Pas de pitié pour les ripoux

Avis sur Bronx

Avatar JéJé fait son Bagou
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  • Bah puain... À force de fréquenter les cadavres, tu vas finir par t'marier avec un cercueil. Qu'est-ce que tu viens faire chier ici ?
  • J'voudrais parler à Catarina.
  • Ouais, Catarina pour l'instant, elle pleure un enfant que les flics lui ont enlevé. Alors si j'peux te donner un conseil, tu t'casses d'ici ! Avant que j'te fasse arracher les yeux et les couilles et que j'les donne à manger à mes chiens !
  • Un flic qui se fait bouffer par tes clébards devant une trentaine de témoins, je suis pas sûr que ça arrange tes affaires. Tu devrais réfléchir. T'as pas que des amis, Gros, parmi tes invités.
  • Arrête de m'appeler "Gros".
  • Là, j'en vois 2 ou 3 qu'attendent qu'une chose : te voir mordre l'oreiller en cellule pour reprendre ton business.
  • Pouquoi tu veux la voir ?
  • J'ai un marché à lui proposer.

Le genre thriller d'action française depuis une dizaine d'années conserve encore un aspect inaccessible, à cause d'une partie de son public qui lui interdit d'être acclamé car coupable d'être Français. Vu les retours pour beaucoup catastrophiques, je m'attendais à regarder un très mauvais film. Finalement, connaissant l'aversion du spectateur français envers ses propres productions, je me suis décidé à regarder Bronx qui s'est avéré être un excellent film du genre à émerger depuis un certain temps. Au départ je ne voulais pas en faire une critique, puis voyant les nombreux mauvais retours très abusifs pour certains me faisant penser à une mauvaise blague, je me suis senti investi d'une mission divine conférée par le Dieu du cinéma (alleluia !) : celle de faire une critique plus juste de Bronx.

En avant la critique ! ##

Le réalisateur Olivier Marchal, ancien inspecteur de police, nous captive par son excellente façon de dépeindre les machinations qui se déroulent dans les coulisses des forces de l'ordre. Comme souvent avec Marchal, la frontière entre policier et criminel est indistincte, à un point où seul la plaque de police fait la différence. Il existe une grande cohésion entre les criminels et les policiers, ce qui constitue l'un des principaux points de réussite du film. Les personnages centraux ont tous une profonde répulsion les uns envers les autres : représentant de l'ordre contre représentant de l'ordre, criminel contre criminel, renforçant l'intensité du récit. On comprend rapidement qu'avec une telle aversion le tribu final à payer sera forcément lourd en conséquence. En cela, les 10 dernières minutes de Bronx ne déçoivent pas. Mon Dieu ce final ! Une conclusion formidablement orchestrée dans la mouvance des plus grands films du genre, sous une chanson d'Alain Bashung "Immortels". Remarquable, troublant et captivant !

On y suit la B.R.I. d'une manière intense, nous plongeant dès les premières minutes dans un récit que l'on sait, sera éprouvant et violent. Les luttes et les rivalités intenses entre les personnages entravent l'enquête en cours, qui tout du long prendra en relief. Les méthodes employées mettent constamment au second plan la morale et l'éthique, et comme tous sont des ripoux aucune remise en question n'est abordée, ou du moins que très peu. Cela amène un contraste saisissant. Le scénario est relativement chargé, sans être surchargé pour autant. Il faut avant tout porter une attention particulière aux sous intrigues afin de pouvoir reconstituer correctement le fil de l'intrigue qui n'est pas bien compliqué à suivre pour peu que l'on soit attentif. Le succès de Bronx vient justement des interactions dans les sous intrigues, qui abordent des propos beaucoup plus humains avec des thèmes particulièrement durs. Au final, après tant d'interférences entre des personnages qui s'aiment et se détestent, tous finissent par contracter la folie des rues de Marseille.

La violence est omniprésente à travers des images souvent crues et brutales qui en montrent beaucoup et en suggèrent tout autant. Une férocité à l'image conférant une ambiance du crime redoutable. Les actions sont réussies par des fusillades efficacement mises en scène. L'exploration d'une Marseille gangrenée par la violence, le sexe, l'argent et le pouvoir est attractive. Un petit manque de rythme a regretté dans les premières minutes, mais rien de désorientant vu que les scènes présentées sont rarement inutiles et contribuent efficacement à élever le niveau du récit. La réalisation est soignée, avec des images mettant bien en avant les figures marquées des personnages. Les dialogues sont super bien traités, avec des répliques percutantes. On retrouve la composition d'Erwann Kermorvant, compositeur habituel d'Olivier Marchal après les séries "Braquo" (2006), "Section Zéro" (2008), et les films "Les Lyonnais" (2007) et "Carbone" (2009). Sa composition est efficace, amenant du rythme à l'image.

La relation puissante entre les personnages principaux que ce drame explore n'est pas parfait, mais livre toutefois un travail qui mérite d'être salué. Les différents protagonistes sont bien présentés et incarnés par des comédiens qui ne marqueront pas tous de leur présence, mais qui s'en sortent pas si mal.La puissante relation entre les membres de l'unité du B.R.I. fonctionne très bien. Lannick Gautry en chef d'unité est crédible, entouré de son équipe dans laquelle on retrouve les comédiens "David Belle", "Stanislas Mehrar" (à l'origine de la séquence la plus marquante) et même "Kaaris" qui au vu de son rôle fait un bon travail. On retrouve bien d'autres têtes connues comme celles de "Moussa Maaskri" et "Alain Figlarz" qui sont toujours aussi bons, à quand un rôle principal pour ces deux comédiens de talents. Il y a tellement de personnages que je ne pourrais pas tous les énumérer mais dans l'ensemble tout le monde fait du bon boulot.

Je reviendrais néanmoins sur trois comédiens qui m'ont particulièrement marqué, avec "Gérard Lanvin" qui amène son impressionnant charisme, "Eriq Ebouaney" qui malgré son petit rôle marque de sa présence, et enfin, oui enfin "Jean Reno" qui revient dans un rôle plus noir dans lequel il fait un travail remarquable. Olivier Marchal grace au personnage de Jean Reno dresse à travers une de ses répliques, le meilleur des messages adressés aux éternels insatisfait et provocateur du cinéma français qui propose de faire plus que de la comédie :
<< "Celui qui se retire de la discipline, tombera dans l'indigence et l'ignominie. Mais celui qui de bon coeur reçoit les réprimandes, celui-là sera élevé en grace." >>

CONCLUSION :

Bronx est un film efficace combinant avec succès un thriller d'action avec une expérience cinématographique gratifiant signée Olivier Marchal réalisateur et scénariste sur ce projet, qui n'a pas à rougir devant la générosité de son oeuvre implacable. En recontextualisant la situation ainsi que la narration de notre époque, Bronx pourrait sans aucune honte être comparé au cinéma de Jean-Pierre Melville dans une version actualisée, plus brutale, sombre et violente.

Sous bien des angles, ce long métrage est une pièce de choix dans le cinéma français qui ne mérite pas ce déluge de haine.

Putain, venir le jour où on enterre mon ami t'a honte de rien toi ! C'est pas bien ce que tu fais... c'est pas bien. Tu sais ce qu'on dit chez nous . "Qui touche aux miens doit songer à protéger les siens." Maintenant tu es prévenu.

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