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Avis sur Bohemian Rhapsody

Avatar Reverend-Z
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L'atmosphère vibrait comme si un cataclysme allait se déclencher, comme si un tsunami était sur le point de déferler sur le monde connu, comme si King Kong et Godzilla étaient en train de secouer le globe de leurs ébats.
-Ready Reverend ?
Le sémillant ecclésiastique passa une main dans ses cheveux soyeux, ajusta le col clergyman de sa chemise, fit quelques petits bonds sur place alors que les gros bras de la sécurité commençaient à écarter les rideaux et, fixant l'horizon bien au-dessus de la multitude en délire qui scandait son nom, se lança avec un sourire en coin.
-Comme jamais.

Il fallait bien y aller un jour non ?
Evidemment, tout le monde s'en doute je suis allé voir ce film, aussi impatient que dubitatif.
Mais je commence avec le plus important de tout : Gwylim Lee (en plus d'avoir un nom de chatouilles) est un Brian May parfait ! C'est sidérant. Voilà.
D'ailleurs ils sont tous bons ces acteurs, le casting est assez impressionnant, rien à redire à part qu'il s'agit là d'une très très bonne surprise, on s'habitue même à la prothèse dentaire de Rami Malek.

Sinon, assez vite pendant le film je me suis demandé quel était son but. Alors oui, reprendre historiquement et scrupuleusement tous les faits aurait été vain et inintéressant, oui, dans un biopic les anachronismes servent l'idée générale et n'ont pas une grande importance. Ceci dit, quand tout est vraiment très approximatif (quand ce n'est pas complètement mélangé), alors on se dit qu'on a plutôt assisté à une fanfic de Queen qu'autre chose.
Car si tout le propos est d'affirmer le dépassement de soi, le "Show must go on" et que la base même de ce message est fondée sur un mensonge (Mercury se savait condamné avant de se lancer dans le Live Aid essaie-t-on de nous faire croire) qu'en reste-t-il ?
Je me suis dit en allant le voir, "bon, ne sois pas chiant sur la chronologie ou les détails, le plus important ce n'est pas ça, si tu veux l'exactitude va lire un bouquin sur eux". Seulement, il ne s'agit plus là de détails, mais de ce qui est supposé constituer l'ossature de l'histoire.
En fait, systématiquement, les erreurs de chronologie interviennent quand ça arrange le propos du film, quitte à tordre la réalité avec la poigne d'un gorille. On apprend ainsi (avec une grimace incrédule et un haussement de sourcil) que :

-Freddie Mercury/Bulsara est devenu chanteur du groupe par hasard en remplacement d'un Staffell qu'il ne connaissait pas : la providence.
-Le groupe s'est reformé pour le Live Aid sinon c'était fini et qu'il n'avait plus enregistré ensemble depuis Hot Space : la réconciliation miraculeuse.
-Il a par l'occasion décidé de signer tous ses morceaux en collectif dès cette date : l'union fait la force.
-Freddie a été le premier membre du groupe à se la jouer solo : le génie égoïste.
-Queen a tourné à Rio dans les années 70 pas en 85 du tout : l'émotion.
-We Will Rock You a été enregistré dans les années 80 par un Mercury moustachu (et on sait que je ne plaisante pas avec la moustache) : l'iconographie.

Il y en a d'autres.
Par ailleurs, certes, les reconstitutions sont saisissantes, mais, si j'avais envie de voir le Live Aid en sa quasi intégralité, alors je pouvais...regarder le Live Aid. J'ai du mal à vraiment saisir l'intérêt de ces scènes pourtant fort bien rendues à l'écran (et le travail sur le son est magnifique).

Oh, je ne joue pas les offusqués, il y a des choses que j'ai aimées, la création de la chanson titre dans ce studio campagnard est vraiment très drôle par exemple. On a droit à des répliques vraiment très bien senties et encore une fois une interprétation de haut vol. Les vannes sur I'm in Love With my Car et ses métaphores balourdes font mouche pour qui connaît un peu. Mais pour moi, impossible de penser autre chose tout le long du film qu'on a voulu nous montrer une version édulcorée collant à peu près à la légende, avec la menace des survivants du groupe à la supervision si jamais on écornait un peu trop le mythe et avec le cahier des charges dont l'objectif principal est de caser le Best Of du groupe sous n'importe quel prétexte. On n'échappe ainsi jamais au schéma en cloche de tout biopic téléfilmé de base, ni à ce cliché imbuvable du morceau qui naît instantanément d'une réplique ou d'un gratouillage de basse pour devenir le hit que tout le monde connaît. Les répliques en forme de slogan ou de sentences se multiplient dans un bain convenu, si bien qu'on finit par se dire que ce film pourrait bien parler de n'importe quel groupe.
Je ne vais pas entrer non plus dans une analyse détaillée de la façon étrange dont est traitée l'orientation sexuelle du chanteur, quasiment assimilée à tout ce qui constitue sa part sombre, à la même hauteur que ses abus de substances diverses tout en n'étant pas vraiment abordée franchement.
La Diva de Queen, sulfureuse, flamboyante, réservée et extravagante tout à la fois aurait mérité un film un peu moins lisse, un peu moins consensuel, un peu moins destiné à vendre des palettes du traditionnel album annuel du groupe comportant des ̶f̶o̶n̶d̶s̶ ̶d̶e̶ ̶t̶i̶r̶o̶i̶r̶ inédits. Peut être que si le film était allé jusqu'aux derniers instants du chanteur on aurait crié au tire-larmes, mais savoir que les derniers morceaux du groupe ont été interprétés par un homme se tirant péniblement de son lit d'hôpital n'a rien d'anodin et le message du "Show Must Go On" aurait pu trouver là une expression plus extrême et plus authentique que dans la façon artificielle livrée par le film. Après tout, quitte à le jouer de façon théâtrale autant le faire jusqu'au bout.

P.S. : Si vous souhaitez suivre une jolie histoire en lien avec Queen et son chanteur présentée de façon à la fois intimiste et flamboyante, je vous conseille la BD Freddie et Moi de Mike Dawson, l'un des plus beaux hommages qui soient.

P.P.S. : Bonus gratuit (pas cher donc), les titres écartés pour ce texte.

I sometimes wish I'd never been born at all
The Cowboy Song
Love me 14 times
Movember
Little high, little low.
Freddie's Stuff.
De Staffel au Coq, la genèse de Queen.

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