L'homme qui en voyait trop

Avis sur Body Double

Avatar Alexandre Burban
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La relation entre De Palma et Hitchcock a toujours été très visible. De Palma fait toujours, dès que l'occasion se présente, un clin d’œil au réalisateur que l'on peut considérer comme son père spirituel.
Cette porte ouverte étant enfoncée, il semble intéressant de remarquer qu'à travers Body Double, De Palma cherche à passer du statut d'élève à celui de cinéaste mature en préfigurant les thèmes qu'il va traiter plus tard dans sa filmographie.
En effet, les références à Hitchcock transpirent à travers ce métrage, il y en a partout. Toutes les séquences clés du film sont des hommages au réalisateur. L'action principale de l'intrigue, espionner son voisinage avec un télescope, c'est du Fenêtre sur cour. Un personnage prisonnier avec sa phobie et qui doit la surmonter s'il veut se sauver, Vertigo bien évidemment.

La jolie demoiselle au téléphone qui débat pour échapper au meurtrier, Le crime était presque parfait. Le fait même que le héros finisse avec une blonde fait aussi penser à du Hitchcock.

Le squelette même de l'histoire repose sur le postulat hitchcockien du faux-coupable, avec quelques différences. Contrairement à Hitchcock qui montre des personnages qui sont dans des sortes de fuites en avant pour prouver leur innocence, Body Double montre aussi le cheminement de ce qu'est une victime idéale. Le personnage principal c'est la proie. Une proie avec un comportement de prédateur (sexuel).

Avec ses parallèles et similitudes avec Hitchcock, De Palma nous montre aussi dans cette oeuvre une sorte de mutation vers ses travaux du futur. Mission impossible et Le Dahlia noir sont les exemples les plus frappants. Pour ce qui est de Mission impossible, on peut trouver deux anticipations du film qu'il sortira en 1996.

L'usage des masques pour induire le personnage en erreur en cherchant une personne qui n'existe pas. Mais aussi, la façon dont le personnage formalise le récit de la mort de Gloria aux enquêteurs. Le récit à l'oral est complété à l'écran. C'est repris dans Mission impossible quand Hunt ment au principal antagoniste du film mais la vérité nous est montré à l'image.

Pour Le Dahlia Noir les références sont moins dans la mise en scène que dans la conception de l'univers dans lequel les personnages évoluent. En effet, Body Double le préfigure sur deux plans.

Le fait que le personnage principal se rende compte qu'il est tombé sous le charme d'une doublure. A l'image de Bleichert qui trouve une Elizabeth Short de substitution dans la personne de Madeleine Sprague.

Mais le lecteur du livre d'Ellroy plus que le spectateur de l'adaptation de De Palma verra aussi l'intérêt marqué à la fois dans Le Dahlia Noir et Body Double pour l'univers de cinéma pour adultes. Si les deux univers se recoupent finalement assez peu et n'ont pas du tout le même traitement, il est intéressant de voir le vivier que cette industrie occupe et les influences que celles-ci peuvent avoir sur le personnage central.

Body Double est donc un film sur deux axes, un thriller au scénario et aux séquences très marquées par le travail d'Alfred Hitchcock, comme un élève recopiant un modèle. Mais, au delà du simple exercice de citation, il est aussi une sorte d'essai de ce que De Palma va développer dans les années 1990-2000.

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