuxième Woody le plus cool du monde, après le cow-boy de Toy Story (et le pivert de Tex Avery, ça se discute), parce qu’il y a un résumé aussi long sur le wikipédia français que sur le wikipédia anglais. J’ai toujours été fasciné par Woody Allen. Il est tout de même le seul réalisateur qui outrepasse aussi effrontément ses acteurs depuis trente ans. Il y a presque une sorte d’aveuglement malsain dans ce réflexe de penser que Woody Allen fait toujours des bons films, bien que ce ne soit pas le cas.

On va voir un film de Woody Allen. Point barre. Et même s’il y a Kate Winslet, euh Neve Campbell, bon, Galadriel dedans, c’est la même : Woody c’est ton père, et c’est lui qui tient la baraque tout seul comme un grand, désolé pour Carla Bruni qui a tenté de s’y frotter.

Il y a quelque chose de mystique dans les films de Woody Allen, qui forment, à la manière de l’œuvre de Zola, une sorte de paysage du monde contemporain au travers de ses mille et une facettes. Sa capacité de renouvellement est étonnante et c’est toujours avec surprise qu’on accueille un de ses films, finalement si proche et si loin des œuvres précédentes.

Blue Jasmine ne fait pas exception à la règle en nous contant une histoire assez basique, qui ne tient debout et ne force l’admiration que par la maestria des interprètes. Cate Blanchett est extraordinaire de souffrance et de tiraillements internes. Elle en ferait passer Gollum pour un boy-scout (j’ai hésité à filer la métaphore avec le Seigneur des Anneaux en hommage à mes deux voisins du train ce matin qui ont vu comme bon film récent Star Wars et le seigneur des anneaux). Je n’avais jamais considéré Cate comme une grande actrice, et c’est peut-être à tort. Sa performance est magnifique, je ne le soulignerai jamais assez. Ses perpétuels changements de vêtements, d’expression, de maquillage, au gré des flashbacks, donnent au récit une authenticité impossible à démentir.

Les autres acteurs ne sont pas en reste, Alec Baldwin dans un rôle somme toute classique pour lui, et la révélation d’un acteur habitué aux seconds rôles, Bobby Cannavale (qui joue dans « le gourou et les femmes » un de mes films préférés), dans le rôle de Chili, qui fut la plus belle surprise dans un rôle de loser au grand coeur. Comme souvent avec Woody, tout est très juste, et cette justesse donne une authenticité poignante aux divers drames qui se jouent en même temps.

Nous sommes donc happés une nouvelle fois dans la faiblesse de cette population de San Francisco, détestable au possible, ridicule au demeurant, mais honteusement attachante. La réalisation, faite de retours en arrière lointains et récents, est très vivante, très simple à suivre renforce l’intérêt poignant de l’intrigue principale et nous tient ainsi en allen. En quelque sorte, c’est GTA sans les voitures et les cartels mexicains, somme toute, qui se vit devant nos yeux.

Je ne sais pas s’il faut lire des messages cachés dans les films de Woody Allen, et je m’en tamponne royalement. Un beau film ne se mesure pas forcément aux messages qu’il véhicule mais à ce sentiment de plaisir mitigé de douleur qui nous étreint quand l’heure trente de tristesse et de joie est terminée.

La moralité : Comme souvent, les américains montrent que les films dramatiques dépendent avant tout de la qualité du réalisateur et des acteurs, et qu’il ne sert à rien de cumuler les grands noms et les effets spéciaux si c’est pour oublier la nature profonde du drame, à savoir la douleur qui doit réellement s’emparer des protagonistes.

La mention du critique : A Cate Blanchett, désolé de l’avoir déjà cité mais une redite s’impose. Sa performance est glorieusement phénoménalement abracadabrantesquement éblouissante. Elle est Jasmine. Elle est Blue Jasmine à elle seule. Cate, tous les célibataires du monde devraient faire une déclaration d’amour à ton égard.

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