Who the f**k is Galileo?

Avis sur Bohemian Rhapsody

Avatar Billy Joe
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Faire un film sur un groupe ou un artiste quel qu'il soit, est un exercice forcément toujours casse-gueule. Surtout dans le cas présent, où vous vous attaquez à rien de moins qu'une des formations rock les plus mythiques du XXe siècle.
On se souvient qu'Oliver Stone, en 1991, avait rencontré un grand succès avec le film des Doors, en partie parce que Val Kilmer avait séduit les ados rebelles de l'époque, en incarnant un Jim Morrison plus destroy que jamais. Et pourtant, le film avait été aussi largement critiqué par les "vrais" fans, ou du moins, par les plus exigeants.
Avec Bohemian Rhapsody, maintes fois repoussé et attendu de longue date, le constat pourrait bien être le même.

On ne présente plus Queen, et encore moins son légendaire chanteur, Freddie Mercury! Allons donc directement à l'essentiel.
Bryan Singer, le réalisateur, va commencer par faire un "non-choix" pour ce film, puisqu'il décide à la fois de retracer (dans les grandes lignes), l'histoire du groupe, mais consacre également une bonne partie de son oeuvre à accompagner l'emblématique chanteur dans une sphère plus privée.
Inévitablement, en un peu plus de 2h, il est difficile d'être un tant soit peu exhaustif.
Ainsi, le film effectue de gros raccourcis sur la formation du groupe au début des années 70 et se termine sur le concert du Live Aid en 1985, comme s'il avait été son dernier, ignorant royalement les pourtant essentiels Wembley et Knebworth 86.
D'une manière générale, ce n'est pas tant les "oublis" nécessaires qui pourront déranger que l'inexactitude de nombreux faits relatés dans le film. Certains sont des détails, d'autres moins.
On peut donc se demander si ces "pirouettes" étaient réellement nécessaires au script ou si "certains" ont voulu, pour une raison ou une autre, réécrire l'histoire du groupe. Quand on connait l'implication de Brian May et Roger Taylor dans l'écriture et la conception du film, il y a de quoi se poser quelques questions.

Plus dérangeant, le traitement de Mercury peut laisser perplexe. La manière de sous-entendre son homosexualité dans la première partie du film est vraiment grossière (l'échange de regards, avec le routier qui va aux toilettes sur une aire d'autoroute, au secours!), tout comme laisser entendre qu'il s'en cachait jusque dans les années 80, ce qui n'est pas vrai.
Plus généralement, le personnage de Mercury est dépeint de manière assez consensuel. On cherche à montrer son incapacité à rester seul, ses extravagances ou encore le tabou de ses origines, certes, mais c'est souvent traduit de manière assez édulcorée...ou franchement maladroite. Sans parler qu'on ignore sciemment sa consommation de drogue par exemple (on montre juste les bouteilles d'alcool sur la table, c'est probablement plus acceptable).
Rappelons qu'en 2013, Sacha Baron Cohen, qui devait initialement tenir le rôle de Mercury, avait décidé de jeter l'éponge, agacé par ce qu'on lui demandait de passer sous silence. En voyant le film, on comprend mieux sa décision.

Qu'à cela ne tienne, Bohemian Rhapsody n'est pas si vilain pour autant.
Déjà, impossible de ne pas parler du casting, assez incroyable, il faut bien le reconnaître. Les membres du groupe sont vraiment bluffants, avec en tête, Gwilym Lee en Brian May plus vrai que le vrai! Sur ce point, hormis la prothèse dentaire un peu too much de Rami Malek, le film fait très fort.
Plus généralement, on ne peut que souligner le souci du détail de la réalisation, avec en point d'orgue, la reproduction (partielle) du concert du Live Aid, qui est vraiment remarquable. Ce moment viendra d'ailleurs compenser le fait que jusque là, aucune chanson n'avait été montrée en entier.

Il y a plusieurs manières d'aller voir Bohemian Rhapsody et cela influencera nécessairement votre ressenti.
SI vous y allez juste pour prendre votre dose de Queen sur des grosses enceintes, alors oui, il y a des chances que vous ne boudiez pas votre plaisir. Rien que l'intro du film, accompagnée par l'extraordinaire "Somebody to Love", devrait suffire à vous coller quelques frissons.
Néanmoins, si votre intérêt, voire votre passion pour Queen va au-delà, si vous attendiez une oeuvre plus introspective et sincère, qui n'élude rien, alors vous risquez de vous agacer de l'absence d'aspects essentiels de la vie du groupe (notamment des toutes dernières années déjà, qui n'ont pourtant pas été qu'un petit détail) et devant de nombreux passages du film lissés ou transformés de manière douteuse. Dans ce cas, mieux vaut peut-être se contenter des documentaires et biographies de qualité et indépendants, qui existent déjà sur le sujet.

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