À Brooklyn Village comme ailleurs, c'est l'argent-roi qui commande

Avis sur Brooklyn Village

Avatar Fleming
Critique publiée par le

Le titre original du film est Little Men (Petits hommes) et c'est un titre qui a au moins le mérite d'être original.
Venons-en au "pitch".
Deux garçons de treize ans environ se rencontrent à Brooklyn, un peu après la mort du grand père de l'un d'eux. Ledit grand père possédait une maison à Brooklyn, avec une boutique au rez de chaussée (qu'il louait à une couturière d'origine sud-américaine, Léonore, à des conditions très avantageuses) et un grand appartement à l'étage dans lequel s'installent son fils, Brian Jardine, sa femme Kathy et leur fils Jake. Jake et Tony, le fils de la couturière (et gérante de la boutique), deviennent vite inséparables. Les Jardine, dans un premier temps, s'en réjouissent parce que leur fils (assez introverti et passionné de dessin) avait jusqu'à présent beaucoup de mal à être accepté par les autres garçons de son âge. Sauf que cette vive et très innocente amitié va être contrariée par des questions d'intérêt divergent qui vont opposer leurs deux familles et s'avérer inconciliables : les parents de Jake, un couple de bobos juifs (lui acteur à la carrière incertaine, elle médecin et celle qui véritablement fait vivre la famille par l'argent qu'elle gagne) sont contraints, poussés par les besoins de la soeur de Brian et les leurs propres, de proposer un nouveau contrat de bail à la mère de Tony, contrat beaucoup moins avantageux que celui dont elle avait bénéficié jusque là. Le bail est en fait triplé (!). La couturière (mère de Tony) ne peut évidemment faire face à une telle augmentation et bientôt une procédure d'expulsion lui est signifiée, alors que, bien entendu elle aurait souhaité rester dans sa boutique, son gagne-pain et un lieu de travail sympathique, assez proche de son domicile et où elle a ses habitudes et sa clientèle.

Tout cet aspect conflit d'intérêt entre adultes est le côté désagréable de l'histoire, le côté agréable étant la relation entre les deux garçons, Tony faisant découvrir Brooklyn à Jake, l'un à vélo, l'autre en patins à roulettes, Tony admirant le talent de dessinateur de Jake (qui dessine notamment des manteaux, des robes et a peut-être un avenir dans la haute couture, qui sait ?) et Jake donnant la réplique à Tony qui prépare des auditions et veut devenir acteur. Les deux garçons espèrent, chacun dans la voie qui l'attire, intégrer le lycée Laguardia (High School of Music, Art and Performing Arts, 100, Amsterdam Avenue à Manhattan) qui accueille les élèves doués se destinant à des carrières artistiques.
Quand le conflit entre leurs parents respectifs entre dans sa phase dure, Tony et Jake restent unis et résistent à leur manière en ne leur adressant plus la parole. Ça n'a pas le résultat escompté, bien sûr. Et finalement, malgré les pleurs de Jake qui essaie de fléchir ses parents, la mère de Tony est contrainte de quitter "sa" boutique, ce qui entraîne la séparation brutale de Jake et Tony (les nantis avec les nantis, les défavorisés avec les défavorisés). Ils ne se voient plus, ne se rencontrent plus (sans qu'aucune raison ne soit avancée à ce sujet dans le film)... cependant que le père de Jake parvient quand même à rétablir le lien de communication avec son fils et à lui faire (plus ou moins) comprendre son comportement.
Début de l'année scolaire suivante. Jake a été admis au lycée Laguardia. Il erre dans les couloirs de ce lieu aux lignes très épurées, aux allures de musée, quand il entend une voix familière s'élever d'un autre groupe d'élèves qui, dans une galerie proche (à vol d'oiseau, mais opposée à la sienne et directement inatteignable), sont arrêtés devant un tableau, c'est celle de Tony, dont il n'avait plus de nouvelles. Tony qui, lui, n'a pas été admis au lycée Laguardia, est en visite avec son école catholique, dont il porte l'uniforme. Jake regarde intensément Tony qui, lui, ne remarque pas sa présence. Puis, sans rien tenter pour renouer le lien cassé avec Tony, Jake rejoint son groupe d'élèves et, assis comme eux autour d'un tableau de maître, commence calmement à en dessiner une copie. Il a fait sienne la vision de ses parents : Tony et lui n'appartiennent pas au même monde social, toute relation amicale ou amoureuse est donc impossible entre eux.

Voilà. J'en ai dit beaucoup, mais parce que c'est un film très elliptique, tout en non-dits et cependant, bien que plein d'amertume, meilleur que je ne l'avais jugé de prime abord, le réalisateur Ira Sachs utilisant les images, la musique et parfois même le silence pour exprimer l'indicible, en tout cas ce que les mots peineraient à dire.
Little Men a obtenu le Grand Prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2016, ce qui, somme toute, n'est pas immérité.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 208 fois
1 apprécie

Fleming a ajouté ce film à 1 liste Brooklyn Village

Autres actions de Fleming Brooklyn Village