Brève Rencontre entre le Bruit et la Musique

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"Le bruit du train à pleine vitesse quittant la gare devient le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov. Cette association rythme le générique d’ouverture de Brief Encounter de David Lean, tout en annonçant, rien qu’à travers le son, l’essentiel du programme à venir : un mélange entre le quotidien le plus banal et la passion la plus vertigineuse. La musique, ici, ne se contentera pas d’illustrer, elle va aussi raconter, et résonner avec d’autres effets sonores. Le film utilisera pour cela, entre autres, la distinction entre musique intra et extra diégétique, à travers des personnages musiciens et des objets comme la radio. Tentons d’observer cette brève rencontre entre la musique et le bruit.

Brief Encounter raconte une histoire d’amour passionnel et interdit entre deux êtres à la vie bien rangée, Laura (Celia Johnson) et le docteur Alec (Trevor Howard). La musique est présente à la fois dans les scènes de quotidien banal entre Laura et son mari, et dans les scènes de romance entre les deux amants. Leur utilisation diffère cependant l’une de l’autre.

L’essentiel du long-métrage est construit par des flash-back et une voix off, confession muette de Laura à son mari depuis leur salon. Il fait des mots croisés, elle fait de la couture. Elle lui demande alors « un peu de musique troublerait-elle tes efforts ? » avant d’allumer la radio, qui fait revenir le thème de Rachmaninov. C’est alors que Laura commence sa narration. La musique intra diégétique vient donc d’un poste de radio, qui peut symboliser ici le confort matériel mais artificiel ; cette musique est comme « morte », elle n’est qu’un bruit qui risque de déconcentrer le mari. Cette banalisation de l’art était d’ailleurs annoncée par la question de ce même mari, cherchant un vers de Keats pour remplir son mot croisé ; la solution étant ironiquement le mot… « passion ».

Laura débute donc sa rêverie et sa confession. Nous verrons par la suite comment la musique est utilisée dans les scènes de passion entre les deux amants. Au moment crucial de leur premier baiser, le mari fait revenir Laura au présent en disant: « tu ne crois pas qu’on pourrait baisser la musique, chérie ? ». Cette réplique est entendue comme une voix off, se superposant aux images du flash-back. Le spectateur est alors tout aussi surpris que le personnage de se voir ramené à une réalité qu’il avait oubliée. Lorsque le salon est revenu à l’image, il ajoute « tu étais à mille lieues d’ici ! ». Le volume de la radio, épousant la confession intérieure de Laura, a augmenté son volume au fur et à mesure que la passion montait, jusqu’à devenir « assourdissante ». La musique a quitté un instant son statut de fond sonore et a commencé à prendre vie. Le rappel à l’ordre et au présent se fait donc, logiquement, en baissant le volume. Bref, entre la manière d’écouter de la musique et la manière d’aimer, il n’y a qu’un pas (...)"

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