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Bonnie et Clyde par Hugo Harnois

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1930, durant la Grande Dépression. Chômage, déflation, crise économique, c'est dans ce contexte que Bonnie et Clyde vont se rencontrer, et former à eux deux l'une des plus grandes figures criminelles du XXème siècle. Elle inspire d'abord Fritz Lang, cinéaste allemand touche à tout, qui réalise J'ai le droit de vivre en 1937. Puis c'est Arthur Penn qui fait enfin sa version trente ans plus tard, et marque par son film une sorte de renaissance pour le cinéma américain : le Nouvel Hollywood.

Dans l'ensemble de son travail, l'américain a voulu trancher avec les codes hollywoodiens bien enracinés dans la culture de l'époque. On sent que Bonnie & Clyde, réalisé en 1967, devait déjà être moderne pour son époque. Aujourd'hui encore, on se délecte d'un rythme très soutenu doublé d'un montage hyperactif. Prenez cette scène finale de la fusillade, mythique. Le silence règne en maître dans cette séquence marquant l'achèvement de la légende. Un buisson commence à bouger, les oiseaux s'envolent et les amants comprennent, leur liberté tant revendiqué leur file entre les doigts. Ils se regardent alors pour la dernière fois et le montage de Penn captent cette tension optimale. Les champs-contre champs s’enchaînent à une vitesse fulgurante, pour laisser enfin place à la pluie de balles s'abattant sur les amants. Brillant.

Cette œuvre montre également ses côtés précurseurs avec les propos évoqués (l'impuissance masculine, la notion du bien et du mal), dénigrés même par l'acteur / producteur Warren Beatty. Le réalisateur ne se concentre pas exclusivement sur les deux (anti) héros mais bien sur quelques personnages secondaires puissants, donnant à sa création une cohérence solide. En jouant l'un de ses premiers rôles, Gene Hackman prouve son talent comique et sa puissante présence face à la caméra. Les films actuels, pour la plupart, n'opère plus de véritables symboles et n'ont plus cette intelligence scénaristique, comme la première rencontre de Bonnie et Clyde et ces multiples références sexuelles (le pistolet, affirmer sa virilité). Voilà le genre de détail qui inscrit Bonnie & Clyde dans les classiques du renouveau cinématographique américain. Légendaire.

Alors que Beatty désapprouvait totalement le choix de la nouvelle arrivée Faye Dunaway, le couple fonctionne pourtant immédiatement à l'image avec un charisme légendaire, inscrivant ces derniers comme un couple mythique qui perdurera longtemps après leur mort. La sortie s'étant faite un an avant les événements de Mai 1968 en France, Bonnie & Clyde a trouvé un très grand succès, tant commercial que critique. Cette figure ambivalente symbolise toutes les aspirations de l'époque : la liberté des mœurs et une sexualité tout à fait autonome. Très attachant et pourtant tueur de flics, ce couple semble inoffensif car il ne veut à la base qu'une chose qui n'est ni l'argent, ni le mal, mais la reconnaissance. Mission accomplie, puisqu'elle ne se démentie pas dans les salles depuis presque maintenant cinquante ans. Miraculeux.

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