C'est pas ma guerre !

Avis sur Bridget Jones Baby

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Publié sur Cinematogrill : http://cinematogrill.fr/bridget-jones-baby/

La salle était fébrile, était-ce l’effet du tapis rose-sang ? Du CE d’interflora ayant joué le coup marketing de l’année ? De la présence féminine massive m’ayant fait vivre un surnaturel instant de solitude en duo dans les toilettes d’habitudes bondées du Grand Rex avec un quinta blasé que sa femme et sa fille attendaient d’un pied ferme à la sortie ? Ou plus simplement à l’arrivée imminente du trio Zellweger, Firth et Dempsey ?

L’ambiance dans le public ressemblait trait pour trait à mon image mentale d’une réunion du parti communiste en 1950, où le premier qui cesse d’applaudir fini au goulag, mais en girly. Quelque chose d’électrique, dépassant de loin la venue d’un Dicaprio ou d’un Downey Jr, altérait l’air ambiant. Le calme avant la tempête. Faut dire que Bridget premier du nom avait tapé très fort, à l’origine simple journal publié dans un quotidien, le livre fut le dernier roman-feuilleton à succès du XXème siècle. C’est typiquement ce genre d’œuvre qui vise excessivement juste au point de fédérer une immense base d’aficionados, sur plusieurs générations si j’en crois ma rapide analyse de la faune locale.

Je commence à mâchonner nerveusement ma barre de spécial K offerte en goodies.

Le deuxième film avait déçu, réalisé trop rapidement, ironiquement un des rares à ne pas avoir réussi à reprendre la formule du premier (et de 4 filles et un jean à Crazy Amy, nombreux ont été les babys de Bridget avant le troisième opus). Mais là pas de plantade permise, dix ans après il y a de quoi flinguer une franchise. Le premier invité arrive, et c’est…. Roulement de gloussements, le producteur Canal plus ! L’homme est intéressant, déjà parce qu’il survit à une dose massive de haine palpable envoyée à son égard car son nom n’est pas Firth et son prénom Colin… Chienne de vie. Bref, il explique que depuis 10 ans des confrères de la blanche Albion lui téléphone chaque semaine pour la même requête : « quand c’est qu’on lance le 3 ? » ou plutôt traduit littéralement « Will we start the 3 to get coke and bitches because remake, reboot and Bridget Jones 3D origin ?». « Quand on sera prêt ! » a été la réponse à un million (ou plutôt 35 vu le budget du bouzin, un poil moins que le 2), loin d’être une suite putassière, la leçon du 2 a été digérée et on sent une vraie volonté de bien faire une fois le film lancé. Tant mieux.

Bridget Jones 3 fait fort en ce qu’il se détache du roman, pour le meilleur. Exit la thématique de la veuve avec enfant qui se découvre une carrière de Cougar sur papier pour la quadra avec grossesse surprise, une très bonne idée fonctionnant dès les cinq premières minutes du métrage en l’espace de deux chansons. On arrive au cœur battant du film : que ce soit la réal (Sharon Maguire, celle du 1), les scénaristes ou surtout les acteurs, on sent que tout le monde a pris un plaisir monstre sur le tournage. Renée Zellweger à qui la quarantaine va comme un gant se sent toujours dans les pompes de ses 30 ans, dissociée de ses amis pris par leur vie de famille avant de devoir être confronté à ce monde qu’elle évitait jusque-là une fois le polichinelle dans le tiroir.

Renée, son arrivée est saluée par un féroce vrombissement. Avec son irrésistible mètre cinquante où culmine un sourire de reine, la meilleure copine idéale conquiert la salle en un regard. Dempsey fait son effet lui aussi, adieu Hugh Grant, loin d’être occulté pour autant puisque la séquence lui étant consacré est juste à se tordre de rire, et bonjour dr Mamour. Radicalement opposé à son prédécesseur dans l’écriture, le personnage reprend à sa façon l’archétype du playboy américain avec un tact alternant justesse et guimauve. A l’image du film en fait, Bridget est totalement dans son époque, une satire à la plume tendre avec ce qu’il faut de mordant. C’est fatal, Bridget Jones 3 est le super Saiyan 5 du film de meuf, le produit qui te donne envie d’acheter des actions dans les glaces en pot en prévision de la sortie DVD. Je suis persuadé que le film a été monté sous l’œil d’une dizaine de cobaye en plein IRM tellement la frénésie qu’il a déclenchée était vive. L’équipe du Rex est maintenant convaincue de la solidité de son balcon, reste à remplacer les accoudoirs griffés jusqu’au bois, mes avants bras rendant parfaitement crédible toute histoire de duel contre un grand félin type panthère enragée. J’entends un grondement d’ours quand Dempsey envoie une pique à Firth, je me retourne effrayé vers ma voisine, n’ayant jamais envisagé qu’elle disposait d’une telle puissance sonore. L’idée de tenir le film avec la question « qui est le père ? » est excellente, d’après Renée trois fins ont été tournée pour rendre toutes les versions de l’histoire cohérente jusqu’à la révélation finale.

On a donc une comédie assez brillante dans son genre, avec l’audace payante de se placer dix ans après les événements du un et sur une tranche d’âge rarement exploitée dans les films romantiques à laquelle on ajoute un fil rouge propre à installer un suspense bien jouissif dans son déroulé. Encore une fois je ne parle pas d’un film révolutionnant le cinéma perclus de plans travaillé, mais d’une histoire bien construite, ne sentant pas l’acte de nécromancie putassier, pour les fans qui ne devraient pas être déçu.

Sinon l’arrivée de Colin Firth, le Mark Darcy renvoyant les vampires clignotants ou les bellâtres en costume gris aux oubliettes devant ce condensé de charme british… Personnellement j’ai eu un acouphène à l’oreille gauche qui a mis une semaine à s’en aller et j’ai eu la vision hallucinée d’un moshpit se formant aux balcons, invisible dès l’instant ou la succession de flash m’a brûlé la rétine tandis que je m’agrippais comme je pouvais pour survivre à un mouvement de foule.

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