À poil.

Avis sur Breakfast Club

Avatar VernonMxCrew
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Quand j'avais vingt ans et la fibre festive, je finissais toutes les nuits à poil. Avec une fille dans l'idéal (idéal toujours trop rare), ou tout seul debout sur une table, à faire mon numéro comme une compensation, une chaussette pour toute intimité, comme une arrogance contre le cosmos. Une ou deux fois j'ai pécho déjà nu, comme si le cosmos, tout compte fait, voulait bien reconnaître mon audace.

Dans tout les cas, j'étais moins en quête d'attention du cosmos qu'en quête d'un effet sur lui. Il a été long par exemple, sur Sens Critique, que j'y vois l'occasion de petites attentions. J'y ai vu d'abord, et c'est toujours (moins) le cas, l'occasion d'un effet, l'occasion d'exercer gratuitement la valeur performative de mon langage, loin du bruit et de la fureur des strip-teases ivres (d'aucuns me retourneront que mes critiques sont des strip-teases ivres).

Il y a deux sortes d'enfants dans Breakfast Club : trois que la société reconnaît comme talentueux, et les deux autres. On constate que les trois premiers ne cherchent pas tant l'attention, que d'assurer l'effet que l'on attend d'eux. La satisfaction qu'ils tirent de leur existence passe par la garantie de cet effet, pour maintenir l'attention qu'ils ont déjà. Il ne faut pas confondre : nous avons trois « talents » complaisants par procuration, et deux « ratés » solitaires, en quête d'attention singulière.

En se pliant les cheveux en quatre, on pourrait supposer que c'est kif kif bourricot, l'enfant se cherche par l'effet qu'il est le plus apte à avoir. Seulement, certains naissent dans le drame de ne trop pouvoir douter de la voie à prendre (athlète, princesse, bon élève…), et d'autres dans le drame de n’avoir aucune voie générique qui s'ouvre (weirdo, mauvaise-graine,…).

Celui à qui le cosmos a fourni tôt une opportunité de validation (coïncidence heureuse et fortuite de sa nature avec les attentes de sa société) vivra l'attention des autres (la satisfaction par procuration) comme une constante qui doit le rester, à force insoutenable et idiotisante, et rêvera dans le film de sabotages (l'athlète rêve que son genou cède, le bon élève a un pistolet d'alarme dans son casier, la princesse à un penchant secret pour le bad guy…). Celui que l'on ignore (ou méprise) depuis toujours, lui, intègre le sabotage comme unique bonne pratique ; mais c'est un sabotage par défaut, dans le film toujours, le rejet de l'autre comme une quête de soi, et le rejet de l'autre comme une quête d'attention (à cette manière de la « weirdo » de vider avec impertinence son sac à main, pour en vérité exposer sa vie). Le sabotage dans le film est un art virtuose, en funambule sur les paradoxes, à tel point que ce sont les deux saboteurs qui semblent parfois les plus talentueux.

Moi, je suis depuis toujours à la fois le bon élève et le « weirdo », qui a parfois tant aimé l'école, et recevoir des validations, qu'il en a désespéré le corps éducatif : « l'obsédé des notes », m'appelait en quatrième ma prof de français. En primaire j'ai eu un F en géomètrie (N/A on disait, Non-acquis… Non-acquis, moi !), pas par inaptitude, bien sûr que non, mais parce que j'avais oublié mon équerre… j'en ai pleuré des récrés entières. La même prof de français, sus-citée, lisait mes dissertations à la classe, avec force d'éloges inouïs… comment vouliez-vous que je m'en sorte ! Je ne pouvais finir qu'ingénieur obéissant à sa multinationale, qui se fantasme le soir en agitateur d'une société qui ne le comprend qu'à moitié. Le bon élève a des velléités de succès, le weirdo des vélléités de liberté... Pour peu que la multinationale soit un monstre cynique, comme toutes les multinationales, et la fibre des études bute violement sur la fibre idéaliste (au degré supérieur de compréhension, le capitalisme bute sur l'humanisme), et le paradoxe trop énorme vire au burnout.

En cinquième, j'ai eu ma première crise (passagère, mais qui devait reprendre au lycée pour s'installer sous une forme viable que l'on nomme rock'n'roll) : alcools, cigarettes, vol à l'étalage, impertinences en pagaille et parfois ordurières… on tire de ses périodes comme d'un burnout des compréhension de soi, de ses propres velléités, et de ses propres limites.

Mes strip-tease ivres (et maintenant l'écriture comme une compensation à ne plus avoir la force de l'effeuillage), à bien y réfléchir, étaient (sont) d'abord la recherche d'un effet qui fera vibrer la nuit, de la part d'un talent qui se sent mal employé, sur-estimé par ci, sous-estimé par là, qui a compris (dans le burnout notamment) les risques (pour soi et pour les autres) d'être efficace dans l'obéissance, qui cherche par défaut son effet dans l'explosion, le sabotage d’un talent en recherche d’authenticité (et même de justice), le sabotage comme talent provisoire, en se fantasmant, idéaliste que je suis, un jour peut-être, authentique et serein (la recherche d'équilibre par le sabotage bien organisé… marrant, c'est ma vision de la démocratie).

S'épanouir socialement mais authentique, en somme… trouver un écho social à son vrai soi… c'est la double mission, dans l'idéal, d'un club. Et on remarque que le club peut fonctionner, aussi hétérogène soit-il, aussi dépourvu de motif soit-il. Surtout s'il est hétérogène, le club, surtout s'il est dépourvu de motifs, car alors le dialogue libertin s'enclenche. On se trouve soi, car on trouve l'écho. Les mots en roue libre butent sur ceux des autres (pas toujours agréable cette phase, c'est qu'il faut les sortir, les mots), et quand chacun a vidé son sac, reste la victoire d’avoir perdu certaines exigences parasites, de focaliser à plusieurs sur les bonnes luttes, et de rester soudés même (surtout) à poil.

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