Bronson of Anarchy

Avis sur Bronson

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Bronson est un prisonnier. Or, un prisonnier cherche à s’évader d’une prison. Donc Bronson cherche à s’évader d’une prison. Oui mais en fait non. Parce qu’il veut rester en prison le bonhomme. Ok.
De l’aveu même du réalisateur, Nicolas Winding Refn, ce film n’est pas un biopic. Il n’a pas rencontré Michael Peterson (le véritable nom de Bronson), ne sait rien sur lui et s’en contrefout. Bien.
Mais alors si ce n’est ni une œuvre carcérale avec une évasion à la clef, ni un biopic, c’est quoi ce film ?!

Bronson a passé 38 ans en internement carcéral et psychiatrique, dont 35 à l’isolement. Comment rendre un film intéressant si son personnage central est resté bloqué plus de la moitié de sa vie dans une cellule de quelques mètres carrés ? Le réalisateur s’extirpe de cette problématique en multipliant les styles de narration: le déroulement classique de l’action dans le monde réel, le monde dans lequel Charles Bronson veut qu’on le voit (notamment lorsqu’il pleure dans sa cellule au début ou lorsqu’il déambule d’une démarche assurée au milieu de ses œuvres), la voix-off, les flash-back ou encore les scènes où il raconte sa vie à la manière d’un one-man show en s’adressant à un public et même au spectateur. Une narration « à tiroirs » dont les différentes couches donnent de l’épaisseur au long-métrage.

Un aspect frappant dans ce film est le décalage entre la douceur de la musique (classique et électro-pop) et la violence des images qui rappelle Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Ce qui nous est mentionné sur l’affiche française. Nicolas Winding Refn voue d’ailleurs une certaine admiration au célèbre réalisateur. On retrouve plusieurs clins d’œil aux films de Kubrick : l’asile dans lequel se retrouve Bronson rappelle la salle de balle de l’hôtel Overlook de Shining et la pose de Juliet Oldfield fait à un moment écho à celle de Lolita. Malgré ces similitudes, le réalisateur reconnaît plus s’être inspiré du travail du réalisateur de courts-métrages Kenneth Anger pour ce film.

Un des thèmes du film est celui de la célébrité. Le film s’ouvre à ce propos sur “My name is Charles Bronson and all my life I’ve wanted to be famous.” Il s’agit du réalisateur Nicolas Winding Refn qui s’exprime à travers le personnage. NWR a en effet déclaré toujours vouloir souhaité être célèbre et particulièrement au moment où il réalisait Bronson. Chaque film qu’il réalise fait écho à un moment de sa vie, à ce qu’il ressent à cet instant. Même l’affiche est dans le ton : alors qu’on aurait pu avoir un prisonnier derrière ses barreaux ou en pyjama rayé, se tient à la place un Bronson poseur et sous le feu des projecteurs. Et il aura été prêt à tout pour être sur le devant de la scène. Le célèbre prisonnier anglais est en effet un individu véritablement hors-normes : diva (pendant une prise d’otage, il a été filmé par des caméras de surveillance se promenant en train de chanter « Yellow Submarine »), excentrique (durant une autre prise d’otage, il a demandé une poupée gonflable, un hélicoptère et une tasse de thé en guise de rançon), rebelle (il a organisé une protestation d’une période de 47 heures causant 750 000 £ de dommages), peintre, masse de muscles indomptable, poète. Bronson, c’est tout ça à la fois. Il fallait donc un acteur à la hauteur de son extravagance. Et c’est là que réside la véritable force du film. Dans son interprète principal : le majestueux et grandiose Tom Hardy.

Contrairement au réalisateur, l’acteur est allé à la rencontre du détenu le plus violent/célèbre/dangereux d’Angleterre. Il s’est imprégné de sa diction, de sa gestuelle et s’est approprié son corps avec un exercice de transformation saisissant. Les amis et la famille du prisonnier ont d’ailleurs déclaré qu’Hardy ne jouait pas Bronson mais qu’il était Bronson. L’affiche le clame d’ailleurs fièrement. Pour incarner cette véritable bête humaine, l’acteur anglais a subit un entraînement 2 500 pompes quotidiennes pendant 5 semaines pour gagner une vingtaine de kilos et changer considérablement son apparence. Mais au-delà de la transformation physique et du mimétisme, il y a la prestation : théâtrale, schizophrénique, délirante, imprévisible, hypnotique. Tom Hardy crève l’écran et laisse exploser son talent à travers une performance monumentale. Si Jason Statham ou Guy Pearce avait hérité du rôle comme il en était question à un moment, le film n’aurait clairement pas été aussi réussi.

J’ai jusqu’ici dressé un portrait plutôt élogieux du film mais il n’en demeure pas moins perfectible. L’un des points noirs du film est clairement sa trame. Ou plutôt son absence. Passées les sautes d’humeur à base de coups de sang, de tête et de pinceau, le tout entre 4 murs, la vie de Bronson n’est pas des plus palpitantes. J’ai trouvé qu’il y avait une lourde retombée de rythme passée l’heure de film, durant la phase où il est libre, avant qu’il ne revienne en prison. Ce retour donne d’ailleurs le sentiment de revenir à la case départ et donc à l’histoire de ne pas avancer. Une intrigue finalement peu fournie et une mise en scène pouvant dérouter sont autant d’aspects qui en laisseront plus d’un dubitatif voire déçu. Ce qui a été mon ressenti à chaud lors de la première vision du film. En sachant à quoi m’attendre, j’ai pu plus facilement apprécier la richesse du film la deuxième fois. Les premières fois ne se passent effectivement pas toujours de la manière dont on l’imagine.

Comme pratiquement tous les films de Nicolas Winding Refn, Bronson n’est pas forcément le film que l’on attend. Mais il reste plus abordable qu’Only God Forgives ou Le Guerrier silencieux. Doté de nombreuses qualités, sa toute première étant clairement Tom Hardy qui porte le film à lui tout seul. Sa prestation justifie à elle-seule le déplacement.

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