"I was born ready"

Avis sur Boogie Nights

Avatar Brune Platine
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Voir un film culte presque 20 ans après sa sortie permet de voir si celui-ci a bien vieilli : sans conteste possible, Boogie Nights appartient à cette catégorie.

Combien de fois ai-je pensé à Tarantino en suivant cette histoire qui nous livre un cocktail détonant de vulgarité, d'humour et de violence qui n'est pas sans rappeler Pulp Fiction, quatre ans plus tôt. Avec en toile de fond, une peinture acide et caustique de la société américaine de la décennie 70/80.

On y suit un jeune homme qui, violemment rejeté par sa mère qui l'accuse d'être un loseur sans talent, va se hisser, dans un esprit de revanche, au faîte de la gloire grâce au don que Dame Nature a placé dans son caleçon. Un membre généreux qui fait l'admiration muette des producteurs et des acteurs de l'industrie du cinéma pornographique de l'époque - et qui va bâtir sa légende. Celui qui est devenu Dirk Diggler n'en finit plus de faire montre de sa vigueur d'étalon largement récompensée par tous les Hot d'or possibles et imaginables.

Il y a bien entendu beaucoup de second degré et de drôlerie dans ces prises de vue à répétition - avec une Julianne Moore aussi paumée que touchante - dans cet univers à la fois déviant et attachant où l'on ne pense qu'à la prochaine ligne qu'on va se fourrer dans la narine. Le casting est éblouissant : Philippe Seymour Hoffman est, comme à son habitude, un élément gentiment ventripotent à cheveux mi-longs; Don Cheadle campe un enthousiaste vendeur; et bien sûr l'inénarrable John C. Reilly qui accompagne Dirk Diggler dans des scènes de duos kitschouille absolument irrésistibles.

Ce film est une mise en abyme : un film qui ne parle que de films et de tournages. Souvent même la caméra filme une caméra et cette double vue permet de prendre la distance nécessaire : nous sert on du cinéma, ou du cinéma qui joue au cinéma ? Il y a évidemment la question omniprésente de l'identité : Eddie devient Dirk puis Brock et ce triptyque dit bien la difficulté du personnage à savoir vraiment qui il est - et son envie de se fuir le plus possible.

L'ambiance change dans le dernier tiers : de la légèreté goguenarde et volontiers grossière, nous passons à un thriller parfaitement bien mené qui enchaîne les scènes de violence et les moments dérangeants avec maestria. La scène dans la limousine avec Rollergirl (soudain démasquée par un ancien camarade de classe) suffit presque à elle seule à résumer Boogie Nights : derrière les kilos de fard, les moues sexuelles et l'apparente facilité de tout le monde à écarter les cuisses ou se mettre au garde à vous, il y a des être meurtris qui ne savent pas trop où il vont ni qui ils sont.

J'ai trouvé la scène finale d'une grande intelligence : Paul Thomas Anderson choisit finalement de dévoiler ce dont tout le monde parle depuis le début - Dirk's cock - face caméra, dans un souci de dévoilement brutal du personnage là seulement mis à nu.

La photographie est très belle - couleurs et ambiances de nuit qui m'ont évoqué Drive, les teintes pop de Nicolas Winding Refn mais aussi de Gaspar Noé. Le film nous embarque dans un tourbillon électrique qui prend des allures de descente aux enfers, à mesure que l'industrie du porno change de modèle.

Un très bon moment de cinéma qui m'a ravie par sa cocasserie, sa vision assez mélancolique du sexe, la profondeur de son questionnement sur l'identité, avec des acteurs - Mark Wahlberg en tête, notamment dans une scène de miroir géniale - tous plus épatants et hilarants les uns que les autres. Grand film qui porte une puissante charge sur la société de l'époque, grâce aussi à une atmosphère, des costumes et une bande son absolument parfaits.

Première oeuvre que je vois de ce réalisateur : me voilà séduite.

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