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Boudu par Eowyn Cwper

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Jugnot n’est pas un réalisateur : c’est un acteur qui a trop à dire. Parfois, cela porte à notre connaissance des scénarios qu’on est content d’avoir vus dirigés avec sa double-orchestration, et parfois c’est un peu pour l’écouter râler en faisant porter le chapeau aux critères du film de genre.

Boudu n’est pas plus un mauvais film qu’il n’est un mauvais bougre ; on ferait tout faire à un Depardieu dont tant de scènes subventionnent l’affection pour le vin et l’argot. On a d’ailleurs l’impression que l’acteur est littéralement domestiqué ; il n’a jamais vraiment joué ses rôles et Jugnot profite de savoir l’assagir pour créer l’ambiguïté de son personnage vulgaire et attentionné, doux et violent.

Difficile d’imaginer que le casting d’arrière-plan n’était pas intimidé par le bibendum tonitruant qui envahit ses scènes plus qu’il ne les occupe, quoique son surjeu reconnaissable se fond ici dans une volonté (distante mais existante) de ne pas réclamer que tout se conforme à lui. Il arrive à faire de son personnage le seul hôte de ce trait, créant par là même notre attachement hétérogène et pas désagréable pour Boudu.

Cependant, une girouette ne décide pas de la direction d’une tempête, et laisser Gérard élucubrer est la manière la plus facile de faire dériver son histoire. Jugnot a le mérite de camper lui-même une toxicité bien rodée à laquelle ses répliques nous ont de tout temps habitués, mais Frot est la seule à vraiment se libérer et qui se permette une interprétation dont l’unique penchant ne soit pas la comédie facile ; le tort du régisseur était déjà d’avoir dédaigné tous les dialogues dépourvus du magnifique baragouin fleuri de sa star.

En-dehors de cela, la narration se fera avec beaucoup de grosses cordes vitement évacuées comme des patates chaudes : soucis de santé et libertinage largement injustifié se font une place de second choix dont l’effet délétère n’est évité que par un rythme trop rapide.

Boudu est un film qui s’est périmé dès que l’année de sa sortie a été passée. Regardable comme divertissement de chez nous, c’est une simple photographie sur la frise historique des tentatives de comédies classiques et à peine de quoi timbrer le CV de Depardieu. Jugnot, en tout cas, ne ressuscite pas son don à la Tais-toi! pour jouer les cuistres.

Quantième Art

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