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Avis sur Bridget Jones Baby

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Je peux tout expliquer.

Si, je le jure.

Quiconque me connaît un tant soit peu sait que j'ai un faible pour les comédies romantiques niasouses. Oui, j'ai adoré The Duff, j'ai vu Mean Girls au moins dix fois et je connais toutes les répliques de Love Actually par cœur.

Cependant, il y en a certaines où ça ne passe pas. Mais alors vraiment pas. Je pense notamment à Coup de foudre à Notting Hill, Grease (#TeamDirtyDancing), Mamma mia, Target, et toutes les romcoms avec Adam Sandler. Il n'y a pas la magie qui me transforme en adolescente de quinze ans éplorée désespérément à la recherche d'une histoire d'amour à vivre par procuration. Il n'y a pas ce qui fait que même si j'ai un peu honte d'aimer autant les comédies romantiques, je ne m'en veux pas d'avoir pris du temps pour en regarder une (exemple : je ne ressens absolument aucune culpabilité quand je remate L'Arnacœur pour, disons, approximativement la quinzième fois).

En revanche, quand j'ai vu Le Journal de Bridget Jones, je n'ai pas vraiment assumé. C'est vrai, qu'est-ce que c'est que cette actrice qui n'a pas une once du charisme de la nana du roman (oui j'ai lu le livre j'avoue passons), cette adaptation douteuse qui passe superficiellement sur tous les moments hilarants du bouquin, au point d'en oublier l'humour facile et en même temps ridiculement authentique ?

Parce que oui, moi je m'identifie bien à Bridget Jones, même si j'ai vingt ans de moins que cette pauvre greluche maladroite, niaise et ramollie. Je suis bien du style à faire que des conneries au moment où il fallait à tout prix ne pas en faire.

Quelques exemples non exhaustifs de mon syndrome de Bridget Jones :

  1. En seconde, lors de mon voyage en Angleterre avec ma classe, à bord du ferry du retour : alors que je me déhanchais telle une star bien roulée sur On the floor de Jennifer Lopez & Pitbull, déchaînée comme jamais sur le dancefloor de la grande salle du bateau, j'ai réalisé au bout de quelques minutes qu'une bande de minets de seize ans me regardaient bizarrement. Je sais, vous allez me dire que c'était sûrement mon charme fou qui les subjuguait, ou encore ma chevelure de feu qui les éblouissait. Que nenni, très chers. Un de mes amis s'est avancé vers moi et, contenant à grand mal un fou rire, m'a glissé à l'oreille "Hum... Le prends pas mal... Mais, euh... Ton pantalon a craqué." Et oui. Vous pensiez que ça n'arrivait que dans les films ? Je suis là pour vous prouver le contraire : mon jean préféré, usé jusqu'à la corde, qui avait vécu tant de moments incroyables avec moi, avait craqué sur toute la couture de derrière, dévoilant aux yeux de tous ma culotte rouge à petits cœurs blancs que je trouvais super sexy à quinze ans (que celui qui a dit que les culottes rouges à petits cœurs blancs n'étaient pas sexys se dénonce). Évidemment, comme nous étions sur ce ferry seulement pour la nuit, je n'avais pas prévu de jean de rechange : arrivés en France, nous avons dû ensuite prendre le bus, ce qui fait que j'ai passé la journée avec mon manteau noué sur mes hanches (et tout le monde sait que ce n'est pas franchement élégant), afin de dissimuler mon petit problème vestimentaire.

