Paki, rock and roll

Avis sur Bohemian Rhapsody

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Haa les biopics.

L'intrigue est bien pauvre ; l'histoire consiste en une série d'anecdotes, tournant souvent autour de la création musicale, mais les enjeux sont un peu flous, on sait pas trop de quoi on nous parle exactement. Parce que niveau personnage c'est pas terrible non plus, on ne connaît pas trop ce Freddie, hormis le fait qu'il est un peu mégalo, prétentieux, arrogant, égocentrique, égoïste, ... ça fait beaucoup de choses alors forcément rien n'est vraiment approfondi et chaque fois qu'un trait de caractère est exploité, ça paraît forcé, genre c'est LA scène où il est arrogant, LA scène où il est hautain, ... les secondaires, c'est encore pire, on ne saura rien d'eux, ce sont de simples faire valoir, à part peut-être les personnages de Taylor et May (le pire, c'est la petite amie pour laquelle on ne nous donne jamais l'occasion de comprendre en quoi elle es si exceptionnelle, en quoi elle est si importante aux yeux de Freddie, ce qu'elle lui apporte réellement).

Le traitement politiquement correct et lisse est assez lamentable ; oui on nous monte que Freddie pouvait être vache, qu'il a toujours été un peu hautain, mais il était plus culotté qu'arrogant... ce n'est que lors de sa relation avec son pote moustachu que son comportement est devenu négatif, d'ailleurs il redeviendra une bonne personne sitôt l'indésirable viré de chez lui comme un malpropre... du coup, on n'a pas l'impression que Freddie ait pu être 'méchant', ce n'était pas lui, il était manipulé (comme a été manipulé le manager viré du groupe et de la limousine). Il est amusant de constater que la relation avec le nouvel amant à la fin paraît plus platonique... mon analyse va sans doute trop loin, il n'empêche que, si on nous montre enfin des hommes s'embrasser, ça paraît encore trop osé de montrer qu'ils peuvent avoir des relations sexuelles... (la relation avec le premier amant paraît bien plus charnelle, même; si on ne voit pas de sexe, il y a des allusions, une proposition indécente... et puis le second amant, c'est quand même celui qui refusera les avances indécentes de Freddie, comme pour dire qu'il n'est pas là pour le sexe mais l'amour). Mais bon je digresse... (en plus, j'ai l'impression de dire ce que je ne dis pas forcément ; en soi, chacun pense ce qu'il veut, ça ne me dérange pas de regarder un film pro ou anti-gay, tant que c'est bien construit, ce qui me gêne, c'est que la prise de position me paraît ici floue ou bien hypocrite, pas pleinement assumée ni approfondie en tous cas).

L'intrigue est donc assez faible car on ne sait pas où on va. Les conflits sont peu nombreux donc on s'ennuie. Il y a bien quelques idées sympathiques, des moments qui fonctionnent, comme cette communication avec le public qui se termine par un chant en écho avec le public. Mais c'est décousu. Et c'est con parce que parmi tous les sujets abordés, on en trouve facilement qui auraient mérité un traitement ; après l'enregistrement du premier disque, je me suis dit que ça aurait dû être le film, se concentrer sur la fabrication d'un album : ç'aurait été bourré de conflits, on aurait eu un objectif et on en aurait appris bien plus sur chaque membre du groupe (d'ailleurs je trouve ça contradictoire qu'une des conclusions du film est qu'il faut voir Queen comme un groupe et non comme the Freddie Mercury's band alors que le film est essentiellement axé sur le chanteur) ; le film aurait eu une forme plus documentaire, mais ça aurait pu être chouette et surtout mieux structuré, plus approfondi (parce que bon, parfois, on a l'impression d'être dans une adaptation de page wikipédia, quand on apprend qu'il adorait les chats ou bien quel était son vrai nom).

La gestion du temps est maladroite : on ne ressent pas le temps qui passe hormis dans le changement de coupes de cheveux et de fringues (et les petites pancartes indiquant la date). Et encore... tout pourrait se passer en 2 ans. Pas assez repères temporels, mais c'est surtout le fait qu'on navigue dans le flou qui fait qu'on ne sait pas quand on est... seuls les fans qui connaissent bien la discographie du groupe saura se resituer parfaitement. Et puis, beaucoup trop de choses sont mises de côté ; puisque tout le film est rempli d'anecdotes, on ne comprend pas pourquoi on ne passe pas de temps sur la conception de Hot Space, The works, Innuendo, du duo avec Bowie, de sa rencontre avec Montserrat Caballé, ...

Autre chose étrange... le film est rempli d'anecdotes... et des trucs apparemment faux. Je ne comprends donc pas trop la démarche. En soi, je suis pour le fait qu'on se réapproprie le matériau, qu'on triche avec la réalité, même dans une histoire inspirée d'un fait réel ou d'une vraie personne... mais ici, ce n'est clairement pas assumé ; en plus je comprends ces choix, ce sont des moments exagérés afin d'amener plus de tension... mais pourquoi jouer la carte de la dramaturgie quand de toutes façons le film entier est plat et consiste en une série d'anecdotes?

La mise en scène est correcte ; on trouve quelques idées visuelles sympas. Les scènes sont souvent vite expédiées à cause de l'écriture, du coup, certaines idées visuelles paraissent gratuites car elles surgissent l'espace d'un instant et sont tout aussi vite oubliées. Parfois le montage s'accélère un peu et l'idée visuelle s'en trouve gâchée, comme le jeu de pieds au sol par exemple ou l'intro... mais de manière générale, on peut quand même dire que l montage paraît correct, on ne se sent pas trop pressé (comme par exemple dans la longue mise en place de "The Dark Knight").

Les morceaux sont chouettes... mais j'avoue que ça m'a paru gratuit et qu'il m'a manqué des morceaux d'époque pour resituer peut-être les influences mais aussi pour prendre de la distance avec le sujet afin de mieux y revenir par après. Les interprétations sont correctes ; pas de vrai chant pour Rami Malek donc, quelques effets de mixage pour créer ces lives ; les acteurs secondaires jouent bien. Rami Malek propose ici le jeu typique pour choper un oscar ; la caméra est tellement axée sur la mimésis des tiques de Freddie que ça en devient grotesque, comme regarde un singe tirer la langue... pas mon truc ! Je préfère les interprétations simples à la Clint, ce qui n'empêche pas quelques subtilités. Ça ne m'empêche pas d'apprécier le travail de Daniel Day Lewis par exemple, mais le bougre absorbe tellement les manières de ses personnages que ça paraît naturel et puis il faut voir aussi comment il est filmé (parce qu'il m'est aussi paru ridicule dans certains films).

Bref, ce biopic est bien naze. Dommage que nous n'ayons pas pu voir la version de Frears avec l'ami Borat !

PS : ha oui, pour en revenir aux analyses bien nulles comme j'en ai fait plus haut, je trouve ça marrant aussi d'amener le pardon par la déclaration de maladie du héros. Le pire c'est que c'est vrai, on pardonne plus facilement quand quelqu'un va mourir. Peut-être que si Kevin Spacey avait dit qu'il avait contracté le sida plutôt que de simplement dire qu'il est gay, peut-être qu'il aurait trouvé le pardon. Ou pas.

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