« La chance, sa vieille maitresse, lui a fait oublier la raison pour laquelle il était là ».

Avis sur Bob le flambeur

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Festival Sens Critique 5/16.

Il n’est pas toujours aisé de déterminer dans quelle mesure un film, lorsqu’il rend un hommage passionné à ses modèles, est une pâle copie ou une œuvre à part entière.
Tout, dans ce film, fonctionne en effet sur l’archétype : le vieux joueur dont l’expérience fait force, le jeune premier aux passions imprudentes, la jeune femme fatale aux mœurs instables (Isabelle Corey, à l’étonnamment courte carrière, qui impose ici une belle présence, magnétique et faussement désabusée), le commissaire à la fois au trousses et complices du voyou à qui il doit la vie (leur relation donnant par ailleurs lieu à un repas décisif qui n’est pas sans faire penser à celui de légende qui aura lieu bien des décennies plus tard entre Pacino et De Niro dans Heat…) Aux personnages s’ajoute l’intrigue, celle d’un braquage préparé minutieusement, belle mécanique qui va fatalement se gripper, et la musique, un jazz habilement distillé qui habille l’atmosphère résolument américaine.

Mais Melville est malin. Cette même musique, assez abruptement coupée, n’est pas sans évoquer les interruptions d’un utilisateur compulsif d’une radio, et il en est de même des références qu’il convoque. Car à l’américanité ambiante s’accroche un ancrage profondément parisien, presque documentaire sur le Montmartre des années 50 : les rues, les bars, les cabarets dans lesquels se décident les prochains coups, les chambres d’hôtel où se diffusent les confidences…

Soucieux d’affirmer une véritable intégrité dans son traitement des thèmes, Melville instaure aussi le retour du coryphée dans sa tragédie moderne : la voix off, étonnante d’artificialité provoque autant le recul du spectateur qu’elle ajoute au charme général. En véritable cinéaste, il ne lésine pas non plus sur la forme. Si l’on peut se laisser séduire par un bon nombre de procédés (gros plans sur les regards, panoramiques encerclant les espaces et zooms insistants), la surenchère guette tout de même, notamment dans les transitions latérales qu’on retrouvera dans Star Wars et qui, déjà dans ces films, avaient le don de m’irriter.

Jusqu’à un certain point, l’évolution du récit allie cohérence et tension croissante. La préparation et les multiples grains de sable dans l’engrenage fonctionnent bien, notamment autour d’Anne, personnage désabusé et destructeur qui consomme et consume les hommes, de même que le retournement d’intrigue dans le dernier quart d’heure a de quoi séduire. On en regrettera d’autant plus les flottements manifestes du final, laissant notamment en plan le personnage féminin et s’achevant sur une pirouette un peu incongrue au regard de l’atmosphère qui se dessinait savamment jusqu’alors.

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