Cause the boyz n the hood are always hard

Avis sur Boyz'n the Hood, la loi de la rue

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One out of every twenty-one Black American males will be murdered in their lifetime. Most will die at the hands of another Black male.

C'est sur ce postulat navrant que débute la première œuvre écrite et réalisée par John Singleton, qui du haut de ses 22 ans disposait déjà d'attributs virils assez imposants pour oser présenter son projet à la Columbia Pictures. Grand bien lui fit, car un budget de 6 millions de dollars ainsi que la possibilité de s'atteler lui-même à la réalisation malgré son manque d'expérience lui furent octroyés.
Sensiblement autobiographique, ce film de 1991 avait pour ambition de transmettre un message socioculturel authentique, servi par un jeu d'acteurs afro-américains parfois inégal, mais toujours passionné. Cette entreprise fut menée avec maestria, si bien que Boyz n the Hood obtint sa place au National Film Registry en 2012. Le film retrace la vie de Tre Styles (Cuba Gooding Jr.), jeune homme noir brillant dont les parents sont divorcés. A l'issue d'une énième bagarre à l'école alors qu'il est âgé de 10 ans, il se retrouve confié aux soins de son géniteur, Furious (Laurence Fishburne), afin qu'il puisse recevoir des valeurs qui ne peuvent être transmises que par un père. Tre grandit avec ses deux amis du quartier de South Central : les demi-frères Ricky (Morris Chestnut) et Doughboy (Ice Cube). Sept ans plus tard, à l'aube de son départ à l'université, il sera confronté une dernière fois aux affres de son environnement social. Au cours d'un été décisif, il devra réussir à s'affranchir de la violence des gangs engendrée par la pauvreté et le trafic de drogue en tirant les bénéfices de l'éducation prodiguée par son père...

Dès les premières secondes de Boyz n the Hood, les enjeux sociaux de l'œuvre apparaissent de manière évidente, le film traitant de l'influence du milieu d'origine d'individus noirs américains sur leur avenir. Le message véhiculé par le réalisateur est par ailleurs explicité au cours d'une scène iconique dans laquelle Furious Styles souligne le nombre anormalement élevé de boutiques vendant des armes ou de l'alcool dans les quartiers afro-américains. Égarés au milieu de la pauvreté, des tueries et de la drogue, les protagonistes semblent clairement manquer de perspectives. Le ton de Boyz n the Hood n'est pas pleinement fataliste pour autant : Tre reçoit une éducation fondée sur la notion de respect, visant à le responsabiliser et lui permettre d'envisager un futur serein. En grandissant, il apprend donc à évoluer dans le climat de violence qui est le sien sans en avoir peur, mais surtout sans y succomber. Et cette éducation, il la doit à Furious.
Seul adulte (mâle) responsable du quartier, Furious Styles est présenté comme un autodidacte ayant accepté son devoir de père alors qu'il n'était âgé que de 17 ans. Pour offrir un avenir décent à son fils, il a rejoint l'armée américaine et est parti combattre au Vietnam - il tirera de cette expérience une certaine amertume ainsi qu'un fort sentiment d'identité culturelle, les soldats noirs ayant systématiquement été envoyés en première ligne. Furious encourage Tre à ne pas commettre les mêmes erreurs que lui et personnalise l'importance primordiale de l'éducation et de la présence paternelle pour s'affranchir des lois du ghetto. John Singleton effectue un parallèle flagrant avec son expérience personnelle, le réalisateur ayant été, comme son personnage, confié à son père au cours de son enfance.

Any fool with a dick can make a baby, but only a real man can raise his children (Furious Styles)

Les meilleurs amis de Tre ; Ricky et Doughboy, pâtissent de l'absence d'une figure masculine éducatrice dans un milieu violent et profondément machiste : Ricky se voit offrir une perspective d'avenir dans le football américain professionnel, mais devient père à 17 ans. Doughboy, quant à lui, multiplie déjà les séjours en prison ; s'il n'est affilié à aucun gang et témoigne d'une intelligence certaine par le biais d'occasionnels traits d'esprit… il n'en demeure pas moins un dealer alcoolique.

