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Bronx par XavierChan

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Bronx pourrait se résumer à la conclusion cinglante, pour citer mon compatriote Julius Riggs : "on ne fait pas d'omelette sans casser Dozo". Tout est déjà dans le titre, le Bronx. La rue du sale, du trafic et des règlements de compte. Galerie pratiquement infinie et modulable à loisir de gueules marquées à la barbe bien taillée, de cheveux parfaitement crantés et d'accents chantants. Paysages sentant bon la Provence, les cigales, les baraques et bateaux à cinq-cents mille boules. Olivier Marchal prouve aussi que le métier de flic paye bien, Richard ou Willy vivent dans un yacht ou dans une villa au bord de la mer, malgré leur vie de merde. Le clinquant français dans un film de gangster est une obligation pour se vendre, au détriment du naturalisme parfois glacial.

S'ouvrant sur une séquence d'une noirceur absolue, à la Amityville premier du nom, Bronx prendra son dernier virage dans le ravin de la mort le temps d'une conclusion Scorsesienne en forme d'opéra tragique elle aussi particulièrement sombre. Il n'est jamais bon de traîner dans l'argent sale de la dope, ni même de fourrer son nez dans la corruption au sein de la police ou dans les petites combines entre mafieux de la côte méditerranéenne. Le film d'Olivier Marchal n'est en soit pas exempt de clichés et de caricatures parfois limite. Mais là où Scorsese affiche un paquet de caricatures à l'écran, c'est souvent pour servir un discours mettant le gangster dans une position elle-même caricaturale, digne d'un théâtre guignol, où les gerbes de sang servent la mise en scène d'un opéra tragi-comique à l'italienne. Là où un réalisateur français, ne cachant pas ses influences dans le cinéma brutal et urgent d'un Michael Mann, témoignerait d'un peu trop de maladresses au vu de sa filmographie et la redondance de ses sujets et personnages dépeints.

Rajoutez à cela le macaron Netflix apposé sur l'entreprise, la présence de Kaaris au cast (dans un rôle de surface plutôt éteint), un défilé de gueules de vrais bonhommes à la barbe de trois jours (ne manquent que les cicatrices) qui rêvent d'une vie meilleure car incapables de se dépatouiller de la situation dans laquelle ils se sont fourrés, Olivier Marchal n'est peut-être pas prêt à pouvoir se défendre malgré les qualités intrinsèques de son film : une belle tension, des enjeux et retournements bien troussés, de rares scènes d'action bruyantes et cut, Jean Réno, quelques punchlines bien envoyées et une vision de la criminalité marseillaise et corse qui ne rigole pas. Globalement le plaisir est là et qu'importe ce que les jaloux en pensent. Le réalisateur sait tenir un gun et la caméra, placée là où il faut et certaines séquences font preuve d'une belle originalité : lors d'une arrestation, une petite gouape corse se barre par la fenêtre, à poil, tombe de deux étages et tout en levant les mains en l'air, coince son gun entre son menton et son cou pour le planquer. Jamais vu au cinéma.

Le polar français de l'année (ce n'est pas difficile) est aussi l'un des plus sombres. Aux yeux de beaucoup, nul n'est immortel, sauf peut-être Bashung.

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