Pire merde de l'année

Avis sur Bohemian Rhapsody

Avatar Baybrick
Critique publiée par le

C'est incroyable à quel point un étron peut changer tes perceptions. Je ne crois pas au concept d'âme mais je pense que celle de Freddie Mercury a été souillée, et sans protection...

Ce film m'a à la fois mis en colère et m'a même gêné, il n'y a rien dans ce film, c'est le néant, ce n'est qu'une fiche Wikipédia, un machin formaté, quelque chose que tu oublie dans l'instantané, un film carrément révisionniste, rien à voir avec la figure que fut Freddie Mercury.

Personnage éminemment ambigu, si ce n'est subversif, complètement déphasé des normes. Rien de tout ça n'est traité, et même musicalement rien n'est traité. Ce qui est dingue c'est que ça enchaine plein de séquences, pleins de séquences "obligées", et elle ne sont jamais traitées dans leur complétude, de telle sorte qu'elle soit pertinente ou cinématographique, le rien tout simplement !

Tout est factice, vulgaire, cette photographie surexposée dégueulasse qui se veut être une photographie d'époque, alors qu'elle n'est que la résultante d'un film qui a surement du couter une blinde en effets et retouches numériques inutiles (en témoigne ces travellings blindés d'effets spéciaux laids lors de la phase finale, plus du jeu vidéo que du cinéma), cette absence de pudeur, d'ambiguïté retranscrit par ces gros plans, ces ralentis indécents, ce didactisme absolu, c'est vraiment insultant.

Le film ne sert tellement à rien, tu sens le machin formaté pour les récompenses, Rami Malek et sa prothèse exubérante et la caméra qui s'attarde sur le fait qu'il recopie bien des mimiques et qu'il ressemble à Freddie Mercury, une structure en flashback, et cette désagréable sensation de rapidité durant toutes les séquences ou j'ai appris que Delhia c'était le non d'un des chat de Mercury, on se demande ou est le cinéma dans tout ça ?

Pour être plus précis, on a pour chaque morceau emblématique du groupe une séquence qui nous explique l'origine du morceau, et ça ne va pas plus loin que l'anecdote, la création du morceau Bohemian Rhapsody me semblait très importante et j'ai l'impression que la séquence de Wayne's World que pourtant je déteste respecte plus ce morceau, déjà la séquence ne dure pas la durée du morceau (et d'ailleurs ils seront tous coupés pour en rentrer le plus, dans une logique de best-of de clip), j'aurais aimé une longue séquence, ou tu ressent la complexité du morceau, son aspect opéra, ça me semble trop facile, éludé, irréaliste même, je ne ressent pas d'intensité, c'est juste monté comme un clip, il n'y a aucun intérêt, au lieu de manger à tout les râteliers et de raconter toute l'histoire (et encore) c'est plus intéressant en tant qu'hommage à Queen et par amour du cinéma de faire un film d'une heure trente et en huit clos sur la création de ce morceau, mais ça ne permet pas de flatter le fan basique de Queen, de refaire des ventes, le but est d'être consensuel pas intense...

Et non seulement c'est un biopic basique, mais c'est un biopic qui fait l'impasse sur toute ambiguïté lié à ce qu'il raconte, que cela soit la bisexualité, le travestissement, le SIDA, les origines culturelles de Freddie Mercury, c'est à dire tout ce qui peut être clivant et donc potentiellement intéressant. Je ne crois et me fout de toutes les situations, je m'en suis mis à imaginer quelle puissance une lente agonie avec ce qui semble un grand amour (en tout cas ici ça fait juste figure de présence) à ces côtés, sans musique, juste d'un réalisme éprouvant, aurait t'on pu retranscrire de la mort de Freddie Mercury, qui me semble bien toucha une génération à l'époque, et fut enclin à susciter pas mal de question sur le SIDA.

Même Philadelphia, tout consensuel soit t'il a la décence de réellement traiter le SIDA, il le fait mal, mais au moins il fait quelque chose...

J'ai même passé un meilleur moment devant Venom ou Halloween, ça ne m'a rien apporté, même pas de la moquerie, en plus j'étais gêné d'entendre toute la salle rigoler à des blagues qui n'en sont pas (et qui n'ont pas grand chose à foutre là, ou alors tu traite aussi réellement le drame), je me suis rarement senti en déphase aussi grande avec le monde qui m'entoure, même une soirée avec de kékés me fait moins de mal.

Et je ne peux même pas espérer que l'imposture Singer soit démasquée, c'est encore plus triste...

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