  2. En première, il y avait ce gars dans mon lycée que j'aimais vraiment bien. Il était canon, il était drôle, et moi je le couvais de mes yeux énamourés chaque fois que je le croisais, que ce soit par hasard, ou quand je le suivais l'air de rien dans la cour, afin de ne pas perdre une seule seconde de mon temps à ne pas le contempler avec adoration. Un après-midi, alors que j'étais dans le foyer avec des amis, occupés à écouter de la musique en mangeant des M&M's et en buvant du Coca, mon crush est arrivé et s'est mis à discuter avec un de mes amis. Je faisais semblant de ne pas du tout être perturbée par sa présence, ses cheveux splendides, son sourire en coin et surtout son cul, qui était absolument remarquable, si vous voulez tout savoir. C'est alors que, après avoir avalé une bonne rasade de Coca et englouti une poignée d'M&M's, j'ai lâché un énorme rot. Devant lui. S'il a eu le bon goût de rire poliment (sûrement par charité), sachez que je me suis contentée de rougir, de marmonner quelques excuses, et de passer le reste de l'année à l'éviter, mortifiée que j'étais, terrassée par la honte.

  3. Cette année, deuxième année de prépa littéraire. Il faut savoir qu'un de mes (nombreux) talents est que j'imite la voix de Céline Dion à la perfection (sans vouloir trop me vanter, mais un peu quand même). C'est le fruit de plusieurs années d'entraînement et d'une enfance que j'ai passée droguée aux CD de la chanteuse canadienne. Vous connaissez bien sa voix, son accent québécois qui transparaît, les moments où elle chante du nez et ceux où elle fait des sortes de vibratos douteux. Et bien je vous avoue non sans fierté que je me débrouille pas trop mal pour ce qui est de reproduire assez fidèlement cette voix unique et reconnaissable entre toutes. Alors que je rentrais du self pour regagner l'internat avec des copines, j'avais entrepris de monter tous les étages menant jusqu'à ma chambre (il y en a 5) en chantant Pour que tu m'aimes encore, tube mythique de ma diva préférée. Alors que je me plaquais théâtralement contre un mur tout en accentuant les accents dramatiques des paroles ("j'irai chercher ton âââââââme dans le froid dans les flââââhââââmmes") et en passant ma main dans mes cheveux d'un geste qui se voulait être profondément sensuel, le mec hyper canon de prépa scientifique de l'étage juste au-dessus du mien s'est arrêté dans les escaliers, et m'a fixement regardée avec incrédulité. Je me suis raidis, toute empourprée, et je suis restée silencieuse et immobile jusqu'à ce qu'il descende les marches avec une leeeenteur extrêmement gênante.

Conclusion : je suis atteinte du syndrome de Bridget Jones : je suis gaffeuse, maladroite, je me fourre dans des situations embarrassantes qui me font passer pour une empotée dont le cerveau fonctionne au ralenti, ou du moins en décalage. Mais vous savez quoi ? Même si sur le moment ça fait chier, même si sur le coup j'aimerais disparaître six pieds sous terre, me cacher dans un trou et me recouvrir des gravats et des ruines de mon amour propre, et ben il n'empêche que c'est toujours moi qui nique tout le monde quand on se raconte "la plus grosse honte de sa vie". C'est grâce à moi qu'un de mes amis s'est étouffé de rire en renversant de la bière partout sur lui quand je lui ai raconté mes mésaventures à base de jean et de déhanché digne de Shakira. Alors, même si mes histoires ne sont pas très glorieuses, qu'elles impliquent souvent que je sois couronnée du diadème de la honte et qu'elles se déroulent invraisemblablement toujours en présence d'un éphèbe gaulé comme un dieu, et bien au moins, ça fait rigoler.

Et bien c'est ça, Bridget Jones. C'est clairement la pauvre meuf qui passe ses soirées à mater des comédies romantiques, qui possède un gros chat et qui mange quand ça va pas (comme moi héhé). C'est la nana touchante malgré ses bourdes, attendrissante malgré sa bêtise. Oui, c'est sûr qu'elle est parfois irritante et exaspérante, et combien de fois ai-je fermé les yeux pour ne pas avoir à assister à des scènes de malaise de l'extrême.

