Houston ne répond plus

Avis sur Boyhood

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Projet audacieux à la démarche admirable s’il en est, Boyhood est une immersion de près de trois heures aux côté de Mason à la découverte du récif dans lequel il vit. On retrouve la surface comme on l’a quitté : satisfait de la plongée mais loin d’être émerveillé par les découvertes que l’on y a faite. Si le film parvient à amorcer de remarquables transitions très fluides et presque invisibles, le réalisateur peine à insuffler un rythme suffisamment dynamique à sa fresque. Traiter de manière naturaliste la vie sans passer par des prismes particuliers et des choix audacieux peut vite se révéler creux ; certaines scènes arrivent pourtant à susciter une forme d’empathie chez le spectateur par leur relative spontanéité.

Mais l’approche extrêmement longue du cycle de vie créé par Richard Linklater se révèle décevante et ne parvient pas à créer la surprise et le ravissement ; la qualité visuelle et l’épreuve filmique déployée se font au détriment de l’expression d’une force psychologique élaborée et aboutie qui fait vite retomber l’euphorie des débuts. Un film ne se construit pas seulement sur une accumulation de détails et de situations qui par leur cohérence et leur apparition chronologique peuvent justifier à eux seuls l’élaboration d’un tel monument. En se voulant universel, Boyhood échoue pourtant à convaincre un auditoire hétérogène qui ne parvient pas à se représenter cette vie pourtant assez banale mais néanmoins assez caricaturale, teintée de bons sentiments ; dans le film, les icônes et autres topos dont un jeune américain doit faire l’expérience ne sont en effet que trop souvent invoquées.

On prend tout de même plaisir à regarder ces personnages grandir et se transformer physiquement. Boyhood n’est pas un documentaire mais le film n’en demeure pas moins un formidable laboratoire vivant sur les douze dernières années que l’Amérique a vécu. « Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit. » Cette phrase, attribuée à Lao Tseu, résume en substance le propos tenu par le film qui, en effaçant tout jugement et parti pris intéressants, se prive du même coup de sa profondeur. Leçon de vie et analyse de la condition humaine passent au second plan pour se fixer sur ce jeune garçon lambda qui, s’il parvient à évoluer, ne provoque aucun changement chez le spectateur.

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