"Fake news" et taxidermie

Avis sur Bohemian Rhapsody

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Jamais été un grand fan de Queen, je rentre dans ce film sans attente particulière et suite à un bouche-à-oreille globalement positif.

Dès le départ, ça sent pas bon. L'image est lourdement retravaillée et vire à un petit sépia shiny assez dégueu et faisant écho (j'imagine) à une forme d'imagerie collective censée illustrer les années 60-70.
Fort inutile, fort moche, fort appuyé, ce vaste travail de calibrage chromatique donne à l'ensemble du film un espèce de style bizarre très désagréable. Entre le conte de fée londonien et la chronique pailletée d'un groupe de rock qui aime les gens... Chelou.
On ajoute les retranscriptions physiques, capillaires, dentaires et bim on obtient un espèce d'hommage foireux, gras, lourd comme une brique et atrocement indélicat.
Ou comment enfermer Queen et son leader charismatique dans un gros bloc de formol bien compact.

Pour le reste, pas grand choses à signaler si ce n'est une grosse partie du film dans laquelle on vise ostensiblement à vous faire pleurer à chaudes larmes.
Des méthodes de goujat, énervantes, totalement inefficaces et navrantes au possible.
Et que je me sépare de mon âme-soeur, et que je fais des câlins à mon papa d'amour qui me détestait avant-hier, et que je fais des clins d'oeil à ma maman qui me regarde à la télé, et que je chante tellement bien que j'épate tout le monde. Lourd, lourdissime, lourd-dingue !

Le pire est de découvrir a posteriori du visionnage qu'une bonne part des éléments relatés dans ce "biopic" relèvent de la pure fiction.
Le rôle de Paul l'assistant, la chronologie des évènements, la supposé séparation du groupe, la carrière solo de Freddie Mercury sont autant d'éléments qui structurent le récit du film et qui sont pourtant totalement faux.
On comprend alors le sens du film.
Celui-ci n'est rien de plus qu'une vaste entreprise de mythification grossière.
On comprend du même coup la sur-utilisation du calibrage chromatique sépia dégueu. Celui-ci appuie lourdement le côté 'fable'. Dessine un film au passé. Fige l'histoire.
Et tant pis s'il faut s'arranger avec la réalité. Tant pis s'il faut y ajouter des coïncidences outrageantes.
L'important c'est d'inscrire un destin. Même si celui-ci n'est pas tout à fait exact, il s'agit avant tout de cristalliser Queen et Freddy. D'empailler le groupe.

Tout ça sur des relents ambigus de rédemption nécessaire pour l'ami Freddy dès lors qu'il se sait atteint du SIDA. Toute la dernière partie du film est maculée d'une morale très douteuse figurant la maladie comme un inévitable châtiment, permettant à Monsieur Mercury de revenir dans le droit chemin suite à quelques années d'une vie délurée. Disgrâce du bon sentiment. Succession de séquences terriblement moralisatrices et a minima sujettes à caution.

Un film indigne, un film fake news !

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