Mais Bridget Jones Baby est bien plus drôle que le premier volet des aventures de notre quadra célibataire à la voix geignarde. Comme je n'ai pas vu le 2, je ne me prononcerai pas sur celui-ci, mais au moins ils ont eu le bon goût pour ce troisième film de faire en sorte qu'on n'aperçoive pas Hugh Grant, qui est absolument détestable dans cette franchise, et de faire au contraire apparaître l'objet de tous mes fantasmes personnels impliquant un quadragénaire, j'ai nommé Patrick Dempsey dans le rôle du beau gosse qu'elle croise comme par hasard à un festival où elle est comme par hasard VIP, et avec qui elle finit par coucher puisqu'elle rentre comme par hasard dans sa tente à quatre heures du mat', dans le noir. Ben oui, le hasard n'existe pas dans les romcoms, il faut s'y habituer et se dire que ça fait partie du charme de ce style de films.

Bridget Jones Baby, j'étais tout à fait résolue à ne pas aller le voir. Je l'avais vivement déconseillé à toutes mes amies et j'étais fière de clamer haut et fort que je détestais les films Bridget Jones et encore plus Renée Zellwegger et sa moue de nana qui ne comprend jamais rien mais qui s'offusque de tout et qui adore se lamenter sur son propre sort sans jamais rien faire pour l'améliorer. Mais le destin a fait que, après un après-midi froid passé autour d'un délicieux chocolat chaud dans un bar chaleureux du centre-ville de Rennes (RPZ LA BRETAGNE MA GUEULE) avec ma meilleure copine de toute la vie du monde entier, nous nous sommes demandé ce que nous allions bien pouvoir faire, désœuvrées que nous étions. Alors que nous venions de passer approximativement trois heures à constater le vide de nos vies sentimentales respectives et à se tordre de rire en racontant de la merde, nous sommes passées devant le Gaumont. J'ai alors évoqué la possibilité d'aller voir le premier film qui passait. Et, comme par hasard, le SEUL film qui passait à ce moment-là, c'était Bridget Jones Baby. Si ma vie avait été une vraie comédie romantique j'aurais comme par hasard rencontré un mec canon dans le cinéma qui m'aurait abordée pour me dire à quel point j'ai l'air d'être une fille géniale et intéressante et l'incarnation de tous ses fantasmes, mais à la place je me suis retrouvée dans une petite salle de ciné remplie de femmes de tous âges et de toute taille et de toutes les formes qui ronronnaient de plaisir à l'idée d'assister à nouveau aux mille et une situations les plus embarrassantes de la vie bien remplie de Bridget Jones, la femme si délaissée qu'elle se retrouve dans le même film avec Patrick Dempsey et Colin Firth dans son pieu. Je crois qu'il y a pire, comme vie de merde, mais bon, ce n'est que mon humble avis.

Toujours est-il que je me suis bien marrée. Certes c'est souvent grossier dans le déroulement des événements, mais dois-je vous rappeler dans quel genre cinématographique nous trouvons-nous ? Certes Renée Zellwegger est souvent affligeante, mais l'aimerions-nous autant si elle ne l'était pas ? Certes Patrick Dempsey et Colin Firth sont scandaleusement séduisants pour leurs 50 et 56 ans, mais est-ce qu'ils allaient nous faire croire qu'elle allait se transformer en cougar et se taper Dave Franco ? Bien sûr que non, puisque ce dernier est fou de moi.

Ce que je veux vous dire, après toutes mes digressions plus ou moins intéressantes, c'est qu'on s'en fout que ce soit un peu nul, cheesy, niais et dégoulinant de bons sentiments, grossier dans la forme et même dans le fond ; ce qui est important, c'est qu'on se marre bien quand Bridget s'étale comme une merde dans de la boue devant Patrick, quand elle perd les eaux et quand elle croit qu'elle va accoucher alors qu'en fait elle a juste, comme on dit quand on veut faire chic, des flatulences (ben oui quoi c'est rigolo quand même).

Vous connaissez tous une Bridget Jones. Soyez gentils avec elle. Surtout si elle a, quelque part au fin fond de son placard, une petite culotte rouge à petits cœurs blancs tout à fait charmante.

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