Pas une catastrophe, pas un grand film

Avis sur Bohemian Rhapsody

Avatar Nicolas_Mudry
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Il serait assez naïf de tomber intégralement sous le charme de Bohemian Rhapsody, bien que la séquence finale provoque une certaine émotion. Il serait naïf de croire que l'on a face à nous un biopic réussi sous la seule satisfaction d'un acteur porté par la grâce. Mais il serait injuste de descendre un film qui, s'il possède des défauts indéniables, n'est pas une honte industrielle pour l'industrie cinématographique.

Il devient alors difficile de parler de Bohemian Rhapsody parce qu'il devient difficile de définir un entre-deux. Le miracle est d'ailleurs d'abord que le film ait réussi à sortir après des années interminables et calamiteuses où les portes claquées par les producteurs, réalisateurs et acteurs devenaient le rythme effréné d'un biopic peu commun: raconter une partie de la vie d'une légende, Freddie Mercury. Tout le monde a déjà entendu une musique de Queen mais tout le monde n'est pas fan de Queen. Le but pour les membres encore restants du groupe était finalement de ne pas attirer seulement les fans du groupe, mais tous les publics, ce qu'ils sont sans doute parvenus à faire, le film cartonnant au box-office mondiale. Mais à quel prix ? Au prix non seulement d'une véracité historique pas toujours respectée mais qui a pourtant un impact important sur le long-métrage afin de l'adapter aux codes très classiques du biopic, mais aussi au prix d'une technique balancée par la fenêtre. Le lissage de la vie de Freddie Mercury, personnage complexe pourtant, ne veut absolument pas oublier la sexualité du chanteur en l'abordant de manière gênante et inachevée et se sent bizarrement obligé d'évoquer la maladie de ce dernier alors que lui-même n'en fut au courant qu'après le fameux concert Live Aid qui est pourtant le point final de l'oeuvre cinématographique. On regrette que la réalisation, si compliquée en coulisses, ne soit pas à la hauteur, se contentant de filmer plus que de proposer une véritable vision. Et pourtant...

Et pourtant tout n'est pas à jeter dans Bohemian Rhapsody. Le film fait un réveil très spectaculaire dans les vingt dernières minutes et par moments, assez rares mais présents, pendant le film. Le montage sonore y est pour beaucoup, parvenant à introduire les meilleurs tubes de Queen au bon moment. Au final, la musique du groupe parvient à relever le film qui s'appuie un peu trop dessus. Tout semblait fixé à l'avance, satisfaisant tout le monde, surtout les fans de Queen. Est-ce pourtant un bel hommage à Freddie Mercury ? Oui. Ce n'est peut-être pas la plus belle déclaration d'amour au cinéma, mais c'est pourtant un bon moment de cinéma, un bon divertissement qui se laisse regarder facilement. On n'est pas devant la honte que nous avait laissé penser certaines critiques. Certes, on n'a pas le chef d'oeuvre du siècle mais Bohemian Rhapsody sait aussi ne pas se prendre comme tel, avançant sans prétentions (sans véritables idées aussi faut-il le dire) et n'essayant pas de se prendre la tête afin de rassembler un public autour d'une oeuvre familiale. Louable ? Peut-être pas. Mais c'est défendable dans le sens où l'art cinématographique ne tente pas de prendre tout le devant de la scène pour laisser s'exprimer l'art musical indélébile qu'a apporté le groupe. La réussite du film se situe également dans la façon dont le scénario tente d'intégrer les trois autres membres du groupe qui, sans avoir bien évidemment l'aura de Freddie Mercury, sont également Queen et qu'aucun membre du groupe n'a avancé l'un sans l'autre, ce que semble adopter le film dans sa conclusion, bien que l'avant concert Live Aid soit remodelé pour bien nous le faire comprendre. Aussi est-il surprenant de se délecter de Radio Ga Ga dans cette fameuse performance finale gravée pour l'éternité, sans pour autant avoir la construction de ce son légendaire sortie en 1984, année pendant laquelle le scénario place Freddie Mercury à Munich. Peu importe, on ne sera finalement pas trop tatillon avec cette vérité historique, tous les biopics s'arrangent pour offrir une histoire qui marchera.

Le véritable argument qui nous permet de ne pas descendre et détruire le film est son acteur principal, dont on oublierait presque le nom tellement le mimétisme avec la légende est réussi, atteignant son apogée lors de la scène finale mémorable et frissonnante qui permet au long-métrage de ne pas sombrer. Cela a bien valu deux heures d'attente. Les personnages sont par ailleurs dans l'ensemble assez attachants. Rami Malek parvient cependant à emporter les foules grâce à sa performance qui reste la principale force de Bohemian Rhapsody. Bien qu'il ne chante pas, ce qui paraît normal, sa capacité à mimer le chanteur est incroyable, forçant l'admiration face à un tel travail. On parle d'un Oscar, peut-être que la qualité du film l'en empêchera. Mais à coup sûr, pendant deux heures et quinze minutes, il est parvenu à faire revivre Freddie Mercury et pendant cette séquence finale, on avait même l'impression qu'il était là devant nous. Sans un pathos vulgaire, le film parvenait à enfin sortir une véritable émotion, comme si nous assistions à la résurrection d'une légende. C'est en se rappelant qu'il n'était plus là et en revoyant ses scènes sous le prisme d'une reconstitution que l'on se souvenait finalement ce que le monde de la musique avait perdu en 1991. Bohemian Rhapsody, en ce sens, remporte son pari, au détriment peut-être d'une véritable expérience cinématographique, tournant presque au documentaire dans sa façon de raconter les choses, mais recréant parfaitement l'univers de Queen et de son chanteur.

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