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Avis sur Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au...

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Bienvenue en Amérique! Une Amérique où les ours peuvent nager dans des piscines, où les armuriers vendent des armes sophistiquées à quiconque veut buter du juif, où les hommes ne se font pas la bise parce qu'ils ne sont pas des pédés, où les nanas sont toutes des salopes qu'il faut baiser sauvagement parce qu'elles le méritent. On arrête là? Loin de cautionner ces idées ou de dire des gros mots avant de s'excuser en rougissant, "Borat" est un film très drôle, oui, mais pas que: c'est aussi terriblement inquiétant, subversif, prodigieux, audacieux et dérangeant. Quelque chose comme une plongée hilarante et impertinente dans les arcanes d'une Amérique péquenaude.

Pervers et contre tous, c'est le mot qui convient pour qualifier "Borat", opus qui détonne méchamment dans le politiquement correct ambiant et devrait en toute logique déclencher son lot de polémiques! Les bien-pensants auront de quoi s'offusquer: la charge anti-américaine n'est pas tendre, le ton ne se veut pas sérieux, l'humour se revendique gras, potache, scatologique. Mais tout ce qui peut rebuter à l'origine devient l'alternative nécessaire pour amplifier la dérision et la distance d'un propos très acéré.

Le discret Larry Charles et sa caméra branlante se contentent de suivre les pérégrinations de l'acteur Sacha Baron Cohen dans le rôle de Borat, brave reporter du Kazakhstan qui part aux States pour découvrir un monde profane, peut-être bien le bouleverser un peu et surtout atteindre le graal: rencontrer Pamela Anderson pour la demander en mariage. Sacha Baron Cohen se métamorphose au propre comme au figuré, aligne les blagues de cul misogynes et confirme une prédilection pour la provocation acide qui brûle au second degré les préjugés hâtifs et dissèque ce qui se trame sous les apparences bienveillantes. Son Borat est un Candide perdu dans un monde trop vaste pour lui, mais il est tellement déphasé qu'il ne se rend pas compte du pétrin dans lequel il s'embourbe, comme dans cette scène presque surréaliste où il se met à parodier l'hymne américain devant des dévots de la politique de Bush Jr. qui préfèrent les lézards aux barbus.

Le comique brouille les pistes entre réalité et fiction, s'attarde sur des gens de la vie de tous les jours en les agressant, radiographie la peur phobique de l'étranger et se moque des folklores. Présenté dans l'introduction comme un crétin, Borat croise des monstres qui seraient caricaturaux s'ils n'existaient pas. Dans le flux qui réussit à ne jamais être ennuyeux, certaines scènes sont anthologiques: lorsque le protagoniste participe à un concours de rodéo et discute avec l'un des organisateurs qui lui dit qu'il devrait changer de look parce qu'il ressemble trop à un musulman avec sa moustache et sa coiffure, ou lorsqu'il va à un dîner pour semer la panique chez des bourgeois obséquieux. En se faisant passer pour un con, il révèle la connerie des autres. Et ce jeu de massacre a quelque chose de stimulant.

Le trublion ausculte les ravages de la politique de son pays sans démagogie suintante et brise quelques tabous brûlants et tenaces. Histoire de contrer la grise mine de l'Amérique post-11 septembre. Personnage miroir, poil à gratter qui déclenche des frustrations contemporaines, "Borat" permet ainsi à Baron Cohen d'enregistrer la médiocrité humaine et de nous la renvoyer en pleine face avec désinvolture, désabusement, inconscience, cruauté, loufoquerie, cynisme et simplicité.

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