Si la place du père est ainsi mise en exergue, c'est parce que les personnages évoluent dans un environnement peu structuré et particulièrement androcentré. Comme le laisse suggérer le titre du film, les protagonistes féminins se retrouvent vite relégués au second plan. On assiste ainsi à la quasi disparition de la mère de Tre (pourtant présentée comme une femme indépendante en pleine ascension sociale au début du film), la mère de Ricky et de Dough ne semble avoir aucune influence sur la vie de ses fils - si l'on exclue le fait qu'elle délaisse sensiblement le second - et la petite amie de Tre, Brandi (Nia Long), n'a somme toute qu'une incidence très marginale sur l’ensemble de l’œuvre. Les personnages masculins sont, en comparaison, construits de manière méthodique. Prenant soin de décrire précisément le cadre de vie des personnages, John Singleton ouvre dans un premier temps une fenêtre sur leur enfance ; en sachant d'où les enfants viennent, le spectateur sait quelle direction ils prendront une fois adultes. Ainsi, à l'issue d'une ellipse temporelle couvrant une période de 7 ans, Tre, Ricky et Doughboy sont devenus exactement ce que leurs premières expériences présageaient : Tre, responsabilisé par son père, est un élève doué, prédestiné à aller à l'université ; Ricky est à deux doigts de percer dans le football américain mais, négligé par sa mère et se montrant influençable, devient père beaucoup trop tôt et Doughboy, pour finir, a été consumé par la colère et l'amertume qu'il nourrissait lorsqu'il était enfant... Cette construction scénaristique, lente et précise, fait naître un fort sentiment d'empathie à l'égard des protagonistes et renforce ipso facto l'intensité dramatique du dénouement.

Si l’élaboration du scénario de Boyz n the Hood présente des qualités indéniables, le film pâtit en revanche d'une mise en scène très convenue qui trahit l'inexpérience d'un John Singleton tout fraîchement diplômé de l'école de cinéma de l'USC. Mais à l'exception de plusieurs ralentis grandiloquents et de quelques cadrages grotesques, la réalisation demeure correcte malgré son cruel manque de saveur. Boyz n the Hood est porté par des acteurs livrant des prestations inégales (bien qu'appréciables). Laurence Fishburne, seul acteur confirmé au moment du tournage, interprète Furious Styles avec aisance. Le charisme du rappeur Ice Cube donne une certaine saveur au personnage de sensitive gangsta qu'est Doughboy et parvient à faire de lui un comic relief torturé. Cuba Gooding Jr., Morris Chestnut et Nia Long témoignent quant à eux d'un manque d'expérience parfois flagrant... mais ayant été choisis pour la ressemblance de leur passif avec celui des personnages, ils se montrent capables de livrer une interprétation dont les aléas sont compensés par leur implication et leur authenticité. Bien que le titre du film soit issu d'un morceau d'Eazy-E (écrit par Ice Cube), les pérégrinations des protagonistes sont principalement rythmées par une BO oscillant entre la funk et le smooth jazz signée Stanley Clarke. Tout en contrastant avec les détonations et autres cris de haine qui ponctuent l'œuvre, elle parvient à appuyer avec élégance les élans dramatiques les plus forts...

En définitive, Boyz n the Hood fera ressortir le jeune black opprimé rêvant de s'en sortir qui sommeille au plus profond de vous, celui qui a su dire non à la drogue et qui maintient une carrure athlétique tout en étudiant sans relâche grâce à la magie du montage. Le film propose un scénario intelligent, mis en scène sobrement - certes - et porté par des acteurs faisant preuve de dévotion. Pour peu que vous ne soyez pas affublé d'une toge blanche et d'une toque pointue à l'instant où vous lirez cette critique (si c'est le cas, sachez que c'est très vilain), ce film vous est recommandé avec amour et allégresse. Vous y trouverez toute la passion d'un jeune réalisateur voyant dans le cinéma un vecteur de message social à la fois puissant et divertissant. Boyz n the Hood offre une réflexion sur l'absurdité de la violence et de la marginalisation ethnique, mais sans pour autant jeter du sel sur les plaies ouvertes de l'Amérique. En effet, le manichéisme n’y trouve pas vraiment sa place, le sort de chacun des personnages étant intimement lié à leur niveau d’éducation. S'il ne pouvait ramener chaque père des enfants de South Central, le réalisateur a au moins tenté d'éduquer son audience en lui proposant une œuvre exaltante malgré sa noirceur thématique. Malheureusement, les premières projections du film en 1991 furent le théâtre d'affrontements violents, un des acteurs du film fut assassiné quelques mois plus tard et les règlements de comptes entre gangs rivaux afro-américains sont toujours d'actualité aujourd'hui... Si le message porté par John Singleton n'eût pas l'effet escompté, les succès critique et commercial de Boyz n the Hood lui valurent tout de même une nomination aux Oscars en 1992 et firent de lui l'une des figures de proue de la Black New Wave hollywoodienne...

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