La ballade sensuelle et sauvage de deux amants magnifiques

Avis sur Bonnie et Clyde

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Ce mois de novembre est pauvre en sorties cinés stimulantes, alors autant se replonger devant de vieux classiques américains. Bonnie & Clyde fait parti de ces œuvres qui ont bercé mon enfance, dont certaines images me sont restées en mémoire. 49 ans plus tard, que reste-t'il du duo glamour Faye Dunaway et Warren Beatty, mais surtout a-t'il bien vieilli.

Nous sommes en 1930 en pleine grande dépression. Clyde Barrow (Warren Beatty) vient de sortir de prison et tente d'emprunter la voiture de la mère de Bonnie Parker (Faye Dunaway). Dès que leurs regards se croisent, on sent le coup de foudre qui va se transformer en une relation passionnelle et intense. A la vue de son arme, elle en caresse le canon, un geste érotique qui va enflammer l'esprit du jeune homme prêt à toutes folies pour combler sa dulcinée. Ils vont devenir un duo de braqueurs célèbre et devenir populaire auprès des gens voyant leurs vies brisées par les banques et leurs sbires.

De 1930 à 2016, le monde n'a pas vraiment changer. Ce qui est intéressant dans le fait de revoir de vieux films, c'est de voir l'évolution de notre civilisation. D'un point de vue technologique, les avancées sont gigantesques. Par contre, humainement, on est resté à l'âge de pierre. On retrouve les mêmes problématiques avec la pauvreté poussant l'homme à basculer dans l'illicite où à soutenir ceux qui se lèvent face au système, même s'ils font couler le sang. A force d'être acculé, l'être humain n'a plus envie de faire la part des choses et tout ce qu'ils voient ce sont ceux qui s'enrichissent, alors qu'il a du mal à nourrir sa famille et voit sa maison; symbolisant le travail de toute une vie; être saisie par la banque, le symbole d'un capitalisme déjà bien présent avant l'ère Reaganienne.
Plus étonnant, c'est la médiatisation des "exploits" de Bonnie & Clyde. Les journaux relatent leurs braquages et tueries, tout en leur attribuant certains qui ne sont pas de leurs faits. La désinformation et fabulations sont déjà bien présentes au sein d'une certaine presse, allant même jusqu'à offrir une tribune à Bonnie Parker relatant ses pensées. Une manière d'attirer le public; auprès duquel, ils sont devenus populaires; et donc d'augmenter les ventes, le profit avant la morale.
L'image a aussi un impact énorme sur l'esprit, avec la mise en scène du gang Barrow (le duo est devenu un quintet). Ils se photographient dans des poses glamours, allant même jusqu'à se moquer de l'autorité à travers leurs clichés, ce qui causera leurs pertes. Ils sont jeunes, beaux et photogéniques, tout pour séduire le public, au point de devenir des icônes populaires et d'écrire leur légende jusque sous la plume de Jay-Z et Beyoncé en 2002 avec le titre Bonnie & Clyde, of course. La plus célèbre chanson restant celle de Serge Gainsbourg avec Brigitte Bardot en 1968.

Le couple Faye Dunaway et Warren Beatty est glamour, ce qui sera reproché au film lors de sa sortie. Hollywood adore réécrire l'histoire pour la rendre plus commerciale. La machine à rêves et souvent une machine mensongère mais talentueuse. Le duo est sensuel, du moins au début. On ne peut pas dire que leur vie est un conte de fées. Bonnie rêve de quitter sa petite ville perdue et son poste de serveuse. Elle veut de la folie et vivre à cent à l'heure. Sa rencontre avec Clyde va lui offrir l’opportunité de fuir et de vivre la grande vie. Ils vont se servir chez les autres en prenant leurs voitures, braquant les épiceries et banques pour s'en mettre plein les poches. Sauf que le contexte économique ne joue pas en leur faveur. Ils pensent à s'agrandir en recrutant le sympathique C.W. Moss (Michael J. Pollard), mais il ne brille pas par son intelligence. L'arrivée du frère de Clyde, Buck Barrow (Gene Hackman) et de sa femme Blanche (Estelle Parsons), n'arrange pas la situation. Le maigre butin ne doit plus être partager en deux, mais en cinq. D'un autre côté, ils sont plus forts en étant plusieurs, surtout que la police est à leurs trousses. Un bien pour un mal.

La ballade sauvage va durer quatre ans, au cours desquelles, ils vont semer plusieurs cadavres sur leur chemin et faire des rencontres originales. On retiendra celle avec Gene Wilder, dont c'est le premier rôle au cinéma. Un moment d'humour noir, parmi tant d'autres. Le film ne baigne pas seulement dans la violence et le charnel, mais aussi dans le drame et la comédie. Un mélange des genres reflétant le visage d'une période difficile aux états-unis, avant que la seconde guerre mondiale redonne des couleurs à l'économie. Le sang nourrit le peuple, nous sommes des vampires aux mains sales. Le regard échangé lors du final entre les deux amants marque l'esprit, tout comme celui des hommes ne tirant aucun plaisir à avoir mis fin aux exactions de ce duo infernal. Il y a comme un sentiment de défaite, une sorte de malaise à en être venu à cette extrémité. La caméra d'Arthur Penn suspend le temps pour mieux mesurer l'issue dramatique de cette épopée infernale.

Une oeuvre qui a un peu vieillie. On appréciera les paysages défilant à travers les vitres des différents véhicules alors que le conducteur(trice) secoue le volant dans tout les sens. Un effet rétro qui a son charme. Faye Dunaway est terriblement sensuelle, on ne peut que tomber amoureux de son regard et sourire, alors que Warren Beatty déambule en boitant avec la mâchoire serrée. L'alchimie entre les deux acteurs fonctionnent à merveille. Gene Wilder fait des débuts tonitruants, confirmant tout son potentiel comique et l'autre Gene Hackman profite de son premier grand rôle pour briller auprès du public avant d'exploser quatre ans plus tard dans un autre classique French Connection.

En 1968, le film a reçu dix nominations aux oscars. Il repartira avec deux statuettes pour Estelle Parsons dans le meilleur second rôle féminin et Burnett Guffey pour la photographie